KINSHASA, 10 avr (IPS) – Trente-deux candidats retenus pour la magistrature suprême dont quatre femmes. Le décor semble planté pour les élections générales tant attendues en République démocratique du Congo (RDC) après 40 ans de dictature Mobutu et 15 ans de transition politique émaillés de guerres et rébellions.
Il reste à la Cour suprême de justice de se prononcer sur la conformité des listes des candidats – arrêtées par la Commission électorale indépendante (CEI) – avec la nouvelle constitution congolaise. Ensuite, la commission électorale devra publier un nouveau calendrier électoral. La date initialement prévue pour le scrutin présidentiel est le 18 juin, mais elle pourrait être modifiée après de récentes consultations aussi bien au niveau national qu'avec la communauté internationale. Selon la CEI, la liste définitive des candidats à la présidence de la République sera publiée le 15 avril. Pour les 4.000 candidats aux législatives, ils devront encore attendre la publication des candidatures retenues, le temps pour le Bureau de réception et de traitement des candidatures (BRTC) d'examiner les dossiers. Par souci d'objectivité et d'équité, la CEI a indiqué avoir pris beaucoup de précautions dans le traitement des dossiers des candidats. Souvent l'objet de procès d'intentions, principalement de la part des partis de l'opposition qui l'accusent de rouler pour le pouvoir en place, la commission électorale a dû recourir à l'expertise de certains hauts magistrats de la Cour suprême de justice pour le traitement et l'analyse des dossiers de candidatures. “Nous avons tenu à minimiser les contestations des candidats dont les dossiers auront été déclarés irrecevables”, a déclaré Dieudonné Mirimo, rapporteur à la CEI.
Sur les 73 dossiers déposés à la CEI pour la présidence, 41 ont été déclarés irrecevables. Dans presque la majorité des cas, les dossiers rejetés n'avaient notamment pas rempli les critères financiers. “La caution de 50.000 dollars exigés pour la candidature à la magistrature suprême a constitué la raison majeure du rejet des dossiers. Beaucoup de candidats avaient en effet déposé leurs dossiers sans payer la caution, avec l'espoir de constituer un front anti-caution suffisamment représentatif pour exiger son annulation pure et simple”, a expliqué à IPS, un juriste, analyste au BRTC, qui a requis l'anonymat.
La caution de 50.000 dollars a été au centre d'une grande controverse parmi les acteurs politiques congolais. Bon nombre accusent la loi électorale d'être discriminatoire au détriment des “gagne-petit” et favorable aux personnes nanties dont la plupart ont été parmi les grands dignitaires des différents régimes qui se sont succédé au pouvoir en RDC. Des positions qui leur ont permis de s'enrichir souvent de façon illicite, selon les candidats moins nantis.
Didier Mumengi, ancien ministre de l'Information sous Laurent Désiré Kabila, a préféré retirer sa candidature en signe de protestation contre la caution de 50.000 dollars qu'il juge trop élevée. “J'estime que le paiement de la caution ne garantit pas le président de la République que les Congolaises et les Congolais attendent à l'issue des élections. Pratiquement, tous les membres de l'espace présidentiel actuel sont candidats à la magistrature suprême et ont amassé beaucoup d'argent en fonction de la compétition électorale. Je pressens que le prochain président élu ne sera qu'un président d'une nouvelle transition politique”, a-t-il déclaré. Les Congolais commencent à croire à l'imminence des élections en dépit des déclarations incendiaires négatives de certains acteurs politiques de l'opposition, dont les partisans de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi. “Il n'y aura pas d'élections crédibles sans la participation de l'UDPS”, répète à l'envi Valentin Mubake, conseiller politique de Tshisekedi. Cette attitude est critiquée par beaucoup de Congolais qui estiment que l'UDPS va à l'encontre de la marche de la transition sans proposer d'alternative. “Cela fait trois ans que les hommes politiques nous appellent à aller aux élections comme solution à la crise de légitimité et des institutions politiques. Curieusement, c'est au moment où le train amorce la dernière ligne droite vers le terminus que certains passagers exigent qu'il s'arrête et demandent de descendre”, déclare à IPS, Matunda Feza, étudiante à l'Université de Kinshasa.
L'UDPS de Tshisekedi a décidé de boycotter les élections ainsi qu'elle l'avait fait en décembre 2005, lors du référendum sur la constitution. En dépit de la prolongation de la date limite pour l'enregistrement des candidatures, aucun candidat de l'UDPS ne s'est présenté à la CEI prétextant du refus, par la commission électorale, de rouvrir les centres d'inscription sur les listes électorales en faveur de ses partisans. Une inscription que son parti avait également boycottée lorsque les opérations avaient commencé en juin 2005. Leurs membres qui ont osé se porter candidats à un poste politique, comme Eve Bazaiba, secrétaire nationale chargée des relations avec la communauté internationale, ont essuyé une grosse colère de la direction de l'UDPS.
Bazaiba, une grande défenderesse des idéaux de l'UDPS, s'est fait enregistrer comme candidate indépendante à la députation pour Kinshasa, la capitale congolaise. Pour Jean-Baptiste Bomanza, de l'UDPS, “Eve Bazaiba n'a qu'à assumer les conséquences de son acte”. Une déclaration que des analystes interprètent comme une auto-exclusion du parti. Mais, pour Bazaiba, la politique de la chaise vide ne profite pas à l'UDPS.
Si les prochaines élections animent principalement les discussions dans les rues et bistrots de Kinshasa, dans les provinces, l'atmosphère est également à l'effervescence électorale, avec l'irruption des candidats aux législatives, qui sont partis se faire enregistrer dans leurs fiefs respectifs. La CEI a divisé le territoire congolais en 169 circonscriptions électorales, dont les traditionnelles capitales des 11 anciennes provinces et d'autres villes érigées par la nouvelle constitution en capitales pour les 15 nouvelles provinces. La ruée vers les provinces et territoires d'origine des candidats s'explique par le fait que traditionnellement, les votes ont toujours été accomplis sur une base tribale. “On vote d'abord pour le frère, le père, l'ancien ami d'enfance ou la sœur parce que de même origine tribale. Le programme politique ou le projet de société passe en seconde position”, affirme à IPS, Georges Kalondero, qui s'est fait enregistrer comme candidat député à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC. Le président Joseph Kabila, 34 ans, candidat à sa propre succession, part favori pour gagner les prochaines élections, selon des analystes. Avec la défection de Tshisekedi, éternel opposant et leader mythique très populaire, seul Pierre Pay-Pay, ancien ministre des Finances et ancien gouverneur de la Banque Centrale du Congo sous Mobutu, est pressenti comme un valable challenger à Kabila.

