JOHANNESBURG, 6 déc (IPS) – Lawrence Anthony est célèbre pour avoir secouru des animaux, y compris des lions, des palais de l'ancien dirigeant irakien Saddam Hussein après que Bagdad est tombée aux mains des forces américaines en avril 2003.
"Les animaux mouraient de faim et nous les avons enlevés de divers palais pour les emmener dans le principal zoo à Bagdad", a-t-il déclaré à IPS.
Maintenant, le Sud-Africain amoureux des animaux s'est lancé, avec des scientifiques et autres activistes, dans une autre mission : stopper le projet d'abattage de plus de 5.000 éléphants dans le Parc national Kruger, le parc sud-africain de renommée mondiale, situé dans le nord-est du pays.
La proposition a été faite par le conseil d'administration du 'South African National Parks' (Parcs nationaux d'Afrique du Sud – SANParks), l'institution gouvernementale qui gère le réseau des domaines protégés du pays. "Nous croyons qu'il faut plus de recherche scientifique avant qu'une quelconque décision ne soit prise. Il n'y a pas assez de recherche sur le nombre d'animaux que le parc Kruger peut contenir", a indiqué Anthony.
Par ailleurs, a noté Ian Raper de l'Association sud-africaine pour l'avancement de la science, basée à Pretoria, il y a d'autres options proposées pour contrôler la population d'éléphants à Kruger – notamment la contraception.
"Nous recueillons la protéine des cochons et nous l'injectons aux animaux, et cela les empêche de concevoir", a-t-il dit à IPS. "Cela est utilisé depuis les années 1970 sur plusieurs animaux comme les chevaux et les phoques dans la mer, et cela a été testé dans le Parc Kruger".
En fait, cette technologie contraceptive semble si efficace, qu'elle a attiré l'attention d'autres pays.
"Le Kenya s'est rapproché de l'Afrique du Sud pour vacciner 700 éléphants.
Nous exportons notre technologie, mais nous ne l'utilisons pas nous-mêmes", a déclaré Anthony.
La vaccination contraceptive, qui est administrée par quelqu'un qui se trouve dans un hélicoptère, au-dessus du troupeau d'éléphants, a également la vertu d'être durable.
"L'effet d'une fléchette peut s'étaler sur deux années", a affirmé Raper, et : "Nous sommes à deux doigts d'obtenir que cela dure cinq ans. Le vaccin a des effets secondaires minimes, avec seulement une protubérance sur l'éléphant, à l'endroit où il a été injecté". Christina Pretorius de 'International Fund for Animal Welfare' (Fonds international pour le bien-être des animaux) une organisation non gouvernementale, est également optimiste à propos de la contraception des éléphants.
"Le vaccin s'est révélé efficace dans un certain nombre de petites réserves naturelles. Par exemple, dans la réserve naturelle Makaladi, ils utilisent le contraceptif et l'ont trouvé très efficace. C'est une option que nous devons explorer davantage", a-t-elle souligné dans un entretien avec IPS. La réserve naturelle Makaladi est située dans la province du Nord-Ouest, en Afrique du Sud, sur la frontière avec le Botswana et la Namibie.
Aussi bien Anthony que Raper pensent que les autorités sud-africaines en charge de la protection de l'environnement peuvent ne pas être suffisamment informées sur les dernières avancées en matière de contraception des éléphants, pour décider en connaissance de cause s'il faut utiliser cette technologie.
"Les gens ne savent pas que la contraception s'est améliorée. Elle n'est plus hormonale. Il ne devrait plus avoir aucune peur du vaccin", a indiqué Raper. "L'abattage est une perspective terrible. Les animaux seront traumatisés et deviendront agressifs".
Toutefois, Gehard Verdoorn, un grand écologiste sud-africain basé dans la capitale économique Johannesburg, estime que cela est plus lié à l'histoire qu'à l'ignorance.
"Je ne crois pas que la contraception soit économiquement et écologiquement une option viable, en tant qu'option unique. Elle peut être utilisée comme une petite contribution à la résolution du problème", a-t-il dit à IPS.
"Ce qui est également important à propos de la contraception est qu'il n'y a jusque-là aucun médicament qui soit formellement approuvé et accepté", a ajouté Verdoorn. "Le travail qui a été fait jusqu'ici sur la contraception était la recherche, et il doit y avoir plus de recherche avant que cela ne puisse être soumis à approbation".
En conséquence, a-t-il noté, toutes les options pour gérer la population d'éléphants à Kruger devaient être prises en compte pour combattre la surpopulation des éléphants. Le nombre d'éléphants dans le parc est passé de 7.500 en 1994 à 12.500 à l'heure actuelle, selon des statistiques officielles.
"Je ne pense pas que quelqu'un aime l'idée de l'abattage des éléphants.
Mais, c'est une option définie pour contribuer à la gestion de la surpopulation — aussi longtemps que c'est fait avec les méthodes les plus humaines et les plus éthiques à la disposition du Parc national Kruger", a affirmé Verdoorn.
Ce point de vue est repris en écho par des autorités de la protection de l'environnement.
"Dans tous les parcs nationaux sud-africains ayant des éléphants, les populations augmentent à des taux presque maximum et ne montrent de signes de limitation. Les populations ne peuvent pas continuer par croître indéfiniment", a déclaré David Mabunda, directeur exécutif de SANparks, dans un rapport publié le 8 septembre.
L'Afrique du Sud a suspendu l'abattage à Kruger en 1995, principalement à la suite des pressions locales et internationales. Au cours des trois précédentes décennies, quelque 16.000 éléphants avaient été abattus en Afrique du Sud, selon Pretorius.
Anthony soutient que toute reprise de l'abattage aurait des répercussions rapides et graves dans le monde entier.
"Des images télévisées montrant des éléphants tués provoqueront l'indignation internationale", a-t-il noté. "L'ère de l'Internet va aggraver les choses".
La 'Humane Society' des Etats-Unis, basée à Washington, a ajouté Anthony, avait prévenu qu'elle conseillerait à ses 8,5 millions de membres d'éviter l'Afrique du Sud en tant que destination touristique si l'abattage avait lieu.
Pour sa part, Pretorius croit que l'opposition généralisée au projet d'abattage peut encore influencer les autorités sud-africaines. "Je ne crois pas que le gouvernement puisse faire passer cela sans s'attendre à beaucoup de protestations de la part des scientifiques et des groupes de défense des droits des animaux", a-t-elle souligné. "Nous espérons, avec prudence, gagner la guerre".

