ECONOMIE-KENYA: Le secteur informel est périlleux pour plusieurs

NAIROBI, 27 oct (IPS) – Face à la perspective de la perte de son poste de secrétaire pour cause de compressions dans le secteur public du Kenya il y a une décennie, Margaret Nabwire a opté pour une retraite anticipée, et la compensation pour la perte d'emploi qui s'ensuivait.

Sa prochaine démarche a consisté à payer un ticket d'avion pour Mumbai, en Inde, où elle a acheté des vêtements et des tissus d'ameublement de maison à vendre sur le marché informel dans la capitale kényane, Nairobi.

"Les tous premiers voyages étaient très bons et je me suis fait un peu d'argent, déclare Nabwire. "Mais les compressions signifiaient que très vite, il y avait un grand nombre de gens parmi nous qui s'envoleraient vers Mumbai, Dubai et Hong Kong pour rapporter des choses".

Incapable de supporter cette compétition féroce, elle a abandonné l'affaire après deux ans et est partie à la recherche d'un emploi — son expérience, un récit édifiant sur les embûches auxquelles peuvent être confrontés ceux qui tentent de gagner leur vie dans le secteur informel. Christi van der Westhuizen, une chercheuse principale à l'Institut pour le dialogue mondial (IGD) en Afrique du Sud, affirme que le développement de ce secteur est lié à la globalisation, qui a fait que plusieurs personnes se bousculent pour joindre les deux bouts.

"Cela attire l'attention sur les stratégies de subsistance employées par les pauvres pour faire face aux chocs de la globalisation", a-t-elle dit à IPS. "Ceci est évident dans une bonne partie de l'Afrique où des flux commerciaux non déclarés sont élevés, comme le témoigne le commerce transfrontalier". (L'IGD, basé dans la capitale économique Johannesburg, est une organisation non gouvernementale qui surveille le changement de l'environnement global et la manière dont ceci affecte l'Afrique du Sud).

Dans la dernière des séries biennales de rapports examinant l'égalité de genre, le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) note également que le secteur informel, non régulé était en expansion.

'Progrès des femmes du monde en 2005 : Femmes, travail et Pauvreté' estime que ceux qui gagnent leur vie dans le secteur informel doivent souvent renoncer aux avantages associés au fait de travailler de façon formelle et d'être légalement reconnu par l'Etat, et en particulier à la couverture médicale.

Alors que les femmes comme Nabwire constituent "une part relativement petite" des personnes employées de façon informelle dans certaines nations en développement, le secteur a tendance à leur offrir plus d'opportunités d'emplois que les entreprises formelles, indique le rapport.

"Dans les pays en développement, plus de 60 pour cent des femmes travailleuses sont dans le secteur informel en dehors de l'agriculture — beaucoup plus si l'agriculture est incluse", souligne le rapport.

"L'exception est l'Afrique du nord, où 43 pour cent des femmes travailleuses, et un pourcentage un peu plus élevé d'hommes travailleurs, sont employés dans l'informel".

Par ailleurs, on peut trouver des femmes travailleuses dans les types d'emploi informel les plus précaires, où les bénéfices sont les plus maigres et, pour la plupart, incertains.

Pour leur part, les autorités kényanes estiment que le commerce informel a la possibilité de promouvoir le développement économique, mais reconnaissent que les vendeurs sont confrontés à plusieurs obstacles.

"Le manque de compétences entreprenariales joue en leur défaveur, et la compétition dans un environnement libéralisé vient avec certains coûts", a fait remarquer une source à la direction chargée des affaires de genre au ministère du Commerce. Parmi les obstacles, se trouvent les difficultés pour trouver un capital de départ et la satisfaction des exigences légales pour leurs entreprises, a indiqué la source, ajoutant que les entrepreneurs pourraient également lutter pour accéder aux marchés.

Ces points sont repris en écho dans le rapport de l'UNIFEM, qui souligne que les entreprises formelles ont plus de chances d'accéder aux ressources financières et à l'information sur le marché, et de pouvoir s'assurer des contrats commerciaux écrits et exécutoires.

La direction chargée des affaires de genre offre des services de conseils sur les questions commerciales et met des hommes d'affaires en contact avec d'autres services de développement commercial et des centres de promotion de l'investissement.

Toutefois, les responsables affirment que l'évasion fiscale pratiquée par les commerçants informels est en train de saper les efforts faits par le gouvernement pour les aider. "Ceci signifie que le gouvernement est limité dans la fourniture d'un environnement d'habilitation pour les entrepreneurs", a déclaré la source du ministère du Commerce.

Malgré ces difficultés, il y a toujours ceux qui sont prêts à suivre les traces de Nabwire, résolus à réussir là où elle a échoué.

Prenez l'exemple de la jeune femme derrière le comptoir d'une boutique à la jonction de la Rue Kimathi et de la Rue Tubman dans le centre de Nairobi, qui arque ses sourcils avec impatience au moment où elle sert un client qui veut acheter une carte de recharge pour son téléphone portable. L'argent change de main et il s'en va, se fondant rapidement dans la masse écrasante de piétons, à l'heure de déjeuner.

La vendeuse, qui n'a pas voulu donner son nom, jette un regard envieux sur les étalages pleins à craquer de vêtements, de chaussures et d'autres produits importés, et déclare : "Je me donne une année encore dans cette affaire, ensuite je veux devenir un grossiste et un distributeur".

"Regardez cette véritable potentialité là-bas! J'ai juste besoin de comprendre comment les amener à acheter mes articles".