COTONOU, 24 jan (IPS) – La Convention des Nations Unies contre la désertification, en son article 8, recommande aux pays africains l’élaboration de programmes d’action nationaux en vue « d’assurer la participation des populations, des collectivités et des groupes locaux » à la lutte contre la désertification. A ce jour, 34 pays africains sur 53 se sont conformés à cette exigence.
Ces plans visent à développer des actions de prévention et de lutte dans le cadre tracé par la Convention. Dans l’ensemble, ils ont été adoptés entre 2000 (c’est le cas du Bénin, du Burkina Faso ou de la Tanzanie) et 2005 (pour le Burundi et l’Egypte).
Tous les pays africains ne sont pas menacés par le désert, notamment en Afrique centrale. Des pays comme la Côte d’Ivoire, la Libye ou la Guinée, entièrement ou partiellement affectés, ne font pas partie de ce groupe de 34.
“L'Afrique comporte de vastes étendues de terres agricoles arides, dont près des trois quarts souffrent de dégradation à des degrés divers”, explique l’expert malien en désertification, Souleymane Keïta. “La désertification du continent a de graves conséquences en termes de pauvreté, de mouvements de populations et de sécurité alimentaire”, a-t-il ajouté.
La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification est entrée en vigueur le 26 décembre 1996.
“Son objectif est de lutter contre la désertification et d'atténuer les effets de la sécheresse, grâce à des mesures efficaces à tous les niveaux, appuyées par des arrangements internationaux de coopération et de partenariat”, précise ce texte.
En son article 7, la Convention recommande l’adoption de plans d’actions sous-régionaux et régionaux en vue d’harmoniser la lutte contre la désertification.
Toutes les sous régions africaines ont déjà adopté leur plan d’action. L’Afrique de l’Ouest, l’Afrique australe et le Maghreb ont soumis leur programme d’action aux Nations Unies en 2000 ; l’Afrique de l’Est en 2001. La coordination de ces différents plans d’action a été assurée par des organisations sous-régionales : l'Union du Maghreb arabe (UMA) pour l'Afrique du Nord ; le Comité inter Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) pour l'Afrique de l'Ouest; l'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) pour l'Afrique de l'Est et la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC) pour le Sud du continent.
“L’objectif à terme est l’élaboration d’un Programme d’action régional de lutte contre la désertification (PARLCD) dans le cadre d’un processus de concertation et de négociation impliquant les différents acteurs concernés”, indique le site Internet du Mécanisme mondial (MM).
Le Mécanisme mondial (plus connu sous son acronyme anglais, Global Mechanism) est un organe créé par la conférence des parties à la Convention en vue de promouvoir une affectation plus rationnelle des ressources et la mobilisation de ressources supplémentaires pour la lutte contre la dégradation des terres et la pauvreté.
Le PARLCD est en cours d'élaboration depuis l’année 2000 sous la direction d’une équipe de coordination régionale qui siège dans les locaux de la Banque africaine de développement (BAD), autrefois à Abidjan, mais aujourd’hui installé à Tunis en raison de la crise qui secoue la Côte d’Ivoire.
La lutte contre la désertification constitue donc une préoccupation majeure en Afrique car les terres arides représentent les deux tiers de la superficie du continent. Depuis l’adoption de la Convention et des plans d’action, cette lutte a été menée avec des succès mitigés par endroits.
Au Maghreb par exemple, « les activités développées en matière de lutte contre la désertification accusent une certaine fragmentation et un manque d’intégration et d’articulation tant au niveau national que sous régional », précisait en octobre 2004 le rapport d’activités sur la mise en oeuvre de la Convention de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
L’une des principales lacunes, indiquait le rapport, est l’absence d’une vision stratégique à long terme qui s’appuie sur une approche globale et cohérente, basée sur les articulations entre les activités locales, nationales et sous régionales et leur intégration dans la stratégie du développement social et économique durable pour l’ensemble des populations des pays du Maghreb.
Ce constat traduit la nécessité de plans d’action pour coordonner la lutte contre la désertification, surtout dans une région, le Maghreb, dont cinq pays, situés en Afrique du Nord (la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie) sont profondément affectés, sur une grande partie de leur territoire, par la désertification.
La région du Maghreb arabe couvre une superficie globale d’environ 5,7 millions de kilomètres carrés.
En Afrique de l’ouest, le phénomène est tout aussi critique, selon le troisième rapport sur la mise en œuvre de la Convention contre la désertification, qui date de février 2005.
“Les facteurs de dégradation persistent dans la majeure partie de la sous région et s’étendent même à des zones traditionnellement considérées comme non concernées, principalement les zones tampons entre le Sahel et l’Afrique de l’Ouest côtière”, précise ce rapport.
Toutefois, indiquent ses auteurs, même si les dégradations de l’environnement se poursuivent, certains îlots verts sont apparus en certains endroits. Ils démontrent que “lutter contre la désertification est possible et que les populations, sans avoir gagné la guerre, gagnent des batailles”, conclut ce rapport.

