JOHANNESBURG, 20 avr (IPS) – Des activistes faisant pression pour la réforme démocratique au Swaziland ont juré de continuer leur campagne, même si plusieurs d'entre eux ont été détenus temporairement la semaine dernière pour avoir bloqué les cinq postes frontaliers entre l'Afrique du Sud et le Swaziland.
"Nous allons rencontrer nos homologues au Swaziland pour décider de la voie à suivre. Actuellement, nous avons des consultations entre nous et nous conviendrons d'une date pour l'action de masse dès que possible", a déclaré à IPS, Bongani Masuku, secrétaire général de 'Swaziland Solidarity Network' (Réseau de solidarité pour le Swaziland) basé à Johannesburg, une organisation non gouvernementale (ONG). Vingt-cinq militants pro-démocratiques ont été arrêtés du côté sud-africain de la frontière à divers points de passage le 12 avril, et ont été accusés de violence et de trouble à l'ordre public. Les policiers ont dit qu'ils avaient été contraints de tirer des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, après qu'ils ont refusé de tenir compte des avertissements, pour mettre fin à leur protestation. Parmi les détenus, figuraient Joe Nkosi, vice-président du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), basé à Johannesburg, et Cedric Cgina, vice-président du Syndicat national des travailleurs de métaux d'Afrique du Sud — également basé dans la capitale économique sud-africaine. Confirmant leur libération en fin de compte, le porte-parole du COSATU, Patrick Craven, a dit à IPS que les activistes avaient été libérés sous une caution de huit et 82 dollars.
"Nous allons combattre ces poursuites. Nous exigerons que les poursuites soient abandonnées", a-t-il déclaré. "Nous voulons également que la conduite de la police fasse l'objet d'enquêtes afin que des incidents similaires puissent être évités à l'avenir".
Craven a par ailleurs insisté pour dire que, bien que des syndicats sud-africains aient été impliqués dans les pressions pour la démocratie au Swaziland, la dernière initiative est actuellement menée par des Swazis.
"Cette campagne est entièrement une campagne swazie. Nous suivrons ce qu'ils décideront. Ce serait plutôt mauvais que les syndicats et la société civile d'Afrique du Sud décident pour les Swazis", a-t-il noté. "Mais ce qui est clair est que la lutte continuera".
Malgré les arrestations, Masuku a qualifié le blocus de réussi. "Cela a attiré l'attention internationale nécessaire sur ce qui se passe actuellement au Swaziland. Cela a également mis le régime de Mswati sous le feu des projecteurs", a-t-il souligné.
La manifestation était programmée pour coïncider avec la date à laquelle le roi Sobhuza, père de l'actuel monarque swazi, Mswati, a déclaré un état d'urgence dans le pays il y a 33 ans. Sous l'état d'urgence, Sobhuza avait interdit tous les partis politiques, introduit une détention de 60 jours sans procès, interdit les marches et manifestations — et mis la constitution au rancart. Alors qu'une nouvelle constitution a été introduite depuis, elle est perçue par certains comme renforçant l'emprise de la monarchie sur le pays; et les partis d'opposition restent interdits. L'absence d'une réforme de grande envergure a poussé le 'Swaziland Solidarity Network' et le 'People's United Democratic Movement' (PUDEMO) interdit à déclarer avril comme le 'Mois de concentration sur le Swaziland'.
Malgré l'intimidation et le harcèlement, le PUDEMO organise des manifestations à travers le Swaziland, et fait pression pour des sanctions internationales contre la monarchie.
"Nous exigeons également que les charges de trahison contre 15 de nos camarades, qui ont été arrêtés l'année dernière, soient abandonnées", a indiqué à IPS, dans un entretien téléphonique depuis le Swaziland, Mario Masuku, président du PUDEMO.
Par ailleurs, "Nous exigeons que nos camarades en exil, au nombre de 30, soient autorisés à rentrer", a-t-il souligné. La plupart de ces personnes vivent en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne et en Australie, selon Masuku.
Bongani Masuku croit que le Commonwealth, fort de 54 nations, une organisation qui regroupe d'anciennes colonies britanniques — y compris le Swaziland — pourrait faire beaucoup plus pour encourager la démocratie dans le royaume.
Le PUDEMO s'est également plaint de ce que la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 nations, dont est membre le Swaziland, ferme les yeux sur les événements dans le pays.
"Nous avons écrit trois lettres, la dernière datant du début de cette année, à la SADC, au cours des trois dernières années, et nous n'avons reçu aucune réponse. Nous envisageons maintenant de nous rendre au Botswana pour un face-à-face avec les responsables du secrétariat de la SADC", a déclaré Mario Masuku.
La Campagne d'action pour le traitement (TAC), une ONG basée au Cap, qui fait pression pour une plus grande disponibilité des anti-rétroviraux, s'est joint à ceux qui critiquaient l'absence de droits démocratiques au Swaziland — estimant que ceci a affecté la santé des Swazis.
"L'espérance de vie (au Swaziland) est estimée à 33 ans environ, probablement le plus bas du monde. Son indice de développement humain (extrait du Rapport sur le développement humain des Nations Unies, de 2005) est en train de chuter, principalement à cause de l'épidémie du SIDA : près de 39 pour cent des adultes âgés de 15 à 49 ans seraient séropositifs", a indiqué la TAC, dans un communiqué publié le 13 avril.
"Le royaume refuse les divergences et les partis politiques sont interdits. Le roi affiche un mépris cruel pour les droits des femmes. Ce n'est pas un climat politique favorable à l'amélioration des soins de santé". Le Swaziland a actuellement le plus fort taux de prévalence du VIH parmi les adultes dans le monde.
La TAC a ajouté : "Le Swaziland est un voisin de l'Afrique du Sud, il fournit au pays une main-d'œuvre et est un membre de l'Union africaine.
C'est une obligation morale pour la société civile et le gouvernement d'Afrique du Sud d'aider le peuple du Swaziland dans sa lutte pour la démocratie et la liberté".
Selon Mario Masuku, la monarchie continue de minimiser les demandes croissantes d'une réforme démocratique au Swaziland.
"Comme toutes les dictatures, ils continuent de dénier aux Swazis leurs droits", a-t-il souligné. Mais, "le peuple gagnera".

