KHARTOUM, 25 jan (IPS) – La décision du Soudan de retirer sa candidature à la présidence de l'Union africaine (UA) a été bien accueillie par des groupes de défense des droits humains et des activistes locaux, qui estiment que cela a rehaussé la réputation de l'Afrique.
Le sommet des chefs d'Etat d'Afrique, qui a duré deux jours et a pris fin mardi, a été dominé par des débats sur la candidature du Soudan à ce poste prestigieux.
"Je pense que c'est une décision sage de la part des dirigeants soudanais", a déclaré à IPS, Nhial Bol, éditeur du quotidien indépendant 'the Citizen', dans un entretien dans la capitale Khartoum. "Cela allait saper les pourparlers de paix entre les rebelles du Darfour et le gouvernement soudanais à Abuja".
Les discussions entre les rebelles et le gouvernement soudanais ont été bloquées dans la capitale nigériane, Abuja, après des allégations de violations de cessez-le-feu et la décision de Khartoum de demander la présidence tournante de l'institution forte de 53 membres.
Avant que le sommet ne démarre le 23 janvier, les rebelles avaient demandé à l'UA de déplacer la conférence ailleurs en Afrique. Ils craignent que Khartoum n'utilise sa nouvelle position, s'il était élu, pour étouffer les allégations d'atrocités qui sont actuellement commises par son armée et sa milice arabe pro-gouvernementale dénommée les janjaweed au Darfour. Les janjaweed ont été accusés de tueries, de viols et de pillages.
Plus de 200.000 personnes ont été tuées et plus de deux millions déplacées depuis que le conflit entre les rebelles noirs au Darfour et le régime de Khartoum dominé par les Arabes, a éclaté en 2003.
Lorsqu'on lui a demandé si le Soudan s'était retiré de la course de l'UA à cause des allégations de violations des droits de l'Homme au Darfour, Zahawi Ibrahim Malik, ministre soudanais de l'Information, a déclaré aux journalistes mardi : "Non. Certains milieux hostiles au Soudan l'ont empêché d'obtenir la présidence". Il n'a pas donné plus de détails.
Le président américain George Bush avait exprimé lundi des préoccupations par rapport à la demande du Soudan d'assurer la présidence de l'UA. Le fugitif Osama ben Laden, accusé par les Etats-Unis d'avoir organisé les attentats terroristes du 11 septembre contre New York et Washington en 2001, a vécu au Soudan entre 1991 et 1996.
Le Soudan est devenu un refuge pour des militants islamiques après qu'une junte pro-islamique, dirigée par le président Omar Hassan al Bechir, s'est emparé du pouvoir dans un coup d'Etat militaire en 1989. Au nombre de ceux qui ont saisi l'opportunité pour se réinstaller et vivre au Soudan, figurait Ilich Ramirez Sanches, connu internationalement sous le nom de Carlos le Chacal. Il a été remis à des agents français et extradé à Paris en 1994.
Sanches, un ressortissant vénézuélien, purge actuellement une peine d'emprisonnement à vie en France pour une série d'attentats à la bombe et de détournements d'avions en Europe dans les années 1970 et 1980.
Le Soudan reste sur la liste des pays accusés par Washington de parrainer des terroristes. Les efforts pour faire rayer son nom de la liste ont été infructueux, même si Khartoum a essayé d'utiliser l'accord de paix nord-sud qu'il a conclu l'année dernière avec des rebelles sudistes comme un appât pour persuader Washington de mettre fin à son embargo. La sanction, imposée brusquement par Washington, empêche certaines compagnies américaines de faire des affaires au Soudan.
La demande du Soudan d'assurer la présidence de l'UA avait littéralement divisé l'Afrique en deux. La question a été réglée seulement après qu'un groupe de travail de l'UA comprenant le Gabon, le Zimbabwe, le Burkina Faso, Djibouti et l'Egypte – représentant les cinq régions d'Afrique – a été créé pour trouver une solution.
Mardi, le Soudan a annoncé qu'un consensus avait été trouvé pour qu'il assure la présidence en 2007. Le Soudan a présidé l'Organisation de l'unité africaine (OUA), le prédécesseur de l'UA, en 1978.
Interrogé sur les chances du Soudan d'obtenir la présidence en 2007, Bol a déclaré : "L'année prochaine, c'est l'année prochaine. Tout peut arriver.
La demande du Soudan pourrait être sujette à la fin du conflit au Darfour".
Mais le président Bechir a dit que pour lui, le fait d'abriter le sommet importait plus que celui d'assurer la présidence de l'organisation.
"Le Soudan a pris cette décision parce que nous ne voulons pas une scission au sein de l'UA. Notre objectif est de rassembler les populations (africaines) et de faire face aux défis à venir", a indiqué à IPS, Bakri Mullah, responsable des informations extérieures du Soudan, dans un entretien. "Une scission au sein de l'UA n'est pas dans l'intérêt du Soudan".
L'Afrique du nord et l'Afrique de l'est ont soutenu au départ la candidature du Soudan, alors que l'Afrique occidentale et centrale ont refusé de l'appuyer. L'Afrique australe a été divisée avec le président Levi Mwanawasa de Zambie et Festus Mogae du Botswana qui seraient pour les positions d'Afrique occidentale et centrale. Dans son discours d'acceptation mardi, le nouveau président de l'Union africaine, Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, a déclaré qu'il s'attaquerait à la famine, à la pauvreté et au VIH/SIDA qui dévaste l'Afrique. Il a remplacé Olusegun Obasanjo du Nigeria, le président sortant de l'UA. "Je pense que la décision du Soudan de se retirer de la course est une bonne décision", a souligné Bol. "L'UA allait mourir".
"S'ils avaient voté pour Bechir, les victimes auraient été le Darfour et les populations d'Afrique", a déclaré à IPS, Reed Brody de Human Rights Watch basé à New York, dans un entretien à Khartoum. "La crédibilité de l'UA aurait été mise à mal".

