KHARTOUM, 9 jan (IPS) – L'escalade de violence que connaît depuis plusieurs semaines le Darfour, dans l'ouest du Soudan, a entraîné l'évacuation de centaines de travailleurs humanitaires internationaux.
Depuis décembre, près de 400 employés des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales (ONG) ont quitté le Darfour en raison de l'insécurité générale qui règne dans cette zone. “Depuis trois ans, nous exhortons la communauté internationale à l'envoi d'une force de maintien de la paix pour protéger les civils innocents et maintenir ouverts des canaux de l'aide internationale”, a déclaré John O'Shea, fondateur de l'ONG irlandaise GOAL. “Visiblement, la communauté internationale ne pense pas que des millions de personnes dans la région ont désespérément besoin de sa protection”, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Plusieurs membres de son personnel ainsi que des employés locaux originaires d'autres régions soudanaises ont déjà été rapatriés. “Lorsque vous engagez des Soudanais pour travailler au Darfour, vous avez la responsabilité de les renvoyer dans leur région d'origine”, souligne Mark Blackett, responsable de GOAL au Soudan.
“Ce n'est pas parce que la situation devient trop dangereuse pour le personnel international que nous allons l'évacuer et abandonner les humanitaires locaux”, ajoute Alun Mc Donald, porte-parole d'Oxfam. “Ces gens ont des familles, des femmes et des enfants, et nous ne pouvons pas évacuer les proches de chacun”.
Les travailleurs locaux qui ont décidé de rester au Darfour sont peu nombreux à souhaiter s'exprimer, mais certains ont indiqué vouloir poursuivre leur activité par responsabilité envers leur région natale ou parce qu'ils craignent ne pas retrouver un emploi mieux rémunéré.
Abdallah, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas cité, est originaire de la ville de Nyala, dans le sud de la province du Darfour. Il a perdu son emploi auprès du “Norwegian Refugee Council” après l'expulsion de cette ONG par les autorités soudanaises. “C'est un gros problème pour moi parce que j'ai six enfants, mais je recherche un autre emploi. Je veux rester car ma maison est ici et je veux aider d'autres personnes au Darfour”, explique-t-il.
A Gereida, qui abrite l'un des plus importants camps de réfugiés du Darfour, le personnel d'Oxfam toujours en poste distribue du fuel pour les pompes à eau, mais l'organisation ne pourra pas travailler plus longtemps sans être au complet, estime sa porte-parole locale, Caroline Nursey.
Plusieurs ONG sont exaspérées par cette escalade de la violence qui empêche le bon déroulement des opérations humanitaires vis-à-vis de près de quatre millions de personnes. Oxfam a quitté Gereida le mois dernier après le vol de six de ses véhicules par des hommes armés, qui se sont également emparés de matériel de communication et de sommes d'argent. “Depuis que nous sommes en première ligne, nous sommes coincés, mais il y a un moment où la sécurité de notre personnel passe en premier”, déclare la responsable d'Oxfam. “Jusqu'à récemment, les humanitaires étaient respectés et n'étaient pas des cibles. Mais ces derniers mois, la situation s'est dégradée et il y a de plus en plus de violence”.
Depuis la signature d'un accord global de paix en mai dernier, 13 humanitaires soudanais ont été tués. Le personnel local est grandement exposé, y compris ceux qui travaillent comme chauffeurs ou comme gardes. La majorité des 13 victimes ont été tuées lors des détournements des véhicules, dit-elle.
L'accord de paix entre le gouvernement soudanais et les forces rebelles de L'Armée de libération du Soudan (SLA) avait suscité l'espoir d'une fin des hostilités. Mais il est aujourd'hui considéré comme caduc après son rejet par une grande partie des milices rebelles. Seule une faction du SLA, dirigée par le commandant Minni Minnawi, en a accepté les termes. D'autres groupes, dont le Mouvement Justice et Egalité, estiment pour leur part que les termes de cet accord ne comblent pas leurs attentes fondamentales et de partage du pouvoir. Ils considèrent également que la compensation des 30 millions de dollars proposés par le gouvernement aux trois millions de victimes de ce conflit prolongé, est insuffisante.
En septembre, les autorités soudanaises ont lancé une offensive militaire sur des zones occupées par les rebelles dans le nord du Darfour, entraînant de nouveaux déplacements de populations. Des observateurs estiment que cette opération a dévasté des villages entiers de civils et que les milices arabes "janjaweed" (cavaliers) tuent, pillent et violent encore en toute impunité.
Le Darfour est dévasté depuis quatre ans par un conflit. En 2003, un groupe de miliciens rebelles a lancé plusieurs attaques contre des positions du gouvernement qu'il accusait de négliger la région et de la maintenir dans un état de sous-développement. En août dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé l'envoi de 20.000 casques bleus au Darfour, en soutien aux troupes de l'Union africaine (UA) présentes dans la zone, mais handicapées par des problèmes financiers et par un fragile mandat qui ne les autorise pas à protéger les civils. Le président soudanais Omar el-Bashir, qui était opposé initialement à un déploiement de troupes onusiennes dans son pays, a marqué son accord pour un plan de paix sous l'égide de l'ONU en trois phases. Il comporte la mise sur pied d'une force mixte ONU-UA, mais le président soudanais n'a pas indiqué clairement s'il acceptait ou non la présence d'une force de 20.000 soldats onusiens. Les Nations unies estime que depuis le début des violences au Darfour, le conflit a déjà fait plus de 200.000 morts et environ deux millions de déplacés.

