ABIDJAN, 29 jan (IPS) – Les adultes ne sont pas les seules exposés au VIH/SIDA. Pour de jeunes écrivains ivoiriens, lauréats d'un concours national dénommé “Ecrire pour vivre”, les adolescents (12-16 ans) ont également besoin d'être sensibilisés sur la pandémie, et il n'y a pas meilleur moyen de leur transmettre le message qu'à travers des écrits à leur portée.
Dans la nouvelle du principal lauréat du concours, Seydou Coulibaly, l'auteur parle d'une lettre écrite à un ami de son âge par Zié, un enfant-soldat âgé de 14 ans, qui vit à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Après avoir contracté le SIDA à la suite de rapports sexuels non protégés avec des prostituées, Zié est désormais encadré par une organisation non gouvernementale locale (ONG), rapporte la nouvelle. Recueilli par ses grands-parents, il accepte de vivre en compagnie de Bêtin, un autre enfant-soldat, décédé plus tard du SIDA, et qui l'aurait incité à fréquenter des prostituées.
Selon la nouvelle, Zié témoigne dans sa lettre à visage découvert et s'engage pour la prévention du SIDA auprès des jeunes. Il met en garde cet ami contre le risque de contracter le VIH en lui donnant de nombreux conseils pour se protéger. Ce texte avec six autres qui forment le nouveau recueil de nouvelles, intitulé “Juste pour goûter”, publié à la fin de l'année dernière en Côte d'Ivoire. Son but : promouvoir des comportements à moindre risque en matière de VIH/SIDA chez les jeunes adolescents dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
“Nous avons voulu faire comprendre à l'opinion que le SIDA n'est pas seulement l'affaire des plus âgés”, explique Coulibaly à IPS. “Certains jeunes adolescents connaissent des comportements à risque et cela semble passer inaperçu”, déplore-t-il. “Il y a des jeunes qui ont hérité de la maladie en raison de l'infection de leurs parents, mais beaucoup d'autres ont été contaminés par des rapports sexuels et pratiques à risques”, affirme Coulibaly. “Par ces textes écrits dans un langage accessible, nous conseillons à nos jeunes frères d'avoir des relations saines et d'attendre l'âge adulte avant de s'intéresser au sexe”.
Pour François d'Assise N'Da, l'un des coauteurs du recueil de nouvelles, “notre but est également de sensibiliser aux problèmes de société que cela pose, singulièrement la stigmatisation”. Le thème de la stigmatisation résume particulièrement la nouvelle de Kady Koné, auteur de “Pour le meilleur et le pire”. Cette nouvelle parle d'une fille nommée Masséré devenue séropositive et violée à 15 ans. Elle parvient néanmoins à surmonter ce double traumatisme grâce au soutien de ses parents et d'un Dr Laurence Kacou, elle-même séropositive. Plus tard, Masséré entreprend des études de pharmacie avec succès et rencontre Ben qui veut l'épouser. Selon le récit, Masséré a avoué difficilement son secret à Ben qu'elle craint de perdre. Toujours grâce au soutien du Dr Kacou, elle se décide à raconter son passé à son ami qui, contrairement à ses craintes, ne la rejette pas et maintient sa décision de l'épouser.
Koné explique à IPS que sa nouvelle “consistait à faire comprendre, non seulement que l'espoir reste permis pour un séropositif, mais que ce dernier peut faire partie de notre vie”. Elle ajoute que “les adultes ont la facilité de l'admettre et qu'il restait à convaincre les adolescents”.
“Il est vraiment intéressant que l'on accorde de l'intérêt à la sensibilisation de cette jeunesse adolescente contre le SIDA”, indique à IPS, Marius Gagbé, un psychologue basé à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. “Aujourd'hui, la transition entre l'âge adolescent et l'âge adulte est mal assurée dans l'éducation des enfants. Ce qui fait que nombre d'entre eux sont vulnérables”.
“Certes, le niveau de connaissance du SIDA est élevé en milieu adolescent, mais les connaissances sur les modes de transmission, de contamination et sur la stigmatisation sont faibles”, explique Gagbé. “En ressortant plus les conséquences de la maladie, tout en assurant qu'il n'y a pas de fatalité, il y a de bonnes chances d'équilibrer les connaissances des jeunes”.
La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l'armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. En dépit de cinq années de crise qui ont causé la dégradation de certaines infrastructures sanitaires, le taux de prévalence du SIDA est passé de 7 pour cent à 4,7 pour cent, selon les autorités médicales du pays.
Mais, selon les ministères ivoiriens de la Santé publique et de la Lutte contre le SIDA, la pandémie reste présente dans le milieu des jeunes. Les résultats d'une enquête sur les indicateurs du SIDA, publiés en 2005, révèlent que 50 pour cent de nouveaux cas d'infection apparaissent par mois chez les jeunes de 12 à 14 ans, en particulier chez les filles.
“De la totalité des cas notifiés, 55 pour cent sont de sexe masculin et 45 pour cent de sexe féminin. Les jeunes de 30 à 34 ans représentent 20 pour cent des personnes infectées, et ceux de 15 à 24 ans, 18 pour cent”, indique à IPS, Dr Ignace Monssan, chargé de la planification au ministère de la Lutte contre le SIDA. Selon le ministère, la Côte d’Ivoire compte plus de 700.000 malades du SIDA actuellement. Membre de l'ONG locale “Le Soutien”, basée à Abidjan et impliquée dans le suivi des orphelins et enfants vulnérables, Stanislas Kouamé déplore que “les messages auxquels le public a droit au cours des séances de sensibilisation contre le SIDA, soient tous adressés aux adultes”. “Pourtant, comme les adultes, les adolescents sont chaque jour exposés à la maladie”, estime Kouamé. “Il faut maintenant espérer que les nouvelles publiées pourront faire prendre conscience aux adolescents de leur vulnérabilité au SIDA, des risques qu'ils encourent et de l'espoir qu'ils peuvent avoir s'ils sont déjà séropositifs”, ajoute-t-il. Il a réaffirmé la disponibilité des ONG impliquées dans la lutte contre le SIDA à relayer le message contenu dans les nouvelles des jeunes écrivains.

