NIAMEY, 30 juin (IPS) – ‘’La dégradation des terres est avancée dans les bassins transfrontaliers du Niger et du Nigeria à telle enseigne qu’elle handicape les économies locales et régionales et accroît la vulnérabilité des populations rurales’’, déclare à IPS, Souley Aboubacar, coordonnateur nigérien d’un nouveau programme commun de sauvegarde des écosystèmes menacés.
Tous les spécialistes interrogés par IPS dans le cadre de cet article sont unanimes à reconnaître que ces écosystèmes sont aujourd’hui menacés de disparition du fait de la forte pression des hommes sur les ressources naturelles, ce qui a donné comme conséquence une accélération de la dégradation des terres, une pénurie de terres cultivables et la rareté des aires de pâturage au niveau des régions transfrontalières.
Originaire de Douchi, un village du nord du Nigéria, frontalier le Niger, Mallam Tchiari Assouman, peut aujourd’hui être présenté comme une victime de cette dégradation des terres aux frontières du Nigéria et du Niger. Autrefois agriculteur et propriétaire d’un champ de 1,5 hectare devenu improductif, il a dû immigrer vers Niamey, la capitale nigérienne, où il vend aujourd’hui du poivron pour survivre.
‘’Le champ que j’exploitais à Douchi ne me rapportait plus grand chose. C’est à peine si j’en ai tiré quatre sacs de 100kg de mil au cours de ma dernière campagne alors qu’auparavant, j’en tirais jusqu’à 15 sacs’’.
La situation n’a guère été meilleure pour Madou Boukary, originaire de Diffa, dans le sud du Niger. En dépit de la dégradation évidente des sols de son village, il a décidé d’y rester, mais a été contraint de changer de culture. Il a abandonné son champ de mil pour s’adonner exclusivement à la culture du poivron.
‘’A quoi bon continuer d’exploiter une terre qui ne me rapporte même pas cinq bottes de mil à la récolte ?’’, explique-t-il à IPS au téléphone.
Ce sont quatre grands bassins fluviaux frontaliers du Niger et du Nigeria qui subissent les affres de la dégradation, raison de la mise en route par les deux pays d’un projet intitulé ‘’Projet de gestion intégrée des écosystèmes’’ (PGIE) des régions transfrontalières en vue d’assurer la conservation, l’utilisation durable et le partage équitable de leurs ressources naturelles.
La mission du PGIE est de freiner le processus de désertification, faire régénérer les écosystèmes et créer les conditions de leur meilleure exploitation par les populations des régions transfrontalières partageant les quatre bassins fluviaux.
Les quatre bassins concernés par le projet sont ceux de la Komadougou Yobé, du Tagwaï-El Fadama, du Gada-Goulbi, et de la Maggia-Lamido, rapporte Emmanuel Oladipo, coordonnateur régional du projet auprès de la Commission mixte nigéro-nigériane de coopération à Niamey.
Les bassins couvrent une superficie de 102.627 kilomètres carrés et traversent les Etats du Borno, du Yobé, de Gigawa, de Katsina et de Sokoto, au Nigeria, et les régions de Tahoua, Diffa, Zinder et de Maradi, au Niger.
Le projet sera exécuté dans 24 villages pilotes dans les deux pays, et touchera une population totale de 12.360.364 habitants, essentiellement des agriculteurs et des éleveurs.
Les populations seront directement impliquées dans la mise en œuvre du projet à travers des actions comme la restauration des terres dégradées, la gestion et la conservation de la biodiversité, affirme Oladipo: ‘’Ces régions regorgeaient d’une mosaïque d’écosystèmes avec une biodiversité variée, une flore constituée d’environ 400 espèces adaptées à l’environnement sahélien’’.
La situation transfrontalière a notamment provoqué une aggravation de la pauvreté des populations des régions, et engendre souvent des frictions intercommunautaires autour de l’exploitation des maigres ressources naturelles restantes, renchérit Seidou Amadou, conseiller technique principal du PGIE.
Il est attendu de la mise en œuvre de ce projet une amélioration de 10 pour cent des revenus des ménages de la zone d’intervention, la réhabilitation de 48.000 hectares de terres dégradées, une meilleure gestion et conservation de la biodiversité sur 4.800 kilomètres carrés, et une réduction du taux de sédimentation dans les bassins de l’ordre de 35 pour cent, indique le document de cadrage du projet.
Aboubacar chiffre le coût global du projet à 29 millions de dollars. Il est conjointement financé par le Fonds pour l’environnement mondial, puis les deux pays bénéficiaires, le Niger et le Nigeria.
‘’D’ici à la fin du projet, en 2013, nous attendons également des populations la maîtrise, par au moins 50 pour cent d’entre elles, des bonnes pratiques de gestion des ressources naturelles’’, précise Oladipo.
Selon Aboubacar, ce projet, dont les phases préliminaires viennent de finir, et qui entre en ce mois de juin dans sa phase de terrain, ‘’traduit la volonté politique des autorités des deux pays de garantir un partage équitable et une meilleure gestion des ressources naturelles dans les quatre bassins fluviaux communs”.

