AFRIQUE AUSTRALE: L'eau est ''sous-évaluée et n'est pas traitée avec respect''

MASERU, 22 mai (IPS) – Une conférence de deux jours sur des questions de l'eau dans la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), qui s'est tenue à Maseru, au Lesotho, la semaine dernière, a vu des représentants du gouvernement, de la société civile, du secteur privé, des donateurs et d'autres groupes discuter des effets éventuels du changement climatique sur le développement dans la région.

L'orateur principal, Torkil Jønch-Clausen, a souligné que des solutions pratiques étaient nécessaires pour aider les pays à gérer ces effets : "…le changement climatique est un défi supplémentaire à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)", a-t-il déclaré. "Nous devons nous montrer à la hauteur de ces défis…" Huit OMD ont été arrêtés par des dirigeants du monde au Sommet du millénaire des Nations Unies en 2000 en vue de relever le niveau de vie à travers le monde d'ici à 2015. L'OMD sept, sur la durabilité environnementale, demande aux nations de réduire de moitié le nombre de personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable. Selon les dernières données provenant du Programme de suivi conjoint pour l'approvisionnement en eau et l'hygiène publique, une initiative de l'Organisation mondiale de la santé et du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, 40 pour cent de personnes en Afrique subsaharienne n'ont pas accès à un approvisionnement en eau saine et adéquate. Les chiffres, à partir de 2004, montrent également que les personnes vivant dans des zones rurales sont beaucoup plus mal loties que leurs homologues urbains : seuls 26 pour cent d'Africains ruraux ont un accès adéquat, comparé à 55 pour cent des habitants de la ville. Bien que les chiffres soient généralement meilleurs en Afrique australe — avec le Botswana signalant 95 pour cent de couverture et l'Afrique du Sud, 88 pour cent — la Zambie et l'Angola avec respectivement 58 et 53 pour cent de couverture montrent que la région a du chemin à faire dans la fourniture d'eau à ses citoyens. Le Mozambique, à 43 pour cent, a la plus faible couverture dans la SADC — bien que ce chiffre marque une amélioration par rapport à la couverture de 36 pour cent enregistrée en 1990. Selon les Nations Unies, au nombre des obstacles à la fourniture d'eau potable en Afrique subsaharienne, figurent la croissance de la population, la priorité relativement faible accordée à la gestion de l'eau et de l'assainissement, et la panne fréquente des systèmes d'approvisionnement de l'eau. Jønch-Clausen est un ingénieur danois et chercheur qui a conseillé les organisations ayant convoqué la réunion de la semaine dernière, le Programme des Nations Unies pour l'environnement et le Partenariat mondial pour l'eau : une organisation basée à Stockholm qui rassemble des gouvernements, des entreprises et des agences de développement — entre autres — pour aider à satisfaire les besoins en eau et à améliorer la gestion de cette ressource. Il a indiqué qu'il y avait une variété de solutions à portée de main pour aider des communautés à s'adapter à des situations où la disponibilité de l'eau est en baisse, et que les gouvernements devraient étudier le rationnement de l'eau pour satisfaire aux besoins concurrents de l'industrie, de l'agriculture et des ménages. De nouvelles structures de fixation des prix de l'eau, une réutilisation plus grande de cette ressource et l'introduction de cultures qui résistent à la sécheresse pourraient également aider. Maieane Khaketla, directeur des relations publiques au ministère des Ressources naturelles du Lesotho, qui a assisté à titre officiel à l'ouverture de la réunion, a également soulevé la question de la demande de grande envergure de l'eau — affirmant que le plus grand défi dans la réalisation des objectifs du développement était de garantir l'accès des citoyens à l'eau pour leurs besoins fondamentaux, tout en répondant aux demandes accrues pour la même ressource venant des secteurs industriel et agricole. Avec plusieurs pays dans la région qui envisagent d'augmenter la production de l'énergie hydroélectrique pour satisfaire à leurs besoins futurs en énergie, Belinda Petrie de 'OneWorld Sustainable Investments' a exhorté à la prudence dans ce sens : "A quoi sert d'investir dans une centrale hydroélectrique qui n'aura pas d'eau dans quelques années à venir? 'OneWorld Sustainable Investments' est un cabinet-conseil sud-africain travaillant sur le développement durable. Elle a ajouté que la réponse à la pluviométrie incertaine pourrait être de construire de petites centrales hydroélectriques et que les gouvernements devraient aussi envisager des sources d'énergie alternatives et renouvelables comme l'énergie éolienne. Pete Ashton, un écologiste aquatique du Conseil sud-africain pour la recherche scientifique et industrielle, a dit à la conférence que pour éviter des conflits et améliorer la gestion de l'eau, les Etats d'Afrique australe devaient immédiatement aborder des questions délicates telles que le contrôle des bassins d'eau partagés. Les fleuves Orange, Limpopo et Zambèze sont parmi les ressources d'eau transfrontalières de la région. Ashton a également indiqué qu'une attention urgente devait être accordée à l'utilisation des ressources d'eau alternatives telles que recueillir l'eau de pluie, et aux nouvelles technologies pour l'utilisation durable de ces sources. "Nous devons améliorer la manière dont nous comprenons la valeur de l'eau", a-t-il observé. "Elle est sous-évaluée et n'est pas traitée avec respect".