OSLO, 19 avr (IPS) – Sur les dix pays ayant les plus forts taux de mortalité infantile au monde, six* sont en Afrique de l'ouest -une région qui a eu plus que sa part de répression et de guerre civile ces dernières années.
Ces conflits ont sapé les chances de survie des enfants aussi bien directement, en faisant en sorte que bon nombre soient placés dans la ligne de tir, qu'indirectement — compromettant la fourniture de services de base qui sont essentiels pour la bonne santé des enfants.
En conséquence, l'Afrique de l'ouest est confrontée à un défi particulier pour ce qui est de la réalisation du quatrième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) : la réduction de la mortalité infantile de deux tiers, d'ici à 2015. (Les taux de mortalité sont généralement mesurés d'après le nombre d'enfants qui meurent dans un pays avant l'âge de cinq ans).
Au total, huit OMD ont été convenus par des dirigeants de la planète au cours du Sommet du millénaire tenu à New York il y a six ans. En plus de la mortalité infantile, les objectifs se focalisent sur la réduction de moitié de la faim et de l'extrême pauvreté, la réalisation de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de genre, la réduction de la mortalité maternelle et le recul de la propagation du SIDA, du paludisme et autres maladies.
Les objectifs traitent également de comment assurer un environnement durable, et le développement de partenariats pour atteindre une série d'objectifs, comme l'établissement de règles commerciales plus équitables.
Alvin Winford de la section libérienne du 'African Network for the Prevention and Protection Against Child Abuse and Neglect' (Réseau africain pour la prévention et la protection contre l'abus et la maltraitance des enfants – un groupe basé dans la capitale kényane, Nairobi) croit que d'énormes progrès pourraient être faits en vue de la réduction de la mortalité infantile dans son pays si on s'attaquait aux maladies. Dans un entretien avec Øystein Meland, il a dit que la question de la grossesse des adolescentes méritait également une attention particulière.
AW : La plupart des Etats d'Afrique de l'ouest ont un taux élevé de mortalité infantile à cause des développements sociaux, économiques et politiques. La plupart de ces décès sont le résultat direct de la pneumonie, de la diarrhée, de la rougeole, du paludisme et de la malnutrition, qui peuvent être évités si la volonté politique est cultivée — et soutenue par l'allocation de ressources nécessaires de la part des gouvernements nationaux.
Au Liberia, il y a de plus de en plus de grossesses d'adolescentes.
Beaucoup de filles qui n'ont pas atteint l'âge de 18 ans mettent au monde des enfants. Sans aucun soin approprié pour elles-mêmes et leurs bébés, certains de leurs enfants meurent pendant l'accouchement, tandis que d'autres meurent avant d'atteindre l'âge de cinq ans à cause d'un manque de bonnes pratiques de maternité.
Certaines de ces filles sont simplement trop jeunes pour avoir des bébés; la plupart d'entre elles étant des mères célibataires, sans aucune aptitude pour gagner leur vie, manquent des nécessités essentielles de la vie pour s'occuper d'elles-mêmes et de leurs bébés.
OM : Quel rôle l'alimentation joue-t-elle dans la réduction des taux de mortalité? AW : Le taux élevé de plusieurs personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est en train d'accroître la mortalité infantile. Vivant avec moins d'un dollar (US) par jour, la plupart des femmes enceintes peuvent à peine avoir un repas approprié. Les plus chanceuses peuvent s'acheter un repas par jour. Cette mauvaise alimentation, au cours de la grossesse et pendant les premières années de vie de l'enfant, conduit à la mort. Cela réduit également la montée du lait maternel.
OM : Pouvez-vous nous donner un aperçu de l'état des centres de santé dans votre pays à l'heure actuelle, maintenant qu'il est en paix depuis presque trois ans? AW : La plupart des populations des zones rurales n'ont pas accès aux centres de santé. Certaines femmes enceintes et des mères font de longues distances à pied, sur de mauvaises routes, pour aller se faire soigner.
Avant d'atteindre les centres de santé, parfois, la mort survient — tuant la mère, l'enfant ou les deux. L'absence de centres de santé dans ces régions favorise le système traditionnel d'accouchement, où des instruments non stérilisés sont utilisés parfois. Ceci contribue à provoquer plus de décès. Le manque de médicaments essentiels dans la plupart des centres de santé publics y contribue également dans une large mesure.
OM : La situation est-elle nécessairement meilleure dans les zones urbaines? AW : La migration rapide des zones rurales vers les zones urbaines, à la suite de la guerre, a fait de Monrovia, la capitale du Liberia, une ville surpeuplée. La plupart des habitants des villages doivent encore retourner chez eux malgré la fin de la guerre. Avec l'inexistence de système d'égouts fonctionnel, il y a une mauvaise hygiène : il y a des systèmes inadéquats de toilettes et des installations d'eau potable; des ordures sont déposées dans les rues.
Les détritus et l'eau stagnante produisent des moustiques, et par conséquent, les enfants contractent le paludisme à travers les piqûres de moustiques. La chloroquine, qui était utilisée pour traiter le paludisme, semble ne plus être efficace. Les moustiquaires ne sont pas abordables pour la plupart des communautés.
OM : Quelles sont les mesures les plus importantes à prendre dans les Etats d'Afrique de l'ouest — et des nations plus lointaines en Afrique — pour s'attaquer à la mortalité infantile? AW : Des mesures pratiques, qui doivent être prises en Afrique de l'ouest pour combattre la mortalité infantile, incluent l'engagement, par les gouvernements, de mettre à disposition des ressources pour des programmes de prévention depuis la base jusqu'au niveau sous-régional.
Des campagnes de sensibilisation massives et publiques devraient être lancées à tous les niveaux pour stimuler un changement de comportement, prenant en compte les attitudes et croyances des différentes audiences cibles. Les méthodes de planning familial, en particulier l'espacement des naissances, devraient être encouragées aussi bien parmi les femmes que parmi les hommes.
Davantage de centres de santé devraient être créés et équipés d'instruments et de médicaments dans les zones rurales. Le réseau routier doit arriver jusqu'aux villages les plus reculés.
Plus de formation devrait être donnée aux agents de santé, et les salaires devraient être attrayants pour les maintenir dans la profession — alors que des programmes de réduction de la pauvreté doivent être encouragés au niveau communautaire pour permettre aux familles d'avoir une alimentation appropriée.
L'hygiène devrait être encouragée au niveau local, la vaccination contre les maladies de la tendre enfance faite à tous les niveaux, et des moustiquaires avec des insecticides requis doivent être mises à la disposition des communautés.
Les mythes comme ceux qui disent qu'avoir plus d'enfants est un signe de prospérité devraient être combattus.
OM : A l'heure actuelle, le Liberia lutte pour venir à bout des effets de plusieurs années de guerre civile, avec des ressources limitées. Comment peut-on avancer un argument en faveur de l'allocation de ressources pour la réduction de la mortalité infantile dans ce contexte, lorsqu'il y a tellement d'autres choses qui demandent de l'argent et de l'attention — faire attention aux besoins des ex-combattants, par exemple, pour s'assurer qu'ils ne seront pas tentés de retourner sur le champ de bataille? AW : L'avenir du Liberia dépend de la manière dont le bien-être des enfants est amélioré maintenant. Les taux élevés de mortalité affecteront cet avenir. Le Libéria a besoin d'une base de ressources humaines forte. Sans une population, cela ne sera qu'un mythe — on doit donc éviter de laisser les enfants mourir maintenant.
Même s'il est vrai que les ex-combattants restent une priorité pour qu'ils ne soient pas attirés à nouveau dans la violence à cause de la situation volatile dans le pays, ce qui est encore plus primordial est de sauver l'avenir même du Liberia en protégeant les enfants contre la mortalité..
Lorsqu'il y a la stabilité et des enfants bien portants qui grandissent pour devenir des atouts de la société, les besoins et aspirations de tous sont garantis, réduisant ainsi la menace que les ex-combattants retournent à la guerre — puisque des enfants sains font un environnement heureux.
Empêcher les enfants de mourir lorsque nous le pouvons est une obligation morale qui ne doit pas être mise sur la touche.
* (Statistique tirée de 'L'état des enfants du monde en 2006 : Exclus et invisibles', publié par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance).

