NAIROBI, 21 déc (IPS) – Pour la majorité des Kényans, il est de plus en plus clair que le gouvernement du président Mwai Kibaki, qui a trois ans, tarde à introduire une nouvelle constitution pour ce pays d'Afrique de l'est.
Au départ, l'administration de Kibaki avait promis qu'une nouvelle constitution entrerait en vigueur dans les 100 premiers jours après son entrée en fonction. Mais plus de 1.000 jours sont passés depuis et il n'y a toujours pas de constitution en place. Sa dernière trouvaille était un référendum convoqué le 21 novembre pour décider du projet de constitution, qui a littéralement divisé en deux le gouvernement de Kibaki.
Cinquante-sept pour cent des électeurs ont rejeté le projet du document alors que 43 pour cent ont voté en sa faveur. Le président Kibaki, avec ses principaux alliés de la 'National Alliance Party of Kenya' (NAK), a soutenu le document.
Son Némésis, le 'Liberal Democratic Party' (LDP) s'est joint au principal parti d'opposition, la 'Kenya African National Union' (KANU), pour amener les Kényans à rejeter le document. Le LDP et la NAK étaient les principaux partis qui ont formé le gouvernement de coalition, l'Alliance nationale Arc-en-ciel. Au cours du référendum, Kibaki et ses partisans ont fait campagne pour une présidence plus forte. Pendant ce temps, ses opposants voulaient des pouvoirs présidentiels réduits et partagés avec un Premier ministre. Les opposants de Kibaki ont fait campagne sur la base d'un document, dénommé le projet de Bomas, le fruit d'une Conférence constitutionnelle nationale (NCC), qui a proposé la réduction des pouvoirs du président.
Selon la Commission de révision de la constitution du Kenya (CKRC), la majorité des Kényans préfèrent que les pouvoirs du président soient réduits et partagés avec un poste de Premier ministre proposé pour se prémunir contre l'abus de pouvoir. En 2002, la commission a recueilli les opinions des Kényans sur ce qu'ils voulaient dans le projet de constitution.
Le chemin menant à une nouvelle constitution a été long et tortueux, caractérisé par une rivalité politique nette. Cette rivalité, entre les deux factions au sein du gouvernement, s'est intensifiée après que des députés pro-Kibaki ont modifié le contenu du projet de Bomas – dénommé ainsi en souvenir du lieu où il a été rédigé – Bomas of Kenya – à la périphérie de la capitale kényane, Nairobi. Les modifications prévoyaient que le parlement rejette ou accepte le projet dans sa totalité sans faire un quelconque amendement. Les modifications permettaient que le projet de Bomas soit remplacé par un autre document, la proposition de kilifi. Cette proposition prévoyait un président exécutif et un Premier ministre de nom désigné par celui-ci. Le document de Kilifi a pris le nom de la ville côtière de Kilifi, où une partie des députés, principalement de la NAK, a apporté les modifications au document de Bomas.
Se fondant sur la force du document de Kilifi, le procureur général Amos Wako a rédigé un projet final de constitution, qui a été rejeté au référendum du 21 novembre. Le rejet, affirment des analystes, a démontré un manque de confiance dans l'administration Kibaki.
La défaite de Kibaki au référendum avait vu ce dernier dissoudre tout son cabinet. Bien qu'il en ait reconstitué un nouveau il y a quelques jours, sept anciens ministres du LDP ne figuraient pas sur la liste du nouveau gouvernement.
Malgré la division dans la coalition, les clameurs en faveur d'une nouvelle constitution continuent toujours, aussi bien au LDP qu'à la KANU, qui ont depuis formé le Mouvement démocratique orange.
Des groupes de la société civile du Kenya se sont également rencontrés à Nairobi le 8 décembre, sous les auspices du 'Kenya Human Rights Network' (Réseau des organisations de droits de l'Homme du Kenya), pour relancer le processus constitutionnel qui, ont-ils affirmé, avait coûté aux contribuables environ 135 millions de dollars. Le gros de l'argent aurait été dépensé dans des salaires et allocations des 17 membres de la commission, quelque chose qui a provoqué l'indignation du public.
"Nous voulons occuper notre place légitime dans la confection de la constitution. Nous avons laissé le processus aux politiciens et ils l'ont chamboulé. Maintenant, nous voulons rester vigilants pour nous assurer que les Kényans obtiendront la constitution qu'ils veulent, et non celle qui a été conçue pour une politique conjoncturelle", a déclaré à IPS, Cyprian Nyamwamu, un membre du groupe.
Les organisations de la société civile estiment que le processus prendra fin en juin 2007, après des consultations approfondies avec les parties prenantes qui incluent le secteur privé, des partis politiques et des groupes confessionnels.
Mais pour empêcher les politiciens de détourner encore le processus, des mesures de garantie sont requises, avertissent les militants. "Il faut une loi du parlement pour protéger le processus aussi bien du défi politique que légal", a indiqué Ng'ang'a Thiong'o, un avocat constitutionnaliste, qui exerce à Nairobi. Il faisait allusion au précédent processus qui a conduit au rejet du projet de constitution au référendum. Le processus, a-t-il dit, a été détourné par des politiciens qui l'ont utilisé comme "un forum pour défendre leurs intérêts personnels égoïstes". Néanmoins, le président Kibaki a déclaré que son gouvernement tenait toujours à donner aux Kényans une nouvelle constitution. "Mon gouvernement facilitera des consultations pour ouvrir la voie à un cadre juridique qui guidera la nation vers l'obtention d'une nouvelle constitution", a-t-il noté pendant les fêtes commémorant l'indépendance du pays le 12 décembre.

