POLITIQUE-SOUDAN: Appel pour des pourparlers inclusifs sur le Darfour

JOHANNESBURG, 19 juil (IPS) – Des représentants du gouvernement soudanais et des groupes rebelles se rencontreront à Arusha, la ville située dans le nord de la Tanzanie, le mois prochain pour tenter d'élaborer un accord visant à mettre fin à quatre années de conflit au Darfour.

La conférence du 3 au 5 août a été annoncée lundi à la fin de la rencontre de deux jours tenue à Tripoli, la capitale libyenne, organisée par l'Union africaine (UA) et les Nations Unies. Elle visait également à trouver une solution à la crise dans la région occidentale du Soudan. Tandis que le gouvernement soudanais, l'Union européenne et des représentants de 14 autres pays ont pris part à la réunion en Libye, aucun des groupes rebelles du Darfour n'y avait participé. Korwa Adar, un grand chercheur à l'Institut africain de l'Afrique du Sud, un groupe de réflexion basé à Pretoria, la capitale, estime qu'une répétition de cette situation doit être évitée pour que les pourparlers d'Arusha aient une quelconque chance de succès.

"La conférence d'Arusha… ne doit pas être discriminatoire. Des groupes rebelles, des organisations de la société civile, des hommes politiques — des représentants de toutes les parties prenantes — doivent être associés, parce que vous ne voulez pas donner l'occasion à d'autres de saboter le processus de paix maintenant et dans le futur", a-t-il déclaré à IPS.

"Il est bon d'impliquer tous les protagonistes dans les négociations pour (des pourparlers) afin d'avoir un effet durable", a ajouté Adar, également coéditeur de 'Le Processus de paix au Soudan : Défis et perspectives d'avenir'. Pendant que la campagne de la guérilla contre le gouvernement soudanais au Darfour a été lancée au départ par deux mouvements rebelles en 2003, il y a actuellement environ une douzaine de regroupements. Cette situation a compliqué les efforts de paix, souligne Timothy Otieno, chercheur à l'Institut pour le dialogue mondial, également un groupe de réflexion, basé à Johannesburg.

"Khartoum aimerait opposer un groupe rebelle à un autre", a-t-il dit à IPS. "Ceci n'apportera pas la paix".

Une nouvelle coalition rebelle, appelée le Front uni pour la libération et le développement, a été annoncée pendant le week-end à Asmara, la capitale érythréenne. Ce groupe a été formé dans le but de présenter un front uni dans les pourparlers de paix avec Khartoum. Toutefois, elle comprend seulement l'Alliance démocratique fédérale du Soudan, les Forces du front démocratique révolutionnaire et deux plus petites factions de l'Armée de libération du Soudan. Les principaux groupes rebelles comme le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Mouvement de libération du Grand Soudan restent en dehors de la coalition. Ce n'est pas une première tentative pour unir les rebelles du Darfour. Deux fois au cours de cette année, le Gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan (GOSS) a essayé — et a échoué — d'emmener les rebelles à Juba, la capitale du sud du Soudan. Le président du GOSS, Salva Kiir, qui est également le premier vice-président du Soudan, est allé au Tchad et en Libye pour tenter de persuader les rebelles de se rencontrer à Juba. De plus, le parti de Kiir, le Mouvement de libération du peuple du Soudan, a nommé un envoyé spécial pour le Darfour, Clément Janda; ce dernier rencontre actuellement les différents groupes rebelles afin de les aider à unifier leur position. Kiir veut éviter la répétition des événements de 2006, quand un accord de paix a été réalisé à Abuja, la capitale nigériane, mais a été signé par une seule faction rebelle. Otieno a souligné : "L'Accord d'Abuja de 2006 a été accepté par un groupe rebelle sur trois. C'est pourquoi il ne tient pas debout. Vous ne pouvez pas exclure les principaux protagonistes, quel que soit le désaccord qui vous lie. Ils déterminent ce qui se passe sur le terrain. Ils peuvent faire des dégâts". Pendant que des efforts pour convoquer la prochaine série de pourparlers de paix continuent, les Nations Unies sont en train de mettre ensemble une force hybride de plus de 20.000 soldats de la paix pour surveiller et protéger les civils au Darfour. L'institution mondiale déclare qu'au moins 200.000 personnes ont été tuées et plus de deux millions ont été déplacées depuis le déclenchement des combats à propos de la marginalisation présumée de la région. Le gouvernement soudanais a réagi à l'offensive des rebelles avec des bombardements aériens, et en soutenant des attaques des militants arabes connus sous le nom de "janjaweed" — ou "des cavaliers" — accusés d'avoir commis des atrocités dans le Darfour. Les Arabes nomades ont pendant plusieurs années été en désaccord avec des groupes ethniques établis dans la région sur le contrôle des ressources. L'UA a déjà déployé 7.000 soldats de la paix au Darfour, qui fait approximativement la taille de la France. Toutefois, ces troupes sont mal équipées. "L'ONU devrait donner un soutien financier et diplomatique à l'UA comme l'UA l'a fait à l'IGAD pour résoudre le conflit nord-sud", a déclaré Adar, en se référant à la médiation de l'Autorité intergouvernementale sur le développement dans le conflit de 21 années entre le nord et le sud du Soudan — laquelle a abouti à un accord en 2005. L'IGAD comprend Djibouti, l'Erythrée, l'Ethiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan et l'Ouganda.

Le président soudanais Omar al Bashir a bien fait comprendre qu'il préférait les soldats de la paix sous les ordres de l'UA, menaçant même de combattre les forces de l'ONU si elles sont déployées au Darfour sans le consentement de Khartoum. Mais le chef de l'Etat semble avoir changé sa position actuellement. "Le Soudan a été contraint par la communauté internationale d'accepter la force hybride (ONU et UA)", a ajouté Adar.