GENEVE, 30 nov (IPS) – Le coton pourrait être le principal catalyseur de l'échec à la sixième Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), du 13 au 18 décembre à Hong Kong, si les demandes des pays africains ne sont pas abordées.
Si l'impasse entre les nations africaines productrices de coton d'une part, et les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) d'autre part, ne trouve pas d'issue, "nous n'allons pas faire partie du consensus", a prévenu Samuel Amehou, l'ambassadeur du Bénin à l'OMC, qui adopte presque toutes ses décisions par consensus.
En avril 2003, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad et le Mali avaient appelé l'OMC à trouver une solution aux graves problèmes qui leur sont créés par les subventions payées aux producteurs de coton dans les nations industrialisées, en particulier aux Etats-Unis et dans les pays membres de l'UE.
La querelle s'est ravivée dans les mois ayant suivi et a été l'une des causes du fiasco de la cinquième conférence ministérielle de l'OMC, organisée en septembre 2003 à Cancun, au Mexique.
Les quatre nations d'Afrique de l'ouest et du centre produisent presque un million de tonnes de coton par an, représentant 17 pour cent de la production mondiale en 2002, contre quatre pour cent seulement en 1980.
Entre 10 et 15 millions de personnes dans ces quatre pays dépendent aujourd'hui du coton pour leur subsistance.
Mais les effets des politiques protectionnistes suivies par les nations industrialisées nuisent à toutes les 33 nations africaines productrices de coton, dont presque toutes sont dans la catégorie des Pays les moins avancés (PMA).
L'OMC a finalement accepté d'accorder, dans le domaine de l'agriculture, un traitement spécial au coton, qui est actuellement négocié dans le Round de discussions sur le commerce multilatéral de Doha avec des questions comme les services, les tarifs industriels et la propriété intellectuelle.
L'OMC a décidé de donner au coton "un traitement ambitieux et rapide", en créant une sous-commission pour examiner toutes les politiques commerciales viciées qui affectent la culture.
Les Etats-Unis représentent la part du lion des subventions au coton, qui s'élevaient à 18 milliards de dollars entre août 1999 et juillet 2005, a déclaré Céline Charveriat, la responsable de la 'Campagne Faire un commerce équitable' à Oxfam International.
Les agriculteurs aux Etats-Unis ont produit presque 23,4 milliards de dollars de coton dans cette même période, ce qui signifiait que les subventions équivalaient à 86 pour cent de la valeur totale.
En d'autres termes, pour chaque dollar reçu par des producteurs de coton pour leurs exportations, 86 cents provenaient des caisses du gouvernement américain sous la forme de subventions, a souligné Charveriat.
Eric Hazard, de l'organisation non gouvernementale Enda Tiers-Monde au Sénégal, a dit à IPS que la majeure partie des subventions américaines était allée à un petit nombre de producteurs de coton.
L'agro-économiste a affirmé que 25.000 producteurs de coton aux Etats-Unis recevaient 40 pour cent des subventions mondiales totales au coton. Mais de toutes les subventions américaines à la production de coton, 80 pour cent – représentant 32 pour cent du total mondial – vont à 2.700 cotonculteurs seulement. Certains producteurs américains reçoivent jusqu'à 17 millions de dollars par an, a ajouté Hazard.
Les négociateurs pour le commerce américain veulent que les réformes du régime cotonnier suivent le même rythme que les réformes qui sont discutées pour supprimer graduellement les subventions et les tarifs douaniers sur d'autres produits agricoles.
L'UE, dont les politiques protectionnistes dans le domaine du coton sont moins prononcées que celles des Etats-Unis, a essayé de se présenter comme un réformateur généreux, proposant de mettre en application les réductions des subventions le tout premier jour où un éventuel accord de Doha commencera par être mis en œuvre.
Le principal centre d'intérêt de la conférence de Hong Kong sera de relancer les discussions du Round de Doha, qui ont été lancées dans la capitale qatarie à la fin de 2001 et ont été retardés en grande partie par les conflits d'intérêts apparemment insurmontables dans la question de l'agriculture.
Mais les nations africaines n'ont pas été intimidées par le climat de tension et de divergences, et font pression pour qu'une décision soit prise à Hong Kong pour supprimer toutes les subventions à l'exportation du coton d'ici à la fin de cette année. Concernant les soutiens intérieurs controversés reçus par les producteurs de coton aux Etats-Unis, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad et le Mali demandent une réduction de 80 pour cent d'ici à la fin de 2006, de 10 pour cent d'ici à la fin de 2007, et une suppression totale dès le 1er janvier 2009.
Par rapport à l'accès au marché, les quatre nations africaines réclament des réductions substantielles dans les tarifs sur l'importation du coton, et une suppression totale des taxes et quotas à l'importation pour les PMA.
Ils ont également proposé la création d'un fonds d'assistance pour aider les cotonculteurs à faire face aux baisses des prix internationaux, de même qu'un système d'aide financière pour les producteurs de coton en Afrique.
La proposition faite par les quatre nations d'Afrique de l'ouest et du centre a été approuvée la semaine dernière par la conférence de la rencontre des ministres du Commerce de l'Union africaine en Tanzanie, qui a souligné l'importance du coton pour l'Afrique ainsi que le besoin urgent de résultats concrets à Hong Kong.
Pour contraindre l'UE à réduire son protectionnisme dans l'agriculture en général, les Etats-Unis ont insisté pour que la question du coton soit abordée durant les discussions de l'OMC sur l'agriculture.
Pendant ce temps, le secrétaire américain à l'Agriculture Mike Johanns et le représentant américain pour le commerce Rob Portman, ont annoncé, lors d'une récente visite en Afrique, un programme d'amélioration du coton en Afrique de l'ouest, d'un montant de sept millions de dollars.
Mais Oxfam a noté que la somme était "éclipsée" par les pertes causées, dans les cinq pays bénéficiaires, par les subventions américaines aux producteurs de coton.
Charveriat a souligné que "l'offre de l'ambassadeur Portman ne s'attaquera pas aux effets nuisibles des subventions américaines aux producteurs de coton. Des pays d'Afrique de l'ouest perdent jusqu'à 250 millions de dollars en recettes chaque année à cause du dumping du coton américain.. Ils ont besoin d'une véritable réforme commerciale".
"Nous sommes déçus", a-t-elle ajouté. "Les efforts d'amélioration du coton peuvent aider certains agriculteurs dans la région, mais ne créeront pas la situation équitable qu'ils recherchent pour tous".
Par ailleurs, la proposition des Etats-Unis couvre seulement cinq des 33 pays qui produisent le coton et sont affectés par les subventions américaines et le dumping.

