NAIROBI, 4 jan (IPS) – Au moment où 2004 s'achevait au Kenya, le paysage politique du pays est resté inchangé au moins d'un point de vue capital : une nouvelle constitution est plus que jamais difficile à obtenir. Alors que le président Mwai Kibaki est venu au pouvoir en décembre 2002 en promettant qu'une nouvelle constitution serait en place en moins de 100 jours, rien de ce genre n'est arrivé.
Un deuxième délai, le 30 juin 2003, est également passé inaperçu – comme l'ont été d'autres.
Maintenant, des groupes de la société civile, qui ont passé 2004 à critiquer l'incapacité du gouvernement à produire le document révisé, se préparent pour une nouvelle bataille en 2005.
"L'année 2005 verra probablement plus de confrontation entre la société civile et le gouvernement sur la livraison d'une nouvelle constitution avant la fin de l'année. Les Kényans en ont assez qu'on leur fasse de fausses promesses…Ce que nous voulons, c'est d'obliger le gouvernement à nous donner une nouvelle constitution immédiatement", a déclaré à IPS, Kepta Ombati, directeur du 'National Convention Executive Council'. Le conseil est une agence de coordination pour les organisations qui font pression pour obtenir une réforme constitutionnelle.
Au cœur du retard, se trouve une lutte pour le pouvoir entre deux partis au sein de la Coalition nationale arc-en-ciel (NARC) au pouvoir : le 'Liberal Democratic Party' (LDP) et le 'National Alliance Party of Kenya' (NAK).
Ces groupes sont en désaccord sur l'un des plus importants amendements proposés par la Commission de révision de la constitution du Kenya, notamment la création d'un poste de Premier ministre, et la modification de certains pouvoirs présidentiels au profit de ce poste. Conformément à la constitution actuelle, rédigée avant l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963, le chef de l'Etat jouit d'énormes pouvoirs qui, selon certains, ont été sujets à des abus.
Nommée en 2000, la commission a sondé les Kényans à travers le pays en vue de découvrir la forme qu'ils voulaient que leur nouvelle constitution prenne.
Elle a, par la suite, publié un projet de constitution en septembre 2002; ce document a été soumis à une Conférence nationale sur la constitution (NCC) pour être débattu.
Plus de 600 délégués du parlement, des organisations religieuses et non-gouvernementales ont pris part à la NCC, qui a commencé à travailler en 2003 dans un endroit appelé 'Bomas of Kenya' à la périphérie de la capitale – Nairobi.
Alors que la conférence a officiellement adopté le projet de constitution plus tôt cette année, la NAK s'est bruyamment opposée à la réduction des pouvoirs présidentiels.
Le LDP, sous la direction du ministre des Routes et des Travaux publics, Raila Odinga, soutient l'amendement. Des rumeurs avaient couru selon lesquelles Kibaki avait promis le poste de Premier ministre à Odinga, en échange de son soutien à la NARC dans les élections de 2002.
"Nous nous organisons pour retirer le manteau aux politiciens qui ont conduit le processus de la révision constitutionnelle dans un gouffre parce qu'ils sont intéressés par la protection de leurs intérêts", affirme Ombati, ajoutant que "la constitution…concerne la reconstruction de cette nation, et ne peut pas être laissée aux politiciens seuls".
La loi kényane permettait au départ que le projet de loi soit adopté ou rejeté dans sa totalité par le parlement, qui n'avait pas le pouvoir d'apporter une quelconque modification à la constitution révisée.
Plus tôt cette année, des parlementaires opposés à la réduction des pouvoirs présidentiels ont proposé deux projets de loi qui cherchaient à donner au parlement le droit d'amender des parties du projet de constitution, soulevant des préoccupations selon lesquelles tout le processus de révision de la constitution serait sapé.
Ces projets de loi ont plus tard été retirés sous la pression de la société civile. Toutefois, le 'Bill Consensus' (Projet de loi sur le consensus) – voté le mois dernier – permet au parlement de modifier le projet de constitution avec une majorité parlementaire simple. Des activistes des droits de l'Homme disent que ceci a laissé la nouvelle constitution ouverte à la manipulation et à des fins politiques.
Le gouvernement a également annoncé qu'un référendum national sur le projet final de la constitution proposée sera organisé en octobre 2005.
"Les efforts du gouvernement en vue de l'amélioration du bien-être des Kényans ont été inutilement distraits par le processus de révision et nous aimerions mettre fin à cela afin de nous concentrer sur ce pour quoi nous avons été élus : améliorer la vie des Kényans", a déclaré le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, Kiraitu Murungi, dans une publicité d'une page entière parue dans un quotidien local le 24 décembre.
Des activistes disent qu'ils ne permettront pas au gouvernement de faire adopter une version de la constitution qui ne reflète pas les points de vue des Kényans.
"Nous allons bientôt nous lancer dans une campagne nationale pour organiser l'éducation civique, en utilisant tous les médias disponibles – y compris la télévision, la radio, les journaux (et) les réunions communautaires… Il est important que les gens choisissent en connaissance de cause lorsqu'ils votent", indique Ombati.
Ses propos ont été repris par Leslie Mwachiro, président de Bomas Katiba Watch : un groupe constitué de délégués à la NCC qui fait pression pour que le projet de document original soit adopté.
Mwachiro a promis une "action de masse" cette année en soutien aux exigences de Katiba Watch, estimant "qu'il revient aux Kényans de décider de quand ils veulent une nouvelle constitution et non pas à quelques individus au sein du gouvernement".

