SANTE-AFRIQUE: L'OMS craint des crises épidémiques majeures de méningite dès cette année

OUAGADOUGOU, 15 oct (IPS) – Les pays de la ceinture méningitique, situés en Afrique subsaharienne, risquent d'être confrontés à des flambées d'épidémies de méningite au cours des prochaines années, indique l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L'organisation onusienne, qui a réuni les partenaires financiers à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso la semaine dernière, appelle à une mobilisation urgente de fonds pour l'achat d'un minimum de 12 millions de doses de vaccins.

“Nous avons constaté une augmentation du nombre de cas ces deux dernières saisons épidémiques, ce qui nous appelle à plus de vigilance”, a expliqué à IPS, Dr Déo Shimirimana, chef de la division contrôle des maladies transmissibles au siège de l'OMS-Afrique au Congo-Brazzaville. “Nous avons peur d'une épidémie majeure car le cycle épidémique varie de 10 à 12 ans.

L'OMS annonce qu'elle a besoin de 14 millions de dollars pour constituer un stock minimum d'urgence de 12 millions de vaccins polysaccharides A et C car elle redoute des épidémies d'envergure dans les années à venir. Ce vaccin sera géré par le Groupe international de coordination (GIC) sur l'approvisionnement en vaccin anti-méningococcique mis en place à la suite des grandes flambées survenues en Afrique en 1996-1997.

Le GIC est constitué de représentants d'institutions des Nations Unies, notamment de l'OMS, d'organisations non gouvernementales, de partenaires techniques et du secteur privé. “Il faut un pré-positionnement de stocks vaccins et de médicaments”, ajoute Dr Shimirimana. Selon lui, chaque pays doit avoir en plus un stock entre 300.000 et 500.000 doses de vaccins polysaccharides A et C.

L'année dernière, seulement sept millions de doses de vaccins contre la méningite étaient disponibles sur le marché mondial en raison de la réticence des industries pharmaceutiques à faire face à des pertes liées à la mévente, indiquent certains donateurs. La situation épidémiologique des deux dernières saisons, qui a été marquée par une augmentation significative des cas, fait craindre une nouvelle vague épidémique semblable à celle de 1996-1997, selon l'OMS. En 1996, la dernière grande épidémie avait fait 25.000 morts et enregistré plus de 200.000 cas. Le Burkina Faso seul avait enregistré 42.967 cas, avec 10,15 pour cent de taux de létalité, soit plus de 4.300 décès, selon l'OMS. La méningite dans les 21 pays de la ceinture méningitique — du Sénégal à l'ouest, à l'Ethiopie à l'est — a fait 2.962 morts sur 39.916 cas en 2007. La méningite est une infection des méninges qui sont de minces lames de tissu entourant le cerveau et la moelle épinière. Elle sévit au cours de la saison sèche. Les symptômes les plus fréquents sont une raideur de la nuque, une fièvre élevée, la photophobie, un état confusionnel, des céphalées et des vomissements.

Même lorsque l'on a diagnostiqué la maladie très tôt et qu'un traitement approprié est prescrit, jusqu'à 10 pour cent des malades décèdent, habituellement dans les 24 à 48 heures suivant l'apparition des symptômes. La méningite bactérienne peut entraîner des lésions cérébrales, une surdité partielle ou des troubles de l'apprentissage chez 10 à 20 pour cent des survivants.

L'OMS estime que la quantité actuelle de vaccins — huit millions — pourrait être augmentée à 25 millions de doses. Or selon les projections de l'organisation, les besoins en vaccins, en cas d'épidémie, sont estimés a 80 millions de doses de vaccins polysaccharides pour protéger 400 millions de personnes vivant dans les pays de la ceinture méningitique. “Si l'objectif de nos partenaires financiers est de nous aider, qu'ils le fassent à temps”, lance Alain Yoda, le ministre burkinabé de la Santé. “Certains partenaires n'interviennent que quand l'épidémie est installée ou passée, à ce moment, ça ne sert plus à grand-chose”, déplore-t-il. Selon Yoda, le Burkina, qui a enregistré 25.938 cas de méningite et 1.758 décès cette année, a besoin de six millions de doses de vaccins. Des directives sont déjà envoyées vers les centres de santé pour un dépistage précoce des cas dès novembre prochain, confie-t-il à IPS. Selon Dr Mathieu Kamwa, coordinateur de l'Equipe inter-Pays pour les programmes de santé en Afrique de l'ouest, basée à Ouagadougou, l'innovation de cette année est la mobilisation générale avec toutes les forces des pays concernés et les partenaires pour éviter ce qui est arrivé il y a dix ans. “L'expérience montre que quand la préparation est bonne, la prise en charge est bien conduite et le nombre de morts est réduit. C'est un élément déterminant”, souligne-t-il. Au cours de la rencontre qui a duré quatre jours, l'OMS a réalisé, avec les représentants de 23 pays dont ceux de la ceinture méningitique, des plans de riposte et de surveillance dès les premiers instants de l'harmattan, le vent sec qui déplace la poussière contenant les microbes causant la maladie. En plus des représentants des Etats, la rencontre de Ouagadougou a réuni également des partenaires comme le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), la Banque mondiale, l'Agence américaine pour le développement international (USAID), le Centre de contrôle de maladies d'Atlanta aux Etats Unis, Médecins sans frontières et le Bureau européen pour les Affaires humanitaires. “Les donateurs ont compris le message et ils s'engagent à mobiliser leur base pour mobiliser les fonds nécessaires”, affirme Dr Shimirimana à l'issue de la rencontre avec les bailleurs de fonds.