NAIROBI, 18 avr (IPS) – Il y a eu des appels intenses au Kenya en faveur de la cessation des hostilités inter-claniques dans le nord aride, ceci après qu'un crash d'avion a tué six députés et un évêque qui étaient en mission de paix dans la région.
Les députés et l'évêque étaient parmi les 14 personnes qui sont mortes après que l'avion militaire qui les transportait est tombé non loin de la piste d'atterrissage de Marsabit, dans le nord, la semaine dernière (10 avril) — s'écrasant contre un flanc de coteau et se cassant en deux, avant de prendre feu. Trois personnes ont survécu à l'accident, mais ont subi de graves blessures — des membres fracturés et des brûlures.
Le voyage marquait la première mission conjointe des législateurs pour mettre fin à la violence ethnique.
"Nous avons besoin d'une paix durable dans la région; il faut que nos populations soient en sécurité. Nous n'avons pas besoin d'action seulement lorsqu'il y a des morts. Il est important que le gouvernement s'attaque à la cause première des combats", a déclaré Fatuma Gouyaye, qui a perdu sa mère et deux sœurs dans une incursion contre un village dans le district de Marsabit, l'année dernière.
"Sans cela, nous allons continuer à vivre dans la souffrance", a-t-elle dit à IPS dans la maison de sa tante à Nairobi.
Il y a une dizaine de jours dans le district de Samburu, également dans le nord du Kenya, quatre personnes étaient mortes dans une autre violence qui avait aussi contraint un grand nombre de personnes à fuir leurs maisons.
Cinq des députés parlementaires, y compris le vice-leader de l'opposition Bonaya Godana, étaient originaires des communautés en guerre. Le sixième député, Mirugi Kariuki, était du district de Nakuru dans l'ouest de la Rift Valley; il était à bord en sa qualité de vice-ministre de la sécurité interne. Les combats inter-claniques dans le nord prennent leur origine dans la compétition pour l'eau et le pâturage. Toutefois, le conflit a également pris une dimension politique, selon Abdullahi Abdi, directeur général de 'Northern Aid' : une organisation de développement qui opère dans la région.
Il affirme que la création de nouvelles circonscriptions électorales, dans la région, s'est faite selon des critères claniques, accentuant l'animosité entre des communautés qui auraient pu partager des ressources comme le pâturage avant la démarcation de frontières politiques. L'ampleur des tensions a été démontrée durant des affrontements à Marsabit, en juillet dernier, au cours desquels 90 personnes ont été tuées — le plus grave cas de violence ethnique qui serait survenu au Kenya depuis que le pays a accédé à l'indépendance en 1963. Des membres d'un commando, qui seraient membres du groupe ethnique Borana, ont attaqué des villages habités par la communauté Gabra dans la région Turbi de Marsabit, limitrophe de l'Ethiopie. Quelque 6.000 personnes ont fui leurs maisons après l'incident.
L'hostilité dans le nord du Kenya serait également alimentée par des tensions en Ethiopie.
"Les Gabra et les Borana de la communauté Oromo en Ethiopie ont des relations étroites avec les Gabra et les Borana au Kenya, et cette relation a affecté la situation ici", a indiqué Abdi.
Comme IPS l'a rapporté précédemment, Godana a accusé les rebelles du Front de libération d'Oromo (OLF) d'Ethiopie du massacre de Turbi — estimant que l'OLF avait été irrité par le refus des Gabra du Kenya de soutenir la cause du mouvement (voir 'RIGHTS-KENYA: In the Aftermath of a Massacre').
L'OLF a lancé une insurrection contre le gouvernement éthiopien en 1993, en vue d'obtenir l'autonomie pour les populations Oromo vivant dans le sud du pays, y compris celles issues des Gabra et Borana.
IPS a également cité l'anthropologue Paul Goldsmith, qui a étudié des groupes ethniques kényans, affirmant qu'avant les tueries de Turbi, les Gabra du Kenya avaient été accusés de soutenir les autorités éthiopiennes.
Ceci a conduit à des attaques des Borana, provoquant des meurtres en représailles qui ont abouti aux événements de Turbi.
Les thèses de Godana et de Goldsmith ont été rejetées par d'autres dans le gouvernement kényan, et l'OLF.
Ce que peu de gens contestent, toutefois, est qu'il y a eu un afflux d'armes dans la région : les lances rudimentaires et les massues ont été remplacées par des fusils AK-47 et des bazookas, donnant à la violence ethnique une tournure particulièrement mortelle.
"Dans une seule attaque, dans le cas du massacre de Marsabit, nous avons perdu 90 Kényans. Dans le passé, nous n'aurions même pas pu perdre la moitié de ce nombre", a observé Abdi.
Le sous-développement généralisé a aggravé les problèmes de la région. Il n'y a pas de routes goudronnées reliant Marsabit au reste du pays, tandis que les centres de santé et les écoles sont peu nombreux et distants les uns des autres.
Les autorités ont maintenant promis de remédier à cette situation. Dans un communiqué de presse rendu public le mercredi (12 avril), le vice-président Moody Awori a déclaré que le gouvernement allait commencer par creuser des trous de sonde dans la région immédiatement, pour atténuer la lutte pour les ressources.
Peu de temps avant sa mort, Godana a accusé le gouvernement de traîner les pas à propos de la situation dans le nord. De précédents efforts entrepris par des groupes civiques, des leaders religieux et des autorités pour ramener la paix dans la région ont produit peu de succès.
"Ceci est dû au fait que nous ne nous sommes pas attaqués à la cause première du problème. Nous ne devrions pas agir comme un service d'ambulance", a indiqué Abdi, lui-même ancien responsable d'une initiative de paix qui a été mise sur pied après les meurtres de Marsabit.
"Trouvons des solutions durables, qui incluent le développement de la région".
Le crash d'avion de la semaine dernière a constitué un autre revers pour les efforts destinés à s'attaquer aux hostilités inter-claniques. Après l'accident, les drapeaux ont été mis en berne au Kenya, et la séance du parlement a été suspendue jusqu'à cette semaine.
Kariuki a été enterré le 15 avril. Les cinq autres députés ont été inhumés plus tôt, la semaine dernière (12 avril) dans leurs villages natals — et étaient, à maints égards, les dernières victimes du nord du Kenya, en proie à des troubles.

