POLITIQUE: Le nouveau secrétaire général de l'ONU déjà critiqué

NATIONS UNIES, 11 jan (IPS) – Moins de deux semaines après sa prise de fonction, la politique de nominations du nouveau secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, fait l'objet de critiques de la part de groupes issus de la société civile.

Aussitôt après son investiture le mois dernier, le nouveau secrétaire général de l'ONU avait déclaré qu'il désignerait ses collaborateurs aux postes clés de l'organisation en fonction de leur mérite. Pour les représentants de la société civile, jusqu'à présent, les choix de Ban ne rencontrent pas cet objectif. La semaine dernière, il a nommé le diplomate britannique John Holmes au poste de secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires. Certains observateurs notent cependant que l'ambassadeur de Grande-Bretagne en France, un proche de Tony Blair, manque d'expérience de terrain.

En poste depuis octobre 2001 à Paris, John Holmes a notamment servi à Moscou, New Dehli et Lisbonne. Conseiller diplomatique de l'ancien Premier ministre britannique John Major, il a conservé cette fonction de 1997 à 1999 sous l'actuel Premier ministre Blair.

Annonçant la nomination, la porte-parole de l'ONU, Michèle Montas, a indiqué que Holmes avait “fait ses preuves de vision stratégique, de gestion de crise, de négociation multilatérale, de sacrifice et de dur labeur" à travers sa carrière diplomatique. Le diplomate succède à ce poste au norvégien Jan Egeland, hautement respecté par la communauté internationale et les organisations non gouvernementales pour son engagement humanitaire. Lorsqu'il était à la tête du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Egeland s'est non seulement toujours opposé aux pressions politiques sur le terrain, mais a vivement critiqué également certaines grandes puissances pour leur inaction.

En août dernier, après l'intervention d'Israël au Liban, il avait, par exemple, qualifié de “choquante” l'utilisation massive de bombes à fragmentation durant le conflit. Egeland s'était également attiré les foudres de Georges W. Bush après le tsunami de décembre 2004, lorsqu'il avait souligné la “pingrerie” des pays riches dans leurs contributions après la catastrophe. “Ban a-t-il été influencé dans ses choix par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité?”, s'interroge William Pace, spécialiste des questions onusiennes, qui dirige 'l'Institute for Global Policy', basé à New York. Ces cinq membres (la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne) disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU. “Comment la Grande-Bretagne — qui défend la notion de 'responsabilité' au sein de l'organisation — peut-elle soutenir la nomination de quelqu'un dont on décrit généralement le 'copinage' et dont les qualifications ne correspondent visiblement pas à un organe de cette importance?”, demande Pace. Selon lui, cette désignation révèle un premier “signe négatif” au sujet de l'indépendance du nouveau secrétaire général. “Permettre à quelques Etats membres influents de peser sur des nominations clés, sape la légitimité de l'organisation et la confiance en son secrétaire général”, ajoute-t-il.

“Il ne s'agit pas que de cette nomination”, souligne Jim Paul, directeur exécutif de 'Global Policy Forum', une organisation non gouvernementale basée à New York. “Lorsqu'on observe les différents postes, on constate qu'il y a un sérieux problème”, explique-t-il.

Bien avant cette décision controversée de Ban, ceux qui suivent de près les l'ONU, s'interrogeaient déjà sur le fait que des postes de haut niveau étaient dominés par des pays riches et puissants. Cette désignation à la tête d'OCHA, qui correspond à un poste de secrétaire général adjoint au sein du département du secrétariat de l'ONU, souligne Pace, semble confirmer que les postes à haute responsabilité sont traditionnellement placés sous le contrôle des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Pour les deux observateurs du système onusien, cette pratique devrait confirmer le serment selon lequel les membres du secrétariat ne doivent pas agir comme des représentants des gouvernements de leurs pays d'origine, mais doivent rester impartiaux et loyaux par rapport à la vision de l'ONU dans son ensemble.

Depuis sa désignation, le nouveau Secrétaire général n'a procédé qu'à quelques nominations, dont les plus importantes sont la ministre tanzanienne des Affaires étrangères, Asha-Rose Migiro, nommée comme secrétaire général adjoint de l'organisation, et la Mexicaine Alicia Barcena Ibarra sous-secrétaire général à la gestion. Ces postes étaient auparavant occupés respectivement par des diplomates britannique et américain.

Réagissant à la nomination de Holmes, des organisations de la société civile ont exhorté le nouveau secrétaire général à adopter “des procédures appropriées et ouvertes” pour l'évaluation des candidats. Elles lui ont demandé de respecter, dans l'attribution des postes, aussi bien les qualifications et le mérite que l'égalité des sexes et une certaine distribution géographique. Elles ont également encouragé Ban à ne pas se laisser influencer par les membres permanents du Conseil de sécurité ou toute autre grande puissance.

“Ce genre d'attitude contredit la volonté réciproque des Etats membres qui réclament à corps et à cris des réformes visibles au sein de l'organisation”, note Paul au sujet des principaux pouvoirs de l'ONU, ajoutant que ceux qui souffrent de catastrophes naturelles ou de crises humanitaires “méritent des responsables internationaux plus qualifiés et expérimentés”.