ALGER, 11 avr (IPS) – La bonne conjoncture pétrolière se traduisant par la tendance actuelle du prix du brut fixé au dessus des 60 dollars, est profitable à l'Algérie, grande productrice de pétrole, qui enregistre une embellie financière inégalable depuis son indépendance, en 1962.
Avec cette flambée des cours de l'or noir, ce pays d'Afrique du nord et membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, engrange des surplus financiers notables capables de lui permettre de s'engager pleinement dans la voie du développement, affirment des analystes.
L'exportation des hydrocarbures représente 98 pour cent des recettes en devises de l'Algérie, selon des statistiques officielles.
Jamais l'Algérie, qui produit deux millions de barils par jour, selon la British Petrolum, n'a connu une telle aubaine financière. Avec 61 milliards de dollars de réserves de change, une dette extérieure réduite de moitié entre 1999 et 2005 (de 34 à 17 milliards de dollars), le gouvernement qui a injecté un pactole de 60 milliards de dollars dans le programme de soutien à la relance économique pour la période 2005-2009, s'inscrit dans la voie de grandes transformations, a déclaré Karim Djoudi, ministre délégué chargé des Réformes financières, la semaine dernière, à Alger, la capitale.
En janvier et février, les recettes pétrolières enregistrées sont près de 8,5 milliards de dollars, a indiqué Chakib Khellil, ministre algérien de l'Energie et des Mines le mois dernier. Les recettes pétrolières avaient atteint les 32 milliards de dollars à la fin septembre 2005, a-t-il dit.
Avec le renflouement des caisses de l'Etat en devises, la croissance économique est de retour avec en moyenne de 5,5 pour cent, ce qui a permis une forte réduction du taux de chômage qui est passé de 30 pour cent en 1999 à 17 pour cent en 2004, et qui tombera à huit pour cent au début de 2010, a indiqué, de son côté, le ministre de l'Emploi et de la Solidarité nationale, Djamal Ould Abbès.
Pour faire face aux nombreux défis du développement, le gouvernement algérien compte investir sur l'éducation et l'enseignement supérieur.
Plusieurs centaines d'écoles supérieures ont été ouvertes ces trois dernières années alors que la quasi-totalité des départements dispose d'un pôle universitaire. L'Algérie possède une soixantaine d'établissements universitaires répartis dans une quarantaine villes.
Selon le gouvernement, les vertus de la cagnotte pétrolière s'articulent autour de deux principaux objectifs : rattraper le temps perdu au cours de la guerre fratricide (terrorisme) qui a coûté au pays quelque 25 milliards de dollars et plus de 150.000 victimes; et améliorer sensiblement le quotidien des Algériens qui n'arrivent toujours pas à joindre les deux bouts d'une vie économiquement pénible.
A cet égard, des voix s'élèvent et s'interrogeant sur la destination de ces milliards de dollars qui renflouent les caisses de l'Etat.
"Je ne comprends pas qu'au moment où les milliards de dollars arrivent à flots dans les caisses de l'Etat, la misère s'accentue davantage. C'est vraiment un doute total quant à une utilisation rationnelle de cette manne au service du peuple algérien", déclare à IPS, Chabane Mohamed, 30 ans, ingénieur en électronique et au chômage depuis trois ans.
L'Association algérienne de lutte contre la corruption, qui est une section de Transparency International, partage le même scepticisme. “La manne pétrolière entre les mains du pouvoir ne contribue qu'à entretenir cette corruption, et les 60 milliards de dollars qu'a débloqués le gouvernement pour la reconstruction des infrastructures publiques sont la proie des prédateurs”, affirme-t-elle dans un communiqué rendu public récemment.
Sur le terrain, de grands projets sont en cours de réalisation, même si des citoyens continuent d'exprimer des doutes sur la destination réelle des recettes pétrolières.
Selon le gouvernement, le déficit en matière de logements est en passe d'être réglé. Plus de 700.000 logements ont été réalisés durant le premier mandant du président Abdelaziz Bouteflika (1999-2004) alors que plus d'un million d'autres sont prévus avant la fin de son second quinquennat, en 2009. Le coût du programme des nouveaux logements est de 79 milliards de dollars. D'autres grands chantiers sont en voie d'achèvement, comme le nouvel aéroport international d'Alger qui sera inauguré dans un mois et dont le coût est de quelque 500 millions de dollars, selon les autorités.
Si la première rame du métro d'Alger devait être mise en circulation en 2007, les chemins de fer connaîtront également une nette amélioration. Le coût global est d'environ trois milliards d'euros (environ 3,6 milliards de dollars), selon le président directeur-général de l'Entreprise du métro d'Alger, Abdelkader Mekerbi. De nouvelles lignes modernes seront installées dans les trois prochaines années, avec notamment l'apparition des lignes à grande vitesse pour réhabiliter le rail.
Un autre grand chantier à réaliser, selon les autorités, est l'électrification du réseau ferroviaire de la banlieue algéroise qui bénéficiera d'un train express régional, de même que la réalisation de nouvelles lignes comme celles allant d'Annaba, dans l'est de l'Algérie, à Tabarka, dans l'ouest de Tunisie; de Bechar à Tindouf, dans le sud-ouest du pays; et de Djelfa à Hassi Messaoud, en passant par Lghouat, Ghardaia et Ouargla, dans le sud.
Le montant dégagé par le gouvernement pour la modernisation des chemins de fer algériens est d'environ sept milliards de dollars, selon Ali Leulmi, directeur des infrastructures à la Société nationale des transports ferroviaires.
Le gouvernement indique également que l'autoroute est-ouest, qui doit rallier les frontières tunisiennes et marocaines serait achevée en 2008.
Son coût global est de plus d'un milliard de dollars.
Pour réaliser ces grands chantiers, explique Ould Abbes, le président Bouteflika s'est d'abord attaqué à un problème de taille, celui de la pacification et de la sécurisation du pays par l'instauration d'une Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Il a demandé au peuple algérien “d'enterrer la hache de guerre et lancé de grands projets de développement pour être au diapason des grandes nations”.
Selon Ould Abbes, “L'Etat a consacré tous les moyens matériels, soit 80 milliards de dollars dans le cadre du programme quinquennal, dont 60 milliards de dollars pour la relance économique et 20 milliards de dollars pour le développement”.
Cependant, l'opposant Mouloud Hamrouche, ancien Premier ministre (1990-1992), a déclaré, la semaine dernière, au cours d'une conférence, à Alger : “Ne soyez pas séduits par les sacs de dollars, et nous ne faisons pas ce que nous voulons avec notre argent”. Selon lui, “On utilise l'argent et les deniers publics sans la moindre considération au véritable propriétaire, le citoyen électeur”. Ali Kellal, infirmier à l'hôpital psychiatrique de Tizi-Ouzou, dans le nord de l'Algérie, estime que "nul ne peut réellement savoir avec exhaustivité le nombre de milliards qui renflouent les caisses de l'Etat". Il affirme à IPS que la gestion de ces montants souffre de "détournement et de corruption", et que "plusieurs cadres supérieurs du pays sont au cœur de différents scandales".

