MEDIAS-RDC: Une chaîne de télévision suspendue pour incitation au meurtre

KINSHASA, 31 oct (IPS) – Une chaîne privée "Radio Télévision Inter Viens et Vois" (RTIV), émettant à Lubumbashi, au Katanga, dans le sud-est du Congo, a été suspendue de diffusion pendant 15 jours, pour avoir diffusé le message d'un parti politique, présumé contraire à l'éthique.

La Haute autorité des médias (HAM), l'instance officielle de régulation des médias en République démocratique du Congo (RDC), a estimé que le message en question était de nature à "inciter la population à la sécession et à la violence intercommunautaire". Et la HAM a prononcé la suspension de la RTIV, le 22 octobre.

Au cours d'un meeting organisé, le 8 octobre, à l'occasion de l'inauguration, à Lubumbashi, du siège du parti incriminé, l'Union des nationalistes fédéralistes du Congo (UNAFEC), le président pour la section du Katanga, Juvénal Kitungwa, a appelé les militants "à brûler les politiciens qui viennent de Kinshasa pour se faire identifier et enrôler à Lubumbashi en vue de revenir prochainement pour voter au Katanga". RTIV a diffusé le meeting tel quel, en différé, mais sans aucun montage.

Ainsi, d'autres phrases malheureuses ont choqué beaucoup de téléspectateurs de Lubumbashi à qui la sécession de 1960 rappelle encore de souvenirs amers. "La sécession n'est pas une maladie. Même s'il faut prendre les armes comme l'avaient fait les gendarmes katangais, nous le ferons", avaient déclaré certains orateurs au meeting. Après son indépendance acquise de la Belgique le 30 juin 1960, le Congo a connu, dès le 11 juillet de la même année, une sécession de la province du Katanga — riche en minerais divers — encouragée et soutenue par des milieux de la haute finance belge. Les sécessionnistes ont alors créé rapidement une armée katangaise appelée "gendarmes katangais". La province du Katanga est connue, dans l'histoire politique de la RDC, pour s'être séparée du reste du pays pendant cette sécession dirigée à l'époque par Moïse Tshombé de 1960 à 1963.

La section de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) au Katanga a été la première à dénoncer la diffusion d'un tel discours sur un média locale qui, paradoxalement, a un statut confessionnel. RTIV appartient, en effet, à un pasteur protestant du nom de Lamba Lamba.

Elle arrive en seconde position en importance après la Radiotélévision nationale congolaise, la chaîne officielle. La Haute autorité des médias a, après examen du dossier, établi une faute professionnelle grave et a pris la sanction de suspension contre la RTIV.

Au cours d'une conférence de presse au sujet de l'incident, Modeste Mutinga, le président de la HAM a mis les journalistes en garde contre certains écrits où émissions contenant, consciemment ou inconsciemment, des propos susceptibles de soulever des foules et les amener à s'entretuer. Mutinga a évoqué la Radiotélévision libre des mille collines, au Rwanda qui, en 1994, avait appelé les populations hutu à tuer leurs frères de la communauté tutsi tout simplement parce qu'ils appartenaient au même groupe ethnique que les troupes du Front patriotique rwandais qui attaquaient le pays à partir de l'Ouganda depuis 1990. "Cela commence par une phrase subtilement glissée dans les propos d'un journaliste qui la diffuse naïvement", a-t-il ajouté.

Certains leaders politiques ressortissants de la province du Katanga semblent avoir gardé de la période de la sécession la nostalgie d'un bien-être social, et n'hésitent pas à se servir de ces images — que les jeunes Katangais d'aujourd'hui ne connaissent pas — pour leur promettre un eldorado dans un idyllique Katanga à nouveau séparé du pouvoir central de Kinshasa, la capitale congolaise, estiment des analystes. En juin dernier, des leaders politiques katangais dont André Tshombé, le fils de Moïse Tshombé, le président de l'ex-Etat du Katanga sécessionniste, avaient été interpellés par les services de sécurité et transférés temporairement à Kinshasa, pour avoir été accusés de velléités sécessionnistes. "De telles incitations à la sécession sont en fait des appels à la xénophobie, un refrain qui revient souvent en période électorale.

Malheureusement, les journalistes se laissent facilement influencer par les politiciens", explique à IPS, Gaudens Banza, président de l'organisation non gouvernementale de défense des droits des journalistes, Info Plus, basée à Kinshasa. En 1992, pendant les négociations politiques, dans le cadre de la conférence nationale souveraine, des milliers de ressortissants des provinces des deux Kasai (Kasai oriental et occidental) qui travaillaient dans des entreprises minières du Katanga, avaient été chassés sans ménagement de la province où ils étaient considérés comme des étrangers. L'instigateur de cette chasse à l'homme n'était autre que Kyungu wa Kumwanza, alors gouverneur de la province du Katanga. Le même Kumwanza est curieusement l'actuel vice-président national de l'UNAFEC, le parti qui est à la base de l'incident de RTIV.

A la MONUC, on prend très au sérieux ce dossier RTIV. Kamel Saïki, le directeur de l'information publique de la MONUC, a immédiatement rompu le contrat de collaboration qui liait l'institution onusienne à cette chaîne de télévision pour ses programmes de vulgarisation du processus électoral en RDC. "Nous ne pouvons pas cautionner des discours où des hommes sont traités de nom d'animaux ou d'insectes dans les médias congolais", a-t-il indiqué au cours d'un point de presse, le 26 octobre, à Kinshasa. Même les excuses publiques présentées par l'auteur du discours, Kitungwa, n'ont pas réussi à fléchir la position de la MONUC qui dit ne pas comprendre que le président de l'UNAFEC, Kisimba Ngoy, par ailleurs ministre de la Justice, ne se soit pas excusé et qu'il ait plutôt soutenu ses représentants au Katanga. "Il n'y a pas eu de discours de haine ni d'incitation à la violence. Le discours en question a été livré en swahili mais mal traduit par les représentants de la MONUC au Katanga", a déclaré Ngoy, à Kinshasa. La Haute autorité des médias a été créée, en 2003, à l'issue du dialogue inter-congolais à Sun City, en Afrique du Sud, afin de réguler les médias congolais et de veiller au professionnalisme des hommes des médias dans le traitement de l'information. En cette période électorale, la HAM veille à l'accès de tous les partis politiques aux médias publics. Ce qui ne manque pas souvent de créer un conflit de compétence avec le ministère de l'Information qui se dit dépouillé de toutes ses prérogatives au bénéfice de la Haute autorité des médias.