NAIROBI, 1 déc (IPS) – Avec seulement un quart des Kényans qui ont besoin de médicaments anti-rétroviraux (ARV) et les reçoivent du gouvernement, il est urgent de s'assurer que beaucoup plus de personnes auront le traitement pour parer aux maladies liées au SIDA.
Mais, un enthousiasme similaire est-il actuellement affiché — en particulier par les autorités — pour s'assurer que les bénéficiaires d'ARV reçoivent également suffisamment d'aliments de bonne qualité, sans lesquels les ARV ne peuvent pas travailler convenablement? Non, affirme le Réseau des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique (NAP+).
"Le gouvernement n'a pas apporté son soutien. Il n'y a aucune initiative gouvernementale qui se focalise sur la question de l'alimentation", a déclaré à IPS, Michael Angaga, coordonnateur national de NAP+. "Les efforts du gouvernement pour s'attaquer au VIH/SIDA se sont focalisés principalement sur la fourniture des ARV".
Medina Yahya serait probablement d'avis avec cette affirmation. Habitante de Kibera, le plus grand bidonville dans la capitale kényane, Nairobi et probablement de l'Afrique, Yahya a développé diverses affections, y compris l'ulcère, en prenant des ARV dans un estomac perpétuellement vide.
"J'ai été mise sous traitement au début de l'année dernière, et pendant longtemps, je prenais les médicaments sans avoir aucune nourriture à manger", a-t-elle dit à IPS.
La femme âgée de 30 ans a depuis lors été conseillée d'interrompre le traitement jusqu'à ce qu'elle reconstitue ses forces. Mais, cela dépend de la capacité de Yahya à trouver assez de nourriture pour elle-même et ses trois enfants. Pour le moment, elle dépend des aides des amis et du 'Stara Rescue Centre' (Centre d'assistance Stara) : une école informelle qui nourrit les enfants des personnes séropositives, et fournit également des rations une fois par semaine aux adultes vivant avec le VIH/SIDA.
Susan Asiko âgée de 35 ans, qui donne des soins à domicile à Yahya, raconte une histoire similaire. Elle est sous ARV depuis qu'elle a été reconnue séropositive l'année dernière.
"Au début, les médicaments m'ont affectée parce qu'il était difficile pour moi d'avoir assez de nourriture à manger. J'ai été alitée pendant un certain temps, mais lorsque j'ai commencé par avoir de la nourriture régulièrement, ma santé s'est améliorée", a-t-elle dit à IPS. "Avoir de la nourriture est le principal défi ici, en particulier si l'on ne travaille pas".
Kibera abrite à peu près 700.000 personnes. Plus de la moitié de tous les Kényans s'en tire avec moins d'un dollar par jour, selon des statistiques gouvernementales.
En fin de compte, le prix d'un repas plutôt que le coût des ARV peut empêcher des personnes vivant avec le VIH/SIDA de rester en vie.
"Ce que nous avons connu ici, ce sont des parents qui ont arrêté leur traitement à cause des effets secondaires qu'ils éprouvent en prenant des ARV puissants dans des estomacs vides", a déclaré Josephine Mumo, la directrice de 'Stara Rescue Centre' et l'une de ses fondatrices, dans un entretien avec IPS.
"Ils demeurent faibles, sont cloués au lit dans leurs maisons et incapables de s'occuper de leurs enfants. Ils meurent plus tard, laissant des enfants orphelins".
Les tentatives de Stara pour obtenir de la nourriture du gouvernement ont été infructueuses, a ajouté Mumo. L'école reçoit actuellement des vivres des agences d'aide.
Des groupes non gouvernementaux sont également intervenus ailleurs.
NAP-Plus s'est lancé dans un projet pilote pour fournir le Nutropath, un supplément sous forme de poudre, aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. Le projet est actuellement géré dans deux centres à Nairobi et dans la ville occidentale de Kisumu, et a ciblé 150 adultes et 50 enfants.
"Le produit peut être mélangé à de l'eau, du lait ou du jus, et ceux qui sont actuellement testés avec cela ont montré des changements extraordinaires dans leur santé", indique Angaga. "Ceux qui avaient maigri ont repris du poids. La plupart d'entre eux disent qu'ils peuvent sauter un repas et se sentir encore forts".
Pour sa part, le gouvernement soutient que le tableau de la nutrition n'est pas aussi sombre que l'affirment NAP+ et d'autres.
"Le gouvernement a un budget pour appuyer des programmes de nutrition à travers le Fonds mondial (le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme)", souligne Patrick Orege, directeur du Conseil national de lutte contre le SIDA – une organisation chargée de la coordination de la lutte contre le VIH au Kenya.
Le fonds a été créé en 2002 comme un partenariat international pour financer les efforts en vue de contenir le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme.
Aussi opportun que soit l'argent du fonds mondial, la question qui se pose maintenant est de savoir si le gouvernement devait également engager des ressources kényanes dans des programmes de nutrition pour des personnes séropositives — en particulier à la lumière de l'adoption en 2001 de la Déclaration d'engagement des Nations Unies sur le VIH/SIDA.
Ce document stipule que les pays devraient "augmenter et donner la priorité aux allocations budgétaires nationales en faveur des programmes de lutte contre le VIH/SIDA comme il se doit et s'assurer que des allocations adéquates sont octroyées par tous les ministères et d'autres parties prenantes importantes…" Le thème de la Journée mondiale du SIDA (1er décembre) de cette année est "Stop SIDA. Tenir les promesses" — adopté en vue d'amener les gouvernements à honorer les engagements pris dans le cadre de la déclaration de l'ONU et ailleurs.
Alors que les programmes d'alimentation peuvent ne pas recevoir beaucoup d'attention dans le budget national, les allocations de divertissement pour les députés en reçoivent — sans parler des primes de véhicule.
Un ministre et un député ont droit chacun à une prime de véhicule de 44.600 dollars, et à une allocation mensuelle de divertissement de pas moins de 1.000 dollars. Ceci signifie que le gouvernement dépense plus de 200.000 dollars par mois dans des frais de divertissement pour les députés.
Le même montant achète environ 17.000 sacs de maïs, qui devraient, sans aucun doute contribuer à améliorer l'alimentation de malades indigents vivant avec le VIH/SIDA. Actuellement, 2,2 millions sur les 32,8 millions d'habitants du Kenya sont infectés par le VIH/SIDA.

