NAIROBI, 23 jan (IPS) – Il y a neuf gouvernements en Amérique latine qui devraient marquer une nouvelle renaissance de la politique de gauche dans la région. Mais des panélistes à une discussion bien suivie sur la pertinence du socialisme n'ont pas voulu le reconnaître.
La question de savoir ce que signifie être de gauche aujourd'hui peut-elle être débattue sans discuter des gouvernements de gauche et de la classe ouvrière? Apparemment, c'est possible.
Un groupe de panélistes principalement latino-américains, réunis par l'ONG brésilienne iBase, a réussi à débattre de la question pendant deux heures dimanche sans prononcer une fois l'expression 'classe ouvrière' — et en mentionnant à la hâte seulement deux des neuf gouvernements latino-américains qui affirment aujourd'hui être à la tête d'une renaissance de la gauche dans leur résurgence.
En ignorant ces gouvernements — Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Cuba, Equateur, Nicaragua, Uruguay et Venezuela — les panélistes auraient pu, par inadvertance, s'être exposés à des critiques bien connues du FSM : c'est-à-dire être incapable de se connecter activement avec 'le monde réel de la politique'.
Dans leurs discussions, les panélistes se sont lancés dans un débat vigoureux sur la vieille et la nouvelle gauche. Ils ont convenu que certaines des "vieilles valeurs de gauche', comme l'égalité et la liberté, étaient utiles, mais ont dit que la 'nouvelle gauche' ne pouvait pas réussir sans se débarrasser d'abord de ces traits qui ont conduit à la défaite mondiale du communisme au cours du siècle dernier.
Au nombre des traits qui devraient être "radicalement rejetés', figuraient "les modèles de connaissance ethnocentriques et eurocentriques" dans lesquels des hommes agissaient comme les seuls propriétaires de la planète Terre et où l'Europe était le seul sujet de l'histoire.
Aussi bien les sociétés soviétiques que les sociétés capitalistes occidentales partageaient l'opinion selon laquelle les progrès faisaient partie d'une lutte entre les hommes et la nature — "une lutte que nous sommes près de remporter et, sur ce, nous mettons fin à la vie sur Terre", a déclaré Edgardo Lander du Venezuela.
Prié de décrire les différences entre la politique de gauche et celle de droite, la journaliste et éditrice allemande Daniela Grand a mentionné avec emphase une: "La gauche est bien et la droite est mauvaise". Verdict sur Ortega et Chavez L'activiste uruguayenne Lilian Ciliberti a indiqué que le mouvement féministe avait rompu avec la "traditionnelle gauche narrative" il y a plus de 30 ans.
Elle a rejeté la notion selon laquelle le président nicaraguayen Daniel Ortega nouvellement élu est de gauche, affirmant qu'il avait conclu un pacte avec l'église catholique pour interdire les avortements thérapeutiques.
Elle considérait également le slogan de 'le socialisme ou la mort' du président vénézuélien Hugo Chávez, comme étant "absolument négatif pour bâtir une hégémonie dans le sens Gramscien" — un point théorétique qui semblait être en contradiction avec les problèmes de la 'vie réelle' du forum. Elle a poursuivi en critiquant les leaders de la coalition de gauche au pouvoir en Uruguay, affirmant qu'une fois qu'ils étaient arrivés au pouvoir, ils "ont oublié" le mouvement social qui les y a amenés. Un participant sud-africain de l'assistance a pris la parole pour essayer de sauver quelques réalisations de la "vieille gauche', indiquant que le mouvement des syndicats, par exemple, était toujours d'actualité dans plusieurs pays, y compris le sien.
Pressé par les participants de parler du Venezuela, Edgardo Lander a loué Chávez pour avoir créé un "processus riche et contradictoire de…construction du tissu social", mais a prévenu que le leader vénézuélien controversé "reproduisait certains des modèles de la vieille gauche que nous critiquons aujourd'hui", comme le fait de s'attribuer de plus en plus de pouvoir personnel.
"La solidarité inconditionnelle ne renforce que les tendances autoritaires et antidémocratiques", a souligné Landers.
Environ 100 personnes ont pris part à la discussion, mais il n'y avait aucun Africain sur le panel. Comme l'a fait remarquer un intervenant, "Nous pourrions être n'importe où, sauf en Afrique".

