DROITS-ZIMBABWE: Le parti au pouvoir terrorise des électeurs

JOHANNESBURG, 23 mai (IPS) – "C'est une communauté très traumatisée. Leur crime à l'élection du 29 mars, à ce bureau de vote appelé Chaona : il y avait environ 80 voix pour le MDC et 15 voix pour la ZANU-PF. Voilà donc le crime qu'ils ont commis. Voici le prix qu'ils paient. Et c'est ce que le maire retraité disait. 'Vous devez apprendre'.

"Non seulement les victimes ont été tuées, leurs parents ont été également battus, leurs femmes ont été également battues, leurs enfants ont été également battus, ainsi c'était une opération très effrayante. La communauté est encore traumatisée. C'est très mauvais". Ce témoignage vient du récit d'un témoin oculaire du massacre de six personnes le 5 mai à Chaona, un village dans le nord du Zimbabwe; l'attaque a été dirigée par Mhandu, un député de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) au pouvoir. Le récit fait partie d'un rapport sur les violences post-électorales élaboré par la 'Solidarity Peace Trust' (SPT), une organisation fondée par l'église, axée sur des violations des droits de l'Homme au Zimbabwe, publié à Johannesburg le 21 mai. Le rapport décrit un climat d'intimidation brutale au Zimbabwe suite aux élections du 29 mars, et recommande une nouvelle médiation conduite par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) dans le but de former un gouvernement de transition. Le rapport, intitulé "Punir la dissidence, faire taire des citoyens : les élections du Zimbabwe 2008", est fondé sur des informations recueillies de 681 interviews conduites à travers le Zimbabwe entre le 1er janvier et le 30 avril, complétées par des consultations avec la société civile zimbabwéenne et des professionnels de la santé. La SPT a interviewé approximativement 50 personnes de plus au début de mai. Les auteurs décrivent une campagne de passages à tabac, de tortures et de destruction de maisons depuis les élections, dans laquelle au moins 22 personnes ont été tuées. Ils disent que ces attaques sont menées par les partisans de la ZANU-PF –- y compris des vétérans de guerre et l'aile de la jeunesse du parti — mais planifiée par un 'Joint Operations Command' (Commandement conjoint des opérations) qui comprend de hauts responsables de l'armée zimbabwéenne, de la police, de l'administration des prisons et des services de renseignements. L'armée, la police ou des officiers de renseignements sont directement impliqués dans 56 pour cent des attaques prises en compte par ce rapport. Des députés de la ZANU-PF sont également accusés d'avoir participé directement aux assauts. Les auteurs déclarent qu'aucun de leurs interviewés n'a rapporté d'attaques perpétrées par le MDC, mais les auteurs ont visité un centre des affaires où des partisans de l'opposition avaient réagi à la destruction de boutiques appartenant aux commerçants alliés au MDC en brûlant et pillant des magasins appartenant aux partisans de la ZANU-PF. Ils admettent également un nombre d'autres allégations de violence non fondées attribuées aux partisans du MDC. La violence se produit à l'échelle nationale, mais elle est particulièrement intense dans des zones rurales de la province septentrionale du Mashonaland, un bastion traditionnel de la ZANU-PF, où plusieurs électeurs, pour la première fois, ont accordé leur soutien à l'opposition. Les auteurs du rapport croient que la violence est destinée à intimider des personnes de ces régions en prélude au second tour des élections présidentielles, prévu maintenant pour le 27 juin. La Commission électorale du Zimbabwe a retardé la publication des résultats de l'élection du 29 mars pendant plusieurs semaines, apparemment pour un recomptage, mais donnant naissance à une suspicion de manipulation pour éviter une défaite totale pour la ZANU-PF au pouvoir par son principal challenger, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Lorsque les résultats ont été finalement publiés le 2 mai, aucun candidat n'avait les 50 pour cent requis pour une victoire totale, conformément aux règles électorales du Zimbabwe, ce qui nécessite un second tour. Intervenant à Johannesburg au lancement de ce rapport, Brian Raftopoulos, un universitaire principal du Zimbabwe a déclaré que "la SADC doit ramener les partis ensemble, démobiliser des structures de violence, créer un gouvernement de transition qui supervisera la rédaction d'une nouvelle constitution, et fixer des conditions nécessaires pour des élections libres et équitables". Raftopoulos a insisté que dans l'environnement actuel de violences d'Etat, le second tour du 27 juin n'est ni pratique, ni souhaitable. "Nous devons mettre les deux centres du pouvoir ensemble. C'est la seule voie à suivre. Nous devons accepter que la ZANU-PF est une force sur le terrain, c'est pourquoi elle est capable de faire les choses qu'elle fait". Les recommandations du rapport de la SPT ont été immédiatement contestées par des analystes et certains responsables de société civile lors de la conférence de presse, lesquels ont estimé que la proposition pourrait donner une nouvelle légitimité au régime de Mugabe tout en négligeant le processus électoral dans lequel le peuple du Zimbabwe a élu des dirigeants de son choix. Nicole Fritz, directrice du 'Southern Africa Litigation Centre (SALC)', une organisation qui fait la promotion des droits humains et de l'Etat de droit, était présente au lancement de ce rapport; elle a mis en garde contre la facilitation d'accords entre des élites au nom de la paix. "Des questions de la justice internationale ne sont plus des questions soumises à la négociation politique. Des amnisties ne peuvent pas être accordées pour des crimes contre l'humanité et des crimes à l'échelle de génocide", a-t-elle dit. Des doutes ont été également émis sur le rôle de médiation de l'Afrique du Sud. Elinor Sisulu, porte-parole de la 'Crisis in Zimbabwe Coalition' basée à Johannesburg, une coalition d'organisations de la société civile, a accusé le président sud-africain, Thabo Mbeki — qui a conduit les efforts de médiation sponsorisés par la SADC en 2007 — d'avoir failli à reconnaître la gravité de la crise politique du Zimbabwe. Sisulu a cité les tentatives précédentes de Mbeki de bloquer les efforts du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Zimbabwe, "Mbeki s'est opposé à l'ONU, suggérant que les Africains puissent le faire eux-mêmes". L'analyste politique Deprose Muchena a suggéré que toute équipe de médiation devrait inclure d'autres Africains qui ont de l'expérience dans la médiation politique et que le président Mbeki ne devrait pas travailler seul. "Nous devons renforcer la route de la médiation d'abord en assurant qu'un président en exercice ne sera pas autorisé à travailler seul, parce qu'il est tout à fait évident qu'il ne proposera pas une solution tout seul". Pour le moment, le MDC a commencé à faire campagne pour l'élection du second tour. Le leader du MDC, Morgan Tsvangirai a annoncé jeudi qu'il rentrerait au Zimbabwe ce week-end; il a reporté son retour d'Afrique du Sud pour commencer la campagne en vue du second tour de juin lorsque son staff de sécurité a indiqué qu'il y a avait des preuves d'un complot pour l'assassiner. Son parti a décidé de défier la violence en vue de faire partir Robert Mugabe à travers le scrutin. Le rapport de la SPT cite un activiste anonyme du MDC affirmant : "Ce qui se dégage clairement du Zimbabwe est qu'une élection n'est pas une élection, puisque la ZANU-PF prétend connaître à la place du peuple du Zimbabwe plutôt que de laisser le peuple du Zimbabwe choisir pour lui-même. Nous ne pouvons pas être obligés de faire ce que nous ne voulons pas faire", a-t-il dit. "Nous ne pouvons pas être obligés de voter pour la faim. Nous ne pouvons pas être obligés de voter pour la pauvreté. Nous ne pouvons pas être obligés de voter pour des terroristes comme ceux-ci…"