COMMERCE: Les subventions agricoles américaines nuisent au développementde l'Afrique

NAIROBI, 19 avr (IPS) – Dans une nouvelle campagne, des ministres africains du Commerce ont demandé aux Etats-Unis de supprimer les subventions agricoles qui font du tort aux agriculteurs africains.

"Nous devons maintenir la pression sur les Etats-Unis pour qu'ils suppriment les subventions agricoles parce que c'est un obstacle à notre développement", a déclaré Moody Awori, le vice-président du Kenya, à l'occasion d'une rencontre d'une journée dans la capitale Nairobi, vendredi dernier.

"La suppression de ces subventions sera une démonstration claire de la capacité du système commercial multilatéral à répondre positivement au cri sincère des nombreux agriculteurs africains pauvres qui vivent avec moins d'un dollar par jour", a-t-il souligné.

Les 20 ministres du Commerce, qui se sont rencontrés sous les auspices de l'Union africaine (UA), forte de 53 membres, ont demandé aux Etats-Unis d'indiquer la date à laquelle ils cesseraient de subventionner leurs agriculteurs, comme le Round de négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de Doha va vers son terme en 2006.

Ce round a commencé en 2001 à une Conférence ministérielle de l'OMC tenue à Doha, au Qatar. Les négociations cherchent à réduire les tarifs douaniers et à rendre le commerce plus équitable pour les pays en développement.

Les discussions se sont poursuivies par la suite à Cancun, au Mexique, à Genève, en Suisse et à Hong Kong, en Chine, en 2003, 2004 et 2005 respectivement. Mais elles n'ont pu faire aucun progrès parce que les mesures de protectionnisme agricoles, y compris l'octroi de subventions agricoles aux fermiers, ont continué par être observées dans les pays riches.

L'Union européenne (UE) a également exhorté les Etats-Unis à traiter des questions entourant les subventions. "Les Etats-Unis ont eu peur de nous dire comment ils allaient traiter des subventions. Ils ne nous ont pas dit exactement ce qu'ils allaient faire", a déclaré aux journalistes à Nairobi, Karl Falkenberg, le directeur général de l'UE pour le Commerce, à la veille de la réunion des ministres africains du Commerce.

Il a affirmé que l'UE ne payait plus ses agriculteurs pour produire plus; au lieu de cela, les agriculteurs sont payés actuellement pour produire moins, mais des produits de qualité, ce qui, selon lui, créait toujours une demande pour plus d'importations africaines. "S'ils produisent moins, cela signifie que nous devrons importer plus d'Afrique pour satisfaire nos besoins. Ceci conduira à plus de potentiel d'exportation pour l'Afrique. Nous avons l'intention de défendre l'entrée des produits africains sur nos marchés parce que ceci est dans l'intérêt de l'Afrique", a ajouté Falkenberg.

Mais des critiques prétendent que la réforme de l'UE au sujet des subventions est toujours défavorable pour les pays pauvres qui n'ont pas les moyens de subventionner leurs agriculteurs pour qu'ils produisent plus, encore moins des produits de qualité.

Selon Oxfam, une organisation caritative internationale, entre 1999 et juillet 2005, des producteurs américains de coton ont reçu plus de 18 milliards de dollars en subventions américaines.

"La valeur marchande de cette production au cours de la même période était de 23,39 milliards de dollars. Ceci se traduit par un taux de subvention de 86 pour cent, ce qui signifie que pour chaque dollar reçu par des producteurs de coton pour leurs ventes, ils ont reçu 86 cents en subventions", a-t-elle dit.

Selon l'organisation caritative, des pays africains ont perdu plus de 350 millions de dollars en recettes potentielles d'exportations suite à la baisse des prix mondiaux pendant les deux dernières années.

"Pour certains pays très pauvres, parvenir à des avancées sur le coton constitue la plus grande opportunité du Round de Doha. Avec 20 millions d'agriculteurs africains, qui dépendent du coton pour leur subsistance, vous pouvez comprendre pourquoià àMais, depuis que cette question est apparue en 2002, il n'y a pratiquement eu aucune avancée. Tout le monde sait ce qui doit être fait : il n'y a aucune excuse pour le retard, cela ne peut pas être enterré", a indiqué Celine Charveriat, chef de la 'Campagne Rendre le commerce équitable' de Oxfam International, dans une déclaration à la fin de l'année dernière.

La rencontre de Nairobi a également exhorté l'Afrique à résister à toute mesure qui lui est imposée. "L'Afrique a le droit d'insister pour dire qu'une conclusion du round de négociations de Doha, qui ne fait pas suffisamment cas de ses principaux intérêts et préoccupations, ne sera pas acceptable", a déclaré à la rencontre, Elizabeth Tankeu, la commissaire de l'UA pour le commerce et l'industrie.

Les subventions agricoles ne sont pas le seul casse-tête auquel l'Afrique est confrontée actuellement. A la conférence ministérielle de l'OMC à Hong Kong en 2005, des membres ont adopté une disposition visant à réduire et à supprimer les tarifs douaniers, en particulier sur les produits d'exportations cruciales pour les pays en développement.

Des groupes de la société civile africaine ont prévenu que l'Afrique et d'autres pays en développement comptaient sur les tarifs douaniers pour le développement industriel, ainsi que pour les recettes des gouvernements.

"Nous réitérons notre appel aux gouvernements africains pour qu'ils ne prennent pas d'autres engagements pour réduire leurs tarifs douaniers sur des produits qui sont essentiels pour la sécurité alimentaire, la protection des moyens de subsistance et des revenus des petits agriculteurs, et pour le développement rural ainsi que l'éradication de la pauvreté", indique un mémorandum présenté à la réunion des ministres du Commerce de Nairobi. Le document a été signé par environ 50 organisations.

La réduction des tarifs douaniers a conduit à un afflux d'importations bon marché qui a menacé la production locale. Au Kenya, par exemple, le secteur laitier en a été victime pendant longtemps. Toutes les usines de transformation du lait ont fermé leurs portes, excepté une seule, entraînant une hausse des produits laitiers importés dans les années 1990 et en 2001. Ceci a amené le gouvernement à relever le tarif douanier sur les produits laitiers importés en 2002, de 35 à 60 pour cent, pour protéger la production locale.

Ce ne sont pas toutes les conclusions de la rencontre ministérielle de l'OMC de l'année dernière, à Hong Kong, qui sont injustes pour l'Afrique.

L'initiative de 'Aid for Trade' (Aide en échange de commerce – AfT) est actuellement perçue comme un exploit. L'initiative cherche à financer les nations en développement, en particulier les Pays les moins avancés (y compris l'Afrique), pour s'attaquer aux contraintes qui ont été largement responsables de leur mauvaise performance dans le commerce mondial.