BRUXELLES, 29 juin (IPS) – Augmenter l'aide publique européenne au développement ne suffira pas à permettre aux pays pauvres d'atteindre les objectifs en matière de développement fixés par les Nations Unies, indique un rapport du Parlement européen.
En 2005, quinze Etats membres de l'Union européenne (UE) se sont engagés à consacrer 0,7 pour cent de leur produit national brut (PNB) à l'aide publique au développement d'ici à 2015. Leur ambition était de contribuer à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). A l'aube du nouveau millénaire, les Etats membres de l'ONU ont en effet convenu de huit objectifs prioritaires en matière de développement à atteindre d'ici à 2015. Ils visent notamment à réduire de moitié le nombre d'individus souffrant de la faim ou vivant dans l'extrême pauvreté, à assurer une éducation primaire pour tous ou à maîtriser les pandémies comme le SIDA, le paludisme ou la tuberculose.
Selon le rapport du Parlement européen, l'aide publique au développement a sensiblement diminué. En 2005, elle représentait environ 0,44 pour cent des produits nationaux bruts combinés. L'an dernier, ce pourcentage atteignait 0,43 pour cent. “Si on n'augmente pas l'aide aux pays les plus pauvres afin d'accroître leurs propres ressources domestiques, les objectifs ne pourront être atteints”, déclare la députée européenne Glenys Kinnock, coauteur de ce rapport. Pour cette parlementaire membre du Parti travailliste, plusieurs pays européens ne respectent pas leur engagement. L'Italie, par exemple, accuse un important retard et n'a consacré en 2006 que 0,2 pour cent de son PNB à l'aide publique au développement. Presque tous les objectifs fixés en 2000 par les Etats membres de l'ONU sont liés à la santé et à l'éducation. Le nouvel instrument européen de coopération au développement prévoit qu'en 2009, au moins 20 pour cent de l'aide publique au développement devront être consacrés à des projets dans ces deux secteurs. Or, à l'heure actuelle, moins de 7 pour cent de l'aide européenne sont consacrés à la santé ou à l'éducation, indique Kinnock. Pour combler les dépenses en matière de santé, près de 12 milliards d'euros supplémentaires par an (16 milliards de dollars) seraient nécessaires, estime-t-elle. Et pour atteindre les objectifs fixés dans le domaine de l'éducation, l'UE devrait augmenter son aide de 5,3 milliards d'euros par an (7 milliards de dollars). D'après ce rapport, l'aide administrée par la Commission européenne, l'organe exécutif de l'UE, se concentre davantage sur des projets dans le domaine des infrastructures plutôt que sur les besoins de base des populations. En 2005, l'aide accordée par la commission à des projets développant les secteurs des transports ou des infrastructures atteignait 817 millions d'euros (un milliard de dollars), contre 185 millions d'euros (248 millions de dollars) pour l'éducation et 239 millions d'euros (321 millions de dollars) pour les soins de santé.
Kinnock estime par ailleurs que de nombreux Etats membres de l'UE “gonflent” leurs statistiques en incluant dans leurs chiffres de l'aide au développement les opérations de remise de dette des pays pauvres. Le rapport cite notamment l'Autriche, la France, l'Italie, l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Cette pratique est autorisée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). “Mais les opérations d'allègement de la dette ne représentent pas un transfert de nouvelles ressources destinées au développement”, rappelle Kinnock.

