CHALLENGES 2006-2007: La richesse pétrolière de l'Angola ne coule pas pour une eau plus sûre

NAIROBI, 10 jan (IPS) – L'épidémie de choléra qui tourmente l'Angola depuis près d'un an a mis en évidence le manque continu d'eau potable dans ce pays d'Afrique australe.

Au cours des 12 derniers mois, la maladie a atteint 16 des 18 provinces et a fait plus de 2.440 morts, selon des estimations officielles. Mais des agents de santé dans le pays estiment que les chiffres sont probablement beaucoup plus élevés puisque plusieurs cas n'ont pas été signalés.

Le choléra est une maladie causée par l'eau contaminée et caractérisée par une diarrhée grave et des vomissements. Il est facilement curable s'il y a une infrastructure de soins de santé, un système de transport efficace qui assure un déplacement rapide vers des centres de santé, et si l'eau potable est accessible.

Mais comme ces conditions préalables font défaut en Angola, nombre de personnes sont en train de mourir dans le pays.

Cela semble étrange dans un pays ayant la croissance économique la plus rapide en Afrique et l'une des plus très rapides au monde. Le Fonds monétaire international (FMI) prédit que l'économie connaîtra une croissance stupéfiante de 31,4 pour cent en 2007. La raison : la production pétrolière en hausse. L'Angola est le plus grand fournisseur de pétrole brut à la Chine et le septième plus grand fournisseur aux Etats-Unis.

Bon nombre de pauvres n'ont toujours pas accès à l'eau potable ou aux installations sanitaires. Un récent rapport du Programme des Nations Unies pour le développement indique que l'infrastructure de l'Angola ne couvre, à l'heure actuelle, que 31 pour cent des eaux usées produites. Environ la moitié de la population, 54 pour cent, a accès à l'eau potable.

Le septième Objectif du millénaire pour le développement inclut la réduction de moitié de la proportion de personnes n'ayant pas un accès durable à l'eau potable et aux installations sanitaires d'ici à 2015. Ceci semble hors de portée pour l'Angola, malgré les milliards de dollars qui arrivent en masse dans le pays.

Environ 1,4 million de barils de pétrole sont produits quotidiennement, un chiffre qui devrait passer à deux millions en 2007. Mais les pauvres dans les zones rurales ne voient pas grand-chose de l'argent généré.

Dans la capitale, Luanda, le président José Eduardo dos Santos et un groupe central d'alliés vivent dans le luxe. Leurs styles de vie seraient soutenus par l'argent détourné de l'industrie pétrolière.

En 2002, le FMI a établi que 1,4 milliard environ de dollars de recettes pétrolières manquaient en Angola. En 2004, Human Rights Watch a déclaré que 4,2 milliards de dollars de revenus pétroliers avaient disparu sur une période de cinq ans.

Les membres du gouvernement sont montrés du doigt. Global Witness, une organisation non gouvernementale, qui enquête sur l'utilisation malhonnête des ressources naturelles, a qualifié cela de vol systématique de l'Etat.

Transparency International, une organisation de lutte contre la corruption, a classé l'Angola 142ème sur les 163 pays sondés pour son Indice de perceptions de la corruption (163 étant le dernier rang, pour le pays où la corruption est perçue comme étant la plus répandue).

"L'Angola est un pays de post-crise qui doit non seulement venir à bout des troubles politiques, mais doit également fournir et investir dans les services de base", déclare Matthias Johannsson, basé à Nairobi et chargé de communication pour le Projet Millénium des Nations Unies, un organisme indépendant de conseils mandaté par l'ONU pour élaborer un plan d'action contre la pauvreté.

"Ce qui se passe en Angola est la même chose qui se passe dans des pays comme le Kenya et le Nigeria où il y a une forte croissance économique. Les matières premières sont en train d'être convoyés par bateaux hors du pays, mais la population voit très peu de résultats positifs". Selon Peter Kagwanja, directeur du programme démocratie et gouvernance au Conseil de recherche en sciences humaines d'Afrique du Sud, le fossé entre les villages et les villes en Angola est plus marqué que jamais.

Ceci se reflète dans le fossé en matière d'assainissement dans le pays, qui se traduit par un manque de systèmes d'égouts et d'eau potable dans les zones rurales, qui à son tour a conduit à l'épidémie de choléra. "Luanda, où Dos Santos et d'autres autorités gouvernementales de haut rang et des responsables du secteur privé sont basés, est en plein essor. Mais il y a très peu de développement dans le reste du pays", affirme Kagwanja. "Après plusieurs années de guerre, la société civile angolaise est faible. Peu de pressions sont exercées sur le gouvernement angolais pour qu'il développe le pays hors de la capitale. Comme ailleurs sur le continent, l'absence d'eau potable et de toilettes est en train de faire beaucoup de victimes sur la sécurité des gens. Ces conditions peuvent être plus mortelles que les conflits endémiques sur le continent".

La présence de la Chine comme principal investisseur en Angola ne change rien. "Les Chinois ne se préoccupent pas des questions de transparence et de nécessité de rendre des comptes", souligne Kagwanja. Selon lui, les Chinois s'en tiennent à une position de non-ingérence mutuelle dans leurs relations avec d'autres Etats. De même, les Etats-Unis et la France — qui ont également d'énormes intérêts pétroliers en Afrique — semblent réticents à faire pression sur le gouvernement de Luanda.

Selon Frederik Van Zyl Slabbert, un politologue sud-africain, "ils ne jouent pas les trouble-fête parce qu'ils savent que l'on n'a pas la chance de faire des affaires en Angola si on n'exprime pas une bonne impression sur Dos Santos.

"Les dirigeants internationaux font rarement pression sur les firmes nationales et transnationales. Comme nous le savons tous, si l'on aspire à devenir un politicien influent en Occident, on doit pouvoir compter sur la bonne volonté des grandes compagnies", soutient-il.

Kagwanja met en évidence les déclarations de Slabbert : "L'Occident ne veut pas paniquer le serpent. Ils ont perdu le contrôle de la situation en Angola".

Mais, il ne pense pas que tout soit perdu. "Comme l'a dit un collègue, l'Angola est un pays en construction. Même s'il y actuellement une absence de volonté politique et de vision, je crois que le fossé entre les pauvres et les riches peut être comblé par l'introduction d'un système politique plus transparent et plus responsable".