NAIROBI, 27 oct (IPS) – C'est une mesure qui, estiment certains, a créé "un désastre en attente". Toutefois, le gouvernement du Kenya refuse de revenir sur sa décision de déclasser Amboseli, un parc national de renommée internationale, au statut de réserve naturelle.
La décision a été mise à exécution plus tôt ce mois par le ministre du Tourisme, de la Faune et la Flore, Morris Dzoro, suite à un décret présidentiel — et a abouti au placement de Amboseli sous le contrôle d'une autorité locale, le Conseil régional de Ol Kejuado. Le parc était auparavant géré par le 'Kenya Wildlife Service' (KWS), l'autorité nationale de protection de la nature dans ce pays est-africain, qui avait pris la direction d'Amboseli en 1974.
Des écologistes inquiets font remarquer que les conseils locaux se sont révélés moins compétents pour gérer des réserves ailleurs — la célèbre Maasai Mara étant un exemple typique.
Autrefois un parc national, il a été confié au Conseil régional de Narok par le précédent gouvernement. La réserve devrait rapporter des recettes de plus de quatre millions de dollars par an; mais, on n'en a pas tiré grand-chose.
Les routes dans la Maasai Mara sont dans un état de délabrement, tandis que les camionnettes de visite sont autorisées à quitter le chemin à la recherche de la faune et de la flore, non maîtrisées — une pratique qui a occasionné d'énormes dégâts sur l'environnement.
Hors de la réserve, la situation n'est guère plus prometteuse, avec des niveaux élevés de pauvreté témoignant du fait qu'une grande partie des revenus du parc n'a pas atterri chez les communautés environnantes.
"Nous nous demandons de quel miracle le Conseil régional d'Ol Kejuado dispose…qui va administrer avantageusement le Parc national Amboseli…là où d'autres institutions du gouvernement local ont échoué — comme dans le cas de 27 autres réserves nationales, dont les bénéfices ne sont pas parvenus jusqu'aux communautés", déclare Odenda Lumumba, coordonnateur national de la 'Kenya Land Alliance'. Cette organisation chapeaute des groupes qui font pression pour une réforme agraire.
On craint que la nature fragile de l'écosystème d'Amboseli ne rende le parc beaucoup plus vulnérable à la gestion incompétente que la Maasai Mara.
Actuellement, Amboseli abrite des douzaines d'espèces animales, dont une population d'éléphants de plus de 1.300 — la plus grande dans le pays, à ce qu'on dit. Plus de 400 types d'oiseaux peuvent également être répertoriés dans la réserve.
Par ailleurs, on craint que le Conseil régional de Ol Kejuado ne soit pas à la hauteur de la tâche consistant à empêcher le braconnage à Amboseli.
Malgré ces arguments, le président Mwai Kibaki a déclaré la semaine dernière (21 octobre) que le changement de statut du parc était irréversible.
Le commentaire a été fait au cours d'une visite effectuée par des centaines de Maasai à la résidence du président, augmentant les craintes selon lesquelles la décision sur Amboseli était un stratagème pour recueillir des votes de leur groupe ethnique au cours du prochain référendum constitutionnel, prévu le 21 novembre.
Le projet de la nouvelle constitution du Kenya est lui-même un sujet de controverse, avec l'opposition — et même une section de la Coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir — demandant aux citoyens de voter contre cela. L'une des principales pommes de discorde concerne la modification par le parlement du document pour faire en sorte que des pouvoirs substantiels continuent d'être dévolus à la présidence.
Une précédente version du projet avait indiqué que plusieurs de ces pouvoirs devraient être affectés au poste de Premier ministre, nouvellement créé à cette fin.
Ceci reflétait les points de vue réunis par la 'Constitution of Kenya Review Commission', une institution qui a sillonné le pays en vue de jauger les opinions sur ce à quoi devrait ressembler une nouvelle constitution. La commission a rapporté que les Kényans voulaient voir les pouvoirs de la présidence réduits, probablement en réaction aux abus sous les anciens chefs d'Etat Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta.
Au cours de la visite à Kibaki, les membres de la communauté Maasai ont indiqué qu'ils voteraient pour la nouvelle constitution.
Les efforts faits par des écologistes pour contester la décision sur Amboseli sur des bases légales ont également été contrecarrés : plus tôt ce mois, les tribunaux ont refusé de prendre une ordonnance mettant fin à la tentative du gouvernement de changer le statut du parc.
Ceci en dépit du fait qu'aux termes de la loi, ni le président ni le ministre du Tourisme, de la Faune et de Flore n'a le pouvoir de changer le statut d'un parc national unilatéralement. Il faudrait que le parlement approuve la décision, tandis que le gouvernement est également supposé consulter le KWS sur la question.
Face à l'incertitude entourant l'Amboseli, le président du Conseil kényan en charge du tourisme, Jake Grieves-Cook, adopte un ton prudent.
"Nous espérons que le transfert de la gestion de Amboseli au Conseil régional de Ol Kejuado n'aura pas d'impact sur le tourisme", a-t-il dit à IPS. Actuellement, le parc est l'un des six les plus populaires parmi les 50 réserves naturelles du Kenya.
"Nous espérons que Amboseli sera géré d'une manière qui le rehaussera en tant qu'une réserve naturelle attirant des touristes. C'est l'un des principaux parcs dans le pays et sa gestion convenable est cruciale", a déclaré Grieves-Cook.

