ENERGIE-SENEGAL: Le vol des panneaux solaires affecte les populations rurales

DAKAR, 24 jan (IPS) – Le phénomène du vol des panneaux solaires est devenu de plus en plus inquiétant au Sénégal, faisant même craindre des risques de sabotage de cette technologie adaptée à l'amélioration des conditions de vie des populations rurales.

L'Etat, la Société nationale des télécommunications (SONATEL) et l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) souffrent davantage de ces vols répétitifs de panneaux solaires installés dans les villages pour alimenter les populations en eau potable, en électricité et en téléphonie rurale. "Au moment où l'on cherche à soulager les populations rurales de l'intérieur du pays, des individus mal intentionnés cherchent à saper les énormes efforts d'investissement physique et financier fournis dans la réalisation de services d'approvisionnement en eau potable, d'électrification et de télécommunications", a déclaré à IPS, André Faye, chef du "Projet énergies renouvelables" de l'ASER, une structure étatique créée en 2001. L'ASER a principalement pour objectif de porter le taux actuel d'électrification des 324 chefs-lieux des grands centres ruraux du pays, de l'ordre de neuf pour cent à 15 pour cent en 2005, et à 60 pour cent dans 20 ans. L'ASER a installé 10.000 systèmes photovoltaïques individuels dans 300 villages sénégalais, et compte installer aussi neuf centrales solaires dans les îles du Saloum, dans le centre du pays. Selon une étude publiée lors d'un atelier national de restitution des stratégies nationales et sous régionales de lutte contre le vol des installations solaires photovoltaïques, organisé en décembre dernier à Dakar, la capitale, environ 10 à 15 pour cent des panneaux solaires installés au Sénégal ont été volés. L'étude a été menée l'année dernière à l'initiative du Programme régional solaire de la Direction nationale de l'hydraulique. Les maternités, les lieux de culte, les écoles de plusieurs villages de l'intérieur du pays, branchés au solaire, sont également la cible des voleurs de panneaux. "Imaginez un peu la désolation des populations d'un village enclavé longtemps plongées dans les ténèbres et qui se retrouvent un beau matin dépossédées du panneau solaire qui alimentait en énergie leur maternité et leur forage", se désole Faye. La SONATEL a vu en trois ans plus de 200 de ses modules solaires volés. Les voleurs des panneaux solaires viennent d'horizons divers. Ainsi, selon l'étude, un Mauritanien, qui avait subtilisé des panneaux solaires au Sénégal, a pu les revendre dans son pays. Un autre gang composé de techniciens sénégalais, qui opérait dans la zone des Parcelles assainies, dans la banlieue de Dakar, a été également identifié.

Ils sont aussi des ingénieurs et des techniciens qui reviennent enlever et revendre le matériel après l'avoir posé, selon l'étude. Pour l'heure, aucun voleur de panneaux solaires n'a encore été arrêté. Ils sont seulement identifiés, mais ils courent toujours, selon les autorités.

L'enquête a également révélé que ce sont les villages de l'intérieur qui sont le plus souvent victimes de ces vols, contrairement aux localités frontalières. En général, ce sont les modules qui composent les panneaux solaires qui sont volés; et ce sont 12 modules qui composent un panneau solaire. Chaque module coûte environ 500 dollars, mais ils sont bradés par les voleurs dans les marchés intérieurs ou dans les pays voisins à 200 dollars auprès des particuliers, selon l'étude.

Pour mettre fin à ce fléau, le Sénégal prépare une stratégie nationale de lutte contre le vol des installations photovoltaïques, mais sur laquelle aucune indication n'est fournie.

"Avant de poursuivre les investissements en la matière, il s'avère indispensable de sécuriser les installations solaires par le développement de stratégies nationales et sous-régionales entre les pays frontaliers en vue d'endiguer ce phénomène", a déclaré Oumar Top, secrétaire général du ministère de l'Agriculture et de l'Hydraulique. Top propose l'utilisation d'outils fiables de sécurisation des panneaux tels que ceux préconisés par la SONATEL, notamment des vis antivol.

La SONATEL a résolu son problème en utilisant, selon Ousseynou Diop, responsable de la sécurité, "sa propre technologie de bétonnage des supports des panneaux sur plus de 600 sites", réduisant considérablement le nombre de vols. Au niveau de l'ASER, la question demeure sans réponse. En effet, selon le chef du Projet énergies renouvelables de l'agence, la solution, qui consistait à mettre en place des vis antivol, n'a pas empêché les voleurs de continuer à commettre leur crime. La situation est identique à la Direction nationale de l'hydraulique où les boulons antivol se sont révélés insuffisants, souligne le coordonnateur de ce service public, Baye Ndiack Sall.

Cependant, la sensibilisation des autorités administratives locales, des habitants des villages et de leurs chefs, les communautés rurales, semble être le moyen le plus sûr pour amener les populations rurales à s'approprier les installations faites à leur profit.

Le Sénégal a commencé ses programmes solaires à la suite de la crise pétrolière de 1973 qui a vu la facture pétrolière du pays passer de 11 millions de dollars à 110 millions de dollars l'année dernière.

Selon des sources gouvernementales, en 2001, environ 7,4 pour cent des ménages ruraux sénégalais avaient accès à l'électricité alors que ce taux était de 55 pour cent en milieu urbain. Le retard constaté dans le projet de développement de l'électrification rurale au Sénégal serait lié notamment au coût exorbitant de l'énergie, à la faiblesse des consommations énergétiques des populations rurales, mais également et surtout à l'éparpillement de l'habitat rural. De récentes statistiques, publiées par le ministère de l'Energie et des Mines, indiquent qu'en 2000, la population sénégalaise était estimée à 9,5 millions habitants, dont 56 pour cent vivaient en milieu rural, dans plus de 13.260 villages.