NAIROBI, 27 déc (IPS) – Près de quatre ans après l'éclatement du conflit au Darfour, des appels sont en train d'être lancés pour que de plus gros efforts soient faits pour trouver une issue à la situation difficile qui prévaut dans cette région de l'ouest du Soudan.
Au cours d'un événement marquant la Journée internationale des droits de l'Homme le 10 décembre, le secrétaire général sortant des Nations Unies, Kofi Annan, a répété que le monde peut et doit intensifier l'initiative destinée à s'attaquer à la violence au Darfour.
De nouveaux combats ont eu lieu dans la région ces deux derniers mois, et des agences humanitaires préviennent que ceci provoque actuellement la fuite de milliers de civils vers des régions montagneuses où ils sont coupés de toute assistance. Le gouvernement du Soudan a eu des affrontements avec une coalition de rebelles qui n'a pas signé l'Accord de paix sur le Darfour en mai 2006 dans la capitale nigériane, Abuja — le Front national de salut.
L'accord faisait suite aux discussions entre les autorités soudanaises et des mouvements rebelles — le Mouvement de libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) — sous la supervision de l'Union africaine. L'une des factions du SLM a signé l'accord; toutefois, il a été rejeté par une autre faction du SLM et par le JEM.
Le Front national de salut est actif principalement dans le nord du Darfour, où des civils ont été victimes de bombardements aveugles menés par des forces gouvernementales, indique Human Rights Watch, basé à New York.
Le conflit au Darfour a été caractérisé par des campagnes contre les groupes ethniques Fur, Masaalit et Zaghawa — perçus comme étant favorables aux rebelles, qui ont pris les armes pour protester contre une soi-disant négligence de la région. Des forces gouvernementales tout comme des milices arabes connues sous le nom de "janjaweed" ("cavaliers") sont accusées d'attaques contre des civils. Il existe de vieilles tensions dans la région entre les Fur, les Masaalit et les Zaghawa, sédentaires et les Arabes nomades — qui sont dues à la compétition sur les ressources liées à la terre.
Des travailleurs humanitaires ont également été pris pour cibles, conduisant au récent déménagement de 71 membres du personnel de la ville de Gereida dans le sud du Darfour. Des hommes armés seraient entrés dans les locaux de plusieurs organisations humanitaires où ils ont harcelé le personnel, confisqué l'équipement de communication, et volé des véhicules et de l'argent.
Avec ces travailleurs qui se trouvent maintenant dans l'incapacité d'apporter une assistance aux nombres croissants de déplacés, on craint l'aggravation des conditions humanitaires. Quelque 130.000 personnes sont réunies dans la ville, donnant à Gereida la plus grande population de déplacés au Darfour. En tout, quelque 400 travailleurs humanitaires ont été déplacés pour raisons sécuritaires ce mois-ci. Ce serait le plus grand transfert de ce genre d'agents en un mois depuis que le travail humanitaire a commencé au Darfour.
Entre juillet et septembre 2006, onze travailleurs humanitaires ont été tués dans la région, selon des agences humanitaires.
Plus de 200.000 personnes, principalement des civils, sont mortes durant le conflit au Darfour, tandis que 2,5 millions environ ont fui leurs maisons depuis le début des combats, selon des statistiques de l'ONU. Les Etats-Unis ont déclaré qu'un génocide était en cours au Darfour.
Des autorités soudanaises ont été accusées de ne pas faire grand-chose pour ramener la stabilité dans la région, bien qu'elles aient ratifié l'accord de paix de mai.
Alors que les autorités ont, selon certaines informations, donné leur accord de principe pour le déploiement d'une force de l'ONU pour aider des soldats de maintien de paix de l'Union africaine (UA) débordées, déjà présents dans la région, elles avaient précédemment rejeté cette proposition, affirmant qu'elle équivaudrait à une ingérence.
Seulement 7.000 soldats de l'UA, sans ressources suffisantes, sont présents au Darfour, une région de la taille de la France. Toutefois, le gouvernement veut que l'UA conserve le commandement de la force élargie. A ce jour, les autorités n'ont pas spécifié le nombre de soldats onusiens qui seront autorisés à rejoindre le contingent de l'UA.
"Les autorités ayant orchestré le conflit depuis 2003 semblent craindre qu'une importante troupe de l'ONU au Darfour ne fasse mettre en œuvre finalement les inculpations de la Cour pénale internationale (CPI)", a indiqué Human Rights Watch dans un rapport d'octobre. C'était en référence à la recommandation du Conseil de sécurité de l'ONU stipulant que la CPI inculpe des gouverneurs et commandants en chef au Darfour, et enquête davantage sur les principaux responsables à Khartoum par rapport aux développements dans le Darfour.
Les efforts pour obtenir les commentaires de l'ambassade du Soudan dans la capitale kényane, Nairobi, au sujet des événements au Darfour, se sont révélés infructueux — puisque le vice-ambassadeur, Abdalla Omar, a dit qu'il ne pouvait pas faire des déclarations sur la région. Khartoum a précédemment nié toute implication dans les combats, affirmant qu'il travaillait à mettre fin au conflit.
Le Conseil de sécurité a imposé une zone d'exclusion aérienne au Darfour l'année dernière en vue d'empêcher les raids aériens de Khartoum contre des civils. Des interdictions de voyager contre de hauts responsables gouvernementaux soudanais sont également en vigueur — au moins en théorie.
"Des individus qui ont été menacés d'être sanctionnés ne l'ont pas été. Une interdiction des vols militaires au Darfour a été décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU : ceci a été constamment violé par le gouvernement du Soudan, sans aucune répercussion", a indiqué à IPS, Sally Chan, un spécialiste de la Corne de l'Afrique à ‘International Crisis Group’. Ce groupe de réflexion est basé à Bruxelles.

