YOKOHAMA, Japon, 3 juin (IPS) – Si le quatrième round de la Conférence internationale sur le développement de l'Afrique (TICAD IV) a été sérieusement défectueuse, c'est parce que des organisations non gouvernementales ont été au mieux autorisées à influencer le dialogue sur les politiques entre le Japon et des gouvernements africains seulement à partir des marges.
Pour la première fois dans l'histoire des 15 années de la TICAD, un 'forum de la société civile' s'est tenu au cours de cette conférence de trois jours, qui a pris fin vendredi. Mais le groupe des 55 organisations non gouvernementales (ONG) africaines, japonaises et internationales a exprimé sa déception face à "l'exclusion" de grandes parties de la société civile de la conférence. Elles ont été autorisées à participer en tant que "observateurs", mais n'avaient pas le droit de prendre part aux sessions clés de la TICAD afin de discuter des questions spécifiques relatives au développement et à l'environnement. Selon le journal 'Asahi Shimbun', le ministère des Affaires étrangères a au départ déclaré aux ONG qu'il ne permettrait qu'à trois représentants en provenance des groupes basés au Japon et en Afrique de participer aux réunions générales en tant qu'observateurs, jeudi et vendredi. Les ONG avaient exigé qu'au moins neuf en provenance de 85 membres soient autorisées à entrer. Le ministère a plus tard promis que six pourraient être autorisées à entrer, évoquant des limitations de places. Les ONG disent que leur participation restreinte reflète "l'opinion arrêtée que Tokyo a des ONG en tant que travailleurs sous-traitants peu coûteux". "Ceci jette de grands doutes sur la légitimité et la responsabilisation de la conférence", a déclaré à IPS, Gustave Assah de la 'Civic Commission for Africa', un membre du Réseau des ONG de la TICAD. Mais les critiques des ONG vont au-delà de leur exclusion de la conférence, et embrassent des questions cruciales au développement de l'Afrique. Le gouvernement japonais a annoncé plusieurs mesures pour promouvoir la croissance rapide en Afrique, notamment des prêts de quatre milliards de dollars pour des infrastructures de transport, l'assurance commerciale, et 2,5 milliards de dollars équivalant à l'appui au financement des sociétés japonaises cherchant des opportunités d'investissement en Afrique dans les cinq prochaines années. "Bien qu'il n'y ait aucun doute que l'Afrique a besoin de croissance", affirme le Réseau des ONG de la TICAD, "voici précisément le moment de donner la priorité à l'investissement direct à l'ère des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), parce plusieurs sociétés africaines connaissent à la fois des fossés sociaux et économiques et dans le but d'assurer que les pauvres pourront prendre part aux activités économiques". Les OMD sont huit objectifs à réaliser d'ici à 2015, qui répondent aux principaux défis de développement du monde. Ceux-ci sont tirés des mesures et objectifs contenus dans la Déclaration du millénaire qui a été adoptée par 189 nations et signée par 147 chefs d'Etat et de gouvernements au cours du Sommet du millénaire de l'ONU, en septembre 2000. Le Réseau des ONG est également préoccupé par l'implication de l'important montant de prêts dans les communautés pauvres d'Afrique. Le Réseau des ONG soutient, dans un document de synthèse distribué aux médias jeudi, que la crise de la dette actuelle de l'Afrique avait commencé avec la dégringolade des prix des matières premières. "On ne sait pas avec certitude si la croissance actuelle est durable, et il est douteux que l'Afrique ait la capacité de rembourser les (nouveaux) prêts annoncés (mercredi)", déclarent les auteurs du document. Annonçant le programme d'aide, le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, a réitéré l'importance de la réalisation des OMD, et a engagé le Japon à soutenir la santé de la reproduction, et à former 100.000 agents de santé dans les cinq années à venir (la TICAD se tient tous les cinq ans). "Bien que salué en soi, ce programme ne va pas assez loin pour aider l'Afrique à atteindre les OMD de la santé", estiment les ONG. Les secteurs de santé publique de l'Afrique souffrent d'un manque énorme d'argent pour recruter et payer des ressources humaines, avec la conséquence que des personnes formées et qualifiées ont peu de choix que de partir dans des pays riches, soulignent-ils. "Si le Japon est sérieux pour venir à bout de la crise des agents de santé, alors il doit être préparé à payer pour ces dépenses", indique le document de synthèse.
"Aucune somme (d'argent) n'est trop pour investir dans le développement humain", souligne le document, ajoutant que "L'Afrique est en train de perdre plus de huit millions de vies par an à cause des problèmes relatifs à la santé, et ceci est inacceptable". L'investissement dans les OMD devrait être perçu comme "une sorte de Plan Marshall pour l'Afrique" qui fournirait "un appui au développement amélioré et soutenu" sur la période nécessaire pour que les infrastructures pour le développement durable soient en place, note le document.
Les ONG font remarquer que, bien que l'Afrique ait connu certains développements positifs dans la démocratisation au cours de la dernière décennie, il y a plusieurs signes qui suscitent de l'inquiétude. Les récents événements en Afrique du Sud concernant de violentes attaques contre des immigrants, par exemple, indiquent que même dans un pays hautement développé avec une économie relativement forte et des structures démocratiques institutionnalisées, de grands écarts de revenus, le chômage élevé et la pauvreté permanente pour la majorité de la population peuvent menacer ces solides fondations de la démocratie. "Par conséquent, le défi (en Afrique) est d'assurer que la consolidation de la démocratie sera engagée ensemble avec le développement de redistribution", observe le document. Il ajoute : "Il ne peut pas y avoir de paix durable en Afrique sans le développement de redistribution. La TICAD IV doit remettre la question de la démocratisation à son ordre du jour et la relier avec la paix et le développement. Des pays africains et leurs partenaires doivent développer des programmes de développement approuvés par des formes de gouvernance qui promeuvent la participation démocratique responsable". En tant qu'élément du 'Cool Earth Partnership', le Japon a annoncé un plan pour accorder 10 milliards de dollars aux pays en développement essayant de concilier la croissance économique avec les objectifs de réduction du réchauffement climatique. Le Réseau des ONG regrette que cet argent soit principalement destiné aux grands pays en développement qui émettent des gaz à effet de serre responsables du réchauffement mondial. On ne sait pas combien sera dépensé pour l'Afrique qui est confrontée au défi de l'adaptation au changement climatique plutôt qu'à la réduction. Le réseau souligne également la nécessité d'un fonds pour le climat qu'ils veulent qu'il soit séparé et vienne en plus de la promesse de 0,7 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) sur l'aide publique au développement (APD). Les ONG veulent que ce fonds soit mis à la disposition du Fonds d'adaptation de l'ONU qui assure que la majorité des pays en développement auront un mot à dire dans la manière dont il est dépensé.
Selon le réseau, "l'Afrique continuera de souffrir tant que et autant que le Japon continuera de causer le réchauffement mondial". Il exhorte le Japon à fixer et à réaliser un objectif ambitieux à mi-terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à donner un financement d'adaptation aux pays africains.

