SPECIAL-OMC: Q & R: 'Nous ne voulons aucun accord'

HONG KONG, 7 déc (IPS) – "C'est beaucoup de pression, mais nous avons pris du plaisir à faire tout ceci", a déclaré Elizabeth Tang, de 'People's Alliance on the World Trade Organisation' (Alliance populaire sur l'Organisation mondiale du commerce), à propos de l'année "très mouvementée" pour organiser des actions de la société en prélude à la 6ème Conférence ministérielle de l'OMC.

Pendant ce temps, elle affirme que la prise de conscience sur les questions commerciales, confinée normalement dans des salles de réunion des conseils d'administration et des rencontres gouvernementales, s'étend parmi des activistes et des syndicats à Hong Kong.

Il y aura trois grandes marches de protestation et quelque 50 événements, séminaires, expositions et concerts durant la rencontre de l'OMC, et Tang dit que les gens de Hong Kong sont fiers de "pouvoir exprimer leurs opinions, mais d'une façon très disciplinée".

Johanna Son de IPS Asie-Pacifique a parlé à Tang, qui préside également la Confédération des syndicats de Hong Kong.

Q: L'OMC est-elle quelque chose dans lequel il faut s'engager ou quelque chose à détruire? La société civile dira beaucoup de choses à Hong Kong, mais sera-t-elle écoutée? R: Nous avons eu beaucoup d'occasions de nous y engager. Nous avions eu trois rencontres auxquelles a pris part John Tsang, le secrétaire au Commerce et à l'Industrie commerciale, qui présidera la Conférence ministérielle de l'OMC. Pascal Lamy (le directeur général de l'OMC) est arrivé en octobre et a initié une table ronde avec des ONG, et il a été très franc au cours de ces discussions. Au même moment, nous n'avons aucun indice sur ce qui adviendra de ce que nous sommes en train de présenter. C'est comme : 'vous pouvez parler et nous vous écoutons', mais il semble que tous nos efforts n'ont aucun impact. C'est seulement pour une année, mais je pense que si nos gouvernements continuent de traiter les préoccupations des ONG de cette manière, sans prendre au sérieux leurs points de vue sur le processus lors de la formulation de leurs positions — même le texte (ministériel) actuel — alors, je pense que les ONG décideront qu'elles ne continueront pas ce genre de soi-disant engagement.

L'OMC en tant que structure est une bonne chose. Si vous regardez les principes de l'OMC, ils sont tous bien mais dans l'application concrète, c'est une autre histoire. Nous devons donc maintenir ce genre de structure multilatérale, mais elle ne peut pas continuer par fonctionner de la manière dont elle marche actuellement.

Q: Quel est le rôle des syndicats? R: A Hong Kong, les syndicats sont en train de jouer le premier rôle dans l'organisation de toute la campagne et mènent des activités d'éducation.

Précisément parce que ce sont les travailleurs qui ont commencé en premier lieu par sentir le poids de toutes ces conséquences injustes du libre échange.

Beaucoup de travailleurs à Hong Kong sont confrontés à des réductions de salaire et sont en train d'être contraints de faire de l'auto-emploi ou de signer des contrats à court terme, et c'est parce que notre gouvernement doit s'assurer que nous aurons un environnement compétitif pour les investisseurs étrangers et que Hong Kong sera considéré comme l'économie la plus libre au monde. Ils doivent en conséquence s'assurer que tout est flexible, y compris la main-d'œuvre. Le lien est donc là, mais normalement, nos travailleurs ne voient pas la source immédiate – la politique de notre gouvernement.

Q: Les pays en développement peuvent-ils compter sur la Chine pour défendre leur cause à l'OMC? Elle est une grande puissance économique, un membre de l'OMC, mais néanmoins un pays en développement.

R: C'est une très grande question. Pascal Lamy aime beaucoup utiliser la Chine et l'Inde comme des exemples pour montrer comment des pays en développement peuvent tirer profit de l'OMC. Mais dans le cas de la Chine – si vous regardez les chiffres sur la croissance économique et l'investissement étranger, ils sont réellement importants. Vous ne pouvez pas nier les forts taux de développement économique, mais une fois encore, c'est sans les règles et mesures appropriées pour garantir la manière dont cette richesse peut être distribuée de façon équitable. Comment s'assurer que ces gens, en particulier les travailleurs, seront protégés dans le processus? L'économie rurale est en train de s'effondrer et les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs produits même à l'intérieur de la Chine. (Après la suppression des tarifs) beaucoup d'agriculteurs sont en train de partir vers des villes…mais ensuite, les travailleurs vont dans des usines avec une protection minimale, aucune mesure sanitaire et de sécurité. L'attrait du profit est trop grand. Les ouvriers qui sont morts à Heilongjiang (un accident minier en novembre) gagnent toujours 400 RMB le mois (50 dollars US). Je n'envie pas la Chine pour toute cette croissance économique impressionnante, lorsque vous savez comment les travailleurs paient un prix élevé pour le développement économique. Donc la Chine pour l'OMC est un exemple révélateur de la manière dont des pays développés peuvent tirer profit de l'OMC. Mais pour les syndicats, pour les ONG, la Chine est également un exemple éloquent pour montrer comment l'OMC conduit dans un sens unique seulement l'ouverture du marché comme le moyen du libre échange, sans prendre au même moment des règles et lois pour assurer que cette croissance est construite sur un partenariat avec des organisations populaires et à des conditions qui protègent toute personne engagée dans le processus.

Q: Comment définiriez-vous le succès à la conférence de Hong Kong? R: Nous ne voulons voir aucun accord qui soit proche de l'actuel texte ministériel. Nous sommes en train de dire à notre secrétaire, John Tsang, de ne pas se précipiter à la conférence ministérielle, de ne pas se fixer pour objectif de parvenir à un accord pour le plaisir d'obtenir une conclusion. Nous préférerions que tout le processus s'arrête. Que les gouvernements nationaux retournent dans leurs propres pays et organisent une consultation publique approfondie, et prennent un engagement réel avec des organisations populaires pour décider de comment et à quel rythme ils veulent la libéralisation du commerce.