LOME, 13 oct (IPS) – Des organisations non gouvernementales féminines du Togo regrettent que seulement 10 pour cent des femmes soient représentées sur les listes de candidature pour les élections législatives de dimanche. Et elles ne sont même pas bien positionnées sur ces listes.
Pourtant, les associations féminines avaient souhaité, avant la fixation de la date des élections, qu'il y ait au moins 30 pour cent de candidatures féminines sur les listes. Mais aucune loi n'a été adoptée pour fixer un quelconque pourcentage dans ce sens.
Par ailleurs, la question du quota des candidatures féminines aux législatives du 14 octobre avait été discutée lors du dialogue inter-togolais à Ouagadougou, au Burkina Faso. Ce dialogue avait abouti à la signature, en août 2006, d'un accord politique global entre la classe politique togolaise et la société civile.
“Les parties prenantes au dialogue se sont engagées à œuvrer en vue d'assurer la représentation équitable des femmes dans les processus électoraux et dans la vie politique nationale”, indique l'accord, ajoutant : “Dans cette optique, elles (les parties signataires) encouragent les partis politiques à s'imposer un minimum de candidatures féminines aux élections”.
Malgré ces dispositions de l'accord politique global et le souhait exprimé par les femmes, aucun débat n'a eu lieu au parlement sur la question du quota en faveur des candidatures féminines.
“Nous sommes désappointés face au nombre de femmes candidates aux élections législatives au Togo car… nous nous rendons compte que les femmes représentent 10 pour cent sur les listes alors que nous pensions avoir une représentativité de 30 pour cent”, a déclaré à IPS, Kafui Kouwonou, responsable du Groupe de réflexion et d'action Femmes, démocratie et développement, une association de femmes du Togo basée à Lomé, la capitale.
“On les retrouve en bas de liste, ce qui ne leur facilitera pas la tâche, c'est-à-dire qu'elles ont un faible pourcentage de chance d'être élues”, a indiqué Kouwonou qui accuse les états-majors des partis politiques d'avoir privilégié les hommes.
Quelque 2,9 millions d'électeurs et électrices seront aux urnes dimanche pour élire les 81 députés de l'Assemblée nationale, dans 5.913 bureaux de vote, parmi 2.150 candidats, dont seulement 142 femmes. Pour la première fois, le Togo a adopté un scrutin proportionnel de liste. L'attribution des sièges se fera selon la règle de la plus forte moyenne.
La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a enregistré plus de 395 listes de candidats dont une centaine de listes d'indépendants. Mais, les partis politiques de ce pays d'Afrique de l'ouest n'ont pas beaucoup fait confiance aux femmes, selon des analystes. Le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Faure Gnassingbé a présenté 22 femmes sur 162 candidats, alors que le Comité d'action pour le renouveau (CAR) du Premier ministre Yaovi Agboyibo a aligné 17 femmes sur 162 candidats aussi.
Elles sont 12 femmes sur les listes de l'Union des forces de changement (UFC), le principal parti de l'opposition; huit femmes sur les 104 candidats du parti Alliance, sept sur les 130 candidats investis par le Pacte socialiste pour le renouveau. On retrouve sur une liste de 10 candidats indépendants des hommes de médias, des animateurs de spectacles, un ancien ministre, et deux femmes. “Le RPT a compris l'importance de la place de la femme dans la société, c'est pourquoi notre parti a fait confiance à 22 femmes et nous avons battu sur ce point les autres partis”, a déclaré à IPS, Pascal Bodjona, membre du comité central de cet ancien parti unique au pouvoir.
“Dans notre parti, nous n'avons pas reçu beaucoup de candidatures féminines, mais la plupart des femmes qui ont fait acte de candidature ont été retenues”, a indiqué, pour sa part, Jean Pierre Fabre, le secrétaire général de l'UFC. La faible représentativité des femmes sur l'ensemble des listes des candidats s'explique par le fait que “les femmes préfèrent laisser leurs maris s'occuper de la politique”, affirme Fabre. “C'est pourquoi elles n'ont pas fait acte de candidature massivement”. Depuis son indépendance en 1960, le Togo a enregistré 693 députés avec seulement 29 femmes, selon des chiffres officiels. Elles étaient six députées dans le parlement sortant.
De même, très peu de femmes occupent de postes de responsabilité au sein des bureaux des partis politiques au Togo. Mèmounatou Ibrahima, ministre togolaise des Affaires sociales et de la Promotion de la Femme, estime que la situation des femmes dans les partis politiques révèle des contrastes importants. “Cette situation s'explique en partie par la fragilité du leadership féminin et des pesanteurs socioculturelles en général”, dit-elle.
Ibrahima confirme la faible représentation des femmes dans les instances de prise de décision au Togo. Elle révèle que la proportion des femmes ayant un poste de responsabilité politique n'est que de 4,4 pour cent. “La participation des femmes à la vie publique constitue (pourtant) un facteur de développement durable”, ajoute Ibrahima, elle-même candidate du RPT aux législatives. Pour inciter les partis politiques à responsabiliser les femmes en leur sein, le gouvernement togolais a approuvé un projet de loi en mars 2007 sur le financement des partis politiques. Le projet, qui n'est pas encore examiné au parlement, prévoit que chaque parti bénéficiera d'un surplus financier proportionnel au nombre total de femmes élues obtenues aux élections législatives ou locales.
“Au-delà de la représentation féminine sur les listes des candidats, nous pensons qu'il faudra faire des actions plus concrètes lorsque nous serons à l'Assemblée nationale en faveur des femmes togolaises qui souffrent beaucoup, mais qui continuent par être reléguées au second plan”, a confié à IPS, Nicolas Lawson, président du Pari du renouveau et de la rédemption.
A cet égard, l'UFC envisage, dans son projet de société intitulé “Pour le Togo de demain”, des “mesures incitatives à la participation des femmes à la vie politique nationale”. Ce parti s'engage également à tout mettre en œuvre pour que des lois et autres instruments qui protègent la femme soient respectés dans le pays. De son coté, le RPT promet de mettre l'accent sur la promotion de la femme au cours de la prochaine législature.

