CHALLENGES 2006-2007: La lutte continue pour les femmes mozambicaines

MAPUTO, 12 jan (IPS) – Les contradictions de la vie de Maria constituent un exemple typique de celle de plusieurs femmes au Mozambique.

D'une certaine manière, cette femme de 33 ans est en train de faire des progrès. Elle arrive à suivre des cours du soir pour obtenir l'éducation que la guerre civile de 16 ans a interrompue lorsqu'elle était enfant. Elle a appris à coudre pour compléter l'argent qu'elle gagne en tant que vendeuse. Elle essaie de prendre les dispositions nécessaires pour "vivre positivement" après avoir découvert qu'elle avait contracté le VIH.

Voilà où se trouve le hic. Elle n'a pas pu négocier des relations sexuelles sans risque avec son mari, qui est également séropositif. Elle a été également incapable de le quitter, malgré le fait qu'il la bat régulièrement et menace leurs enfants de violence. Le plus jeune n'a que 10 ans.

"Il me frappe avec tout ce qui lui tombe sous la main", affirme Maria, dont le nom a été changé pour protéger son identité. "Il m'a une fois poursuivie, un couteau en main, mais ne m'a pas poignardée en fin de compte. Une fois, il m'a projetée contre un mur". Elle montre une cicatrice sur son bras.

"Certaines nuits, nos enfants doivent courir chez les voisins pour obtenir de l'aide. Et l'autre jour, il a dit qu'il enfermerait les enfants dans notre maison et y mettrait le feu". Maria est visiblement bouleversée.

Son mari devient violent chaque fois qu'elle refuse d'avoir des relations sexuelles ou lorsqu'elle lui demande d'utiliser un condom. "Il me bat lorsque j'insiste trop, j'ai donc cessé d'essayer d'en utiliser". C'est dangereux parce que la réinfection par le virus a la potentialité d'accélérer la progression du VIH/SIDA dans l'organisme d'un individu.

Les avancées que les femmes ont réalisées au Mozambique ces dernières années n'ont pas donné à Maria la sécurité de base dans sa propre maison. C'est le cas pour nombre de femmes au Mozambique, malgré sa constitution recommandant des droits égaux pour les femmes et les hommes.

Les femmes ont un niveau de représentation relativement élevé au parlement, plus de 30 pour cent. Et le pays a ratifié la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes.

En 2002, le parlement a voté le Code de la famille après beaucoup de débats à travers le pays. "Même si cela n'a pas donné tout ce dont nous avons besoin, l'un des acquis les plus importants était que cela a apporté la protection pour les nombreuses femmes qui sont mariées sous le droit coutumier", déclare Graca Julio du Forum des femmes, un réseau d'organisations de femmes.

"Maintenant, si des mariages coutumiers se disloquent, ces femmes ont les mêmes droits que les femmes qui se sont mariées sous le droit civil".

Le Forum des femmes fait la promotion des droits des femmes depuis 2004. Les membres du forum ont élaboré un manuel de base dans des langues locales pour des responsables communautaires afin qu'ils comprennent mieux les questions. Le forum organise également des sessions de formation.

Selon Julio, le forum est en train de voir les effets positifs de son travail. "A Marraquene, dans la province sud de Maputo, le tribunal communautaire favorise maintenant la femme et les enfants dans des conflits d'héritage.

"Il y avait une affaire d'une veuve sans enfant qui s'est mariée sous le droit coutumier. Après le décès de son mari, sa famille s'est emparée de ses biens. La veuve a porté l'affaire devant le tribunal communautaire et les responsables communautaires, qui avaient pris part à la formation, ont ordonné que les membres de la famille lui retournent les biens, ce qu'ils ont fait".

Mais Julio est consciente des principaux obstacles à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, en particulier le troisième objectif sur l'égalité de genre. Elle identifie le VIH/SIDA, la violence domestique et la pauvreté comme les grands défis.

Même si le Mozambique a réduit considérablement les taux de pauvreté, les femmes n'en ont pas bénéficié autant que les hommes. Une analyse publiée récemment par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance montre que la pauvreté dans des ménages dirigés par des hommes au Mozambique a été réduit de 26 pour cent – d'environ 70 pour cent en 1996/1997 à 52 pour cent en 2002/2003.

Dans des ménages dirigés par des femmes, les acquis ont été nettement un peu plus maigres puisque la pauvreté n'a chuté que de quatre pour cent — de 67 pour cent environ à 63 pour cent au cours de la même période. Un tiers de tous les ménages mozambicains sont dirigés par des femmes.

Dans des ménages dirigés par des hommes, les femmes ont très peu de pouvoir de négociation, comme le montre l'histoire de Maria. Cette absence de pouvoir est en train d'alimenter la pandémie du VIH/SIDA puisque les femmes sont souvent dans l'incapacité de prendre des décisions fondamentales sur leur propre sexualité.

Ceci se reflète dans les taux d'infection. Les femmes constituent 58 pour cent des 1,6 million de Mozambicains vivant avec le VIH/SIDA. Non seulement plus de femmes sont infectées, mais dans le reste de l'Afrique australe, elles sont également plus affectées. Les femmes portent encore la plus grande charge des soins apportés aux malades. C'est l'une des raisons pour lesquelles les filles orphelines du VIH/SIDA abandonnent les classes avant les garçons du même âge. Malgré les efforts du gouvernement pour supprimer les disparités de genre dans l'accès à l'éducation, la proportion de filles allant à l'école, comparée à celle des garçons, reste inférieure dans les zones rurales. Seuls 48 pour cent de filles vont à l'école primaire, contre 57 pour cent de garçons.

Ceci est encore plus préoccupant parce que plus de 70 pour cent de la population vit dans les zones rurales. La même disparité de genre n'est pas notée dans des zones urbaines.

Concernant la violence faite aux femmes, jusqu'à 34 pour cent de femmes ont rapporté avoir été agressées dans une étude de 2004 réalisée par le ministère de la Femme et de l'Action sociale. L'auteur de l'agression était généralement un mari ou un proche parent. Dix pour cent ont affirmé qu'elles avaient subi une forme d'abus sexuel ou une autre.

Une fois encore, il y a une distinction entre les régions rurales et les régions urbaines. Les femmes dans les zones rurales ont rapporté des niveaux de violence plus élevés que les femmes dans les villes et cités. Ce qui retient Maria prisonnière est la pauvreté. "Je quitterais mon mari si mes moyens me le permettaient", dit-elle. "J'aimerais vivre sans crainte avec mes enfants".