KINSHASA, 5 jan (IPS) – Le président Joseph Kabila a choisi Kisangani pour publier la composition du nouveau gouvernement, après avoir effectué, début-janvier, un remaniement qui consacre le départ définitif des six ministres congolais accusés de malversations financières et de corruption.
Il y a, en définitive, très peu de changement dans ce nouveau gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), rendu public mardi par un communiqué de la présidence. Six ministres entrent au gouvernement en remplacement des six anciens accusés de détournement de deniers publics dans la précédente équipe. La nouvelle équipe comprend 35 ministres au lieu de 36, José Endundo Bonongue, l'ancien ministre des Travaux publics, issu du MLC (Mouvement congolais de libération), n'ayant pas été remplacé par sa propre composante. Il n'a pas non plus été reconduit dans ses fonctions. L'équipe compte également 23 vice-ministres. Le nombre de femmes nommées aux postes ministériels reste toujours fixé à quatre, avec le départ, du ministère de la Santé, d'Anastasie Moleko Moliwa, remplacée par un homme, Emile Bongeli. Une nouvelle dame prend la tête du ministère du Commerce extérieur, en la personne de Chantal Ngalula Mulumba, qui se retrouve à la place de Roger Lumbala, accusé de malversations financières. Le bouillant ministre des Transports et Communications, Joseph Olengankoy, également limogé pour détournement de deniers publics, a été remplacé par Eva Mwakasa. On note également un changement important à la tête du ministère de la Défense nationale où le général-major Jean-Pierre Ondekane cède sa place à Alphonse Onusumba, ex-président du RCD-Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie. Le communiqué de la présidence insiste sur le fait que "tout ministre, dont le nom n'est pas cité sur la liste, est considéré comme ne faisant pas partie du gouvernement", une allusion au MLC de Jean-Pierre Bemba qui, apparemment, n'a pas voulu remplacer Bononge limogé du ministère des Travaux publics.
Le 26 novembre dernier, six ministres congolais avaient été suspendus du gouvernement à la suite de fortes présomptions de malversations financières à leur encontre. Les présomptions ont été confirmées par une commission d'enquête parlementaire qui a effectué un audit dans les cabinets de tous les membres du gouvernement. L'audit, qui avait commencé, en fait, dans les sociétés d'Etat, avait révélé que bon nombre de ministres se servaient indûment dans les caisses des entreprises dont ils assuraient la tutelle. Ce qui a conduit les enquêteurs à mener des investigations dans les cabinets des ministres. Et c'est le rapport de la commission d'enquête parlementaire qui a conduit à la suspension et au limogeage définitif de six ministres accusés. Le gouvernement n'exclut pas de poursuivre encore ces ministres en justice, selon certaines sources à Kinshasa, la capitale de la RDC.
Le présent remaniement était très attendu par les Congolais parce qu'il devait confirmer la détermination des différentes structures de l'Etat à lutter contre la corruption et l'impunité. "Il était temps que l'on mette fin à ce suspens inutile", a déclaré à IPS, le député Richard Yogo. "La commission Bakandeja (du nom de son président), qui a réalisé l'audit dans les ministères et les entreprises de l'Etat, a fait du bon travail. Les ministres et autres hauts fonctionnaires de l'Etat vont tirer les leçons pour eux-mêmes".
D'une manière générale, les Congolais disent n'avoir jamais eu confiance dans aucun des membres du gouvernement à cause de la manière dont ils ont été désignés pour leur nomination au gouvernement – par leurs composantes respectives. Pour les citoyens congolais, les ministres actuels, issus des différentes rébellions, ne sont que le résultat des négociations politiques d'après-guerre. "La plupart sont des aventuriers qui ne sont au gouvernement que parce qu'ils ont pris les armes", s'insurge Alain Maha, un fonctionnaire résidant à Kinshasa. "A ce titre, ils ne représentent qu'eux-mêmes et, à la limite, leurs propres composantes. Le poste qu'ils occupent est le salaire de leur participation à la rébellion". La conférence épiscopale du Congo, par le truchement de son président, Mgr Laurent Monsengwo, en avait également appelé à la constitution d'un nouveau gouvernement devant mener le peuple congolais aux élections. "La nation est en danger, on ne peut pas rester avec un gouvernement incomplet et prétendre aller aux élections", avait-il déclaré, le 21 décembre.
L'autre leçon à tirer du remaniement ministériel actuel est la conséquence des nombreux soubresauts qui secouent l'ex-mouvement rebelle RCD-Goma, aujourd'hui devenu parti politique. Azarias Ruberwa, vice-président de la République, en charge de la Défense et de la Sécurité, et président du RCD, a profité de la crise gouvernementale pour se débarrasser des ministres qui n'obéissaient plus à la philosophie du parti. Depuis l'affaire du massacre de Gatumba, au Burundi, en août dernier, le RCD, qui est fortement à coloration tutsi, est divisé entre, d'une part, les partisans des thèses tutsi, lesquels sont très proches de Kigali, et, d'autre part, ceux qui estiment que la rébellion étant terminée, seules devraient compter la réunification politique de la RDC et la restauration de l'intégrité territoriale, mise à mal à la frontière entre le Rwanda et le Congo. Certaines figures politiques du RCD, comme le général-major Ondekane, précédemment ministre de la Défense nationale, paient pour ne s'être pas rendus à Goma lorsque le RCD avait organisé un deuil en mémoire des victimes des massacres de Gatumba, à la mi-août. Alors qu'il se trouvait déjà dans le collimateur des durs du RCD, Ondekane, au plus fort des affrontements de Kanyabayonga, en décembre, dans le Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, avait ouvertement condamné l'insurrection des militaires rwandophones. Il avait notamment déclaré : "On ne doit pas se plier aux humeurs d'un quelconque groupe ethnique proche du Rwanda, qui ne comprend rien à la question de l'intégrité physique du pays". C'était son péché mortel au RCD, selon des analystes à Kinshasa.

