JOHANNESBURG, 20 oct (IPS) – Un tribunal très connu en Afrique du Sud est en train de mettre fermement le vice-président sous les projecteurs -même s'il n'est pas celui qui est jugé.
Il n'y a rien d'inhabituel à ce qu'un homme d'affaires comparaisse devant un tribunal en Afrique du Sud. Cela arrive tout le temps.
Mais Schabir Shaik – actuellement jugé pour deux chefs d'accusation, corruption et fraude, entre autres – n'est pas un entrepreneur ordinaire. Il est le conseiller financier du vice-président sud-africain, Jacob Zuma, qui est accusé d'avoir accepté des paiements de plus de 180.000 dollars de Shaik en échange de la promotion des intérêts commerciaux de ce dernier.
Bien que Zuma ne soit pas dans le box des accusés avec son conseiller, son avenir politique serait, selon certains, étroitement lié à l'issue du procès, qui a commencé le lundi, 18 octobre, dans la ville portuaire de Durban.
Le procès est également perçu comme un test décisif de la capacité des institutions sud-africaines chargées de l'application des lois à réprimer la corruption – même lorsque cela s'étend jusqu'aux plus hautes sphères du gouvernement. En fait, le procès de Shaik a été qualifié de "plus important procès" à se dérouler en Afrique du Sud de l'après-apartheid.
Les relations entre Shaik et Zuma, qui durent depuis environ deux décennies, se sont développées pendant que les deux étaient impliqués dans la lutte pour mettre fin à la ségrégation raciale en Afrique du Sud.
Après la fin de l'apartheid en 1994, Zuma a été nommé ministre provincial des Affaires économiques et du Tourisme dans le KwaZulu-Natal, la région sud-est du pays. Vers 1995, il a connu de sérieuses difficultés financières.
Shaik affirme que les paiements de plus de 180.000 dollars que ses entreprises et lui-même ont faits par la suite à Zuma n'étaient rien de plus qu'un geste d'amitié.
Toutefois, le procureur de la République, Billy Downer, allègue que le holdings de Shaik, le 'Nkobi group of companies', pouvait difficilement se permettre de faire des paiements à Zuma et que ces transferts équivalaient à des pots-de-vin en échange de parrainage politique.
Le jeudi, 14 octobre, le premier de plus de la centaine de personnes à être citées comme témoins par le ministère public a fait remarquer que Shaik s'était souvent vanté de sa "connexion politique" avec Zuma dans des rencontres avec de probables partenaires commerciaux.
Themba Sono, qui est devenu directeur exécutif de ‘Nkobi holdings' en 1996, a démissionné plus tard de son poste. Il a dit à la cour que c'était le résultat d'un comportement "grossier et autocratique" de la Part de Shaik.
L'Etat allègue par ailleurs que le paiement de plus 180.000 dollars était illégalement passé en pertes et profits par Nkobi.
En outre, Shaik a été impliqué dans un projet de près de 80.000 dollars devant être payés par an à Zuma par le fabricant d'armes français Thomson-CSF, maintenant dénommé Thalès. Downer affirme que c'était un pot-de-vin pour obtenir l'appui de Zuma pour Thomson-CSF dans le processus de soumissions en vue d'une acquisition d'armements de plusieurs milliards de dollars en Afrique du Sud.
Thomson a finalement obtenu le marché de la vente de quatre bateaux à la marine sud-africaine.
Le soi-disant pot-de-vin offert par la compagnie était apparemment destiné à acheter également la protection de Zuma pour la firme durant une enquête ultérieure sur le contrat d'armes.
Tandis que Shaik a plaidé non coupable pour ces accusations, Zuma a également nié avoir commis une quelconque faute – et il semble qu'il soit en train de recevoir du soutien d'un certain nombre de groupes clés intéressés par la question.
A la fin d'un conseil hebdomadaire des ministres le 6 octobre, le porte-parole principal du gouvernement, Joel Netshitenzhe, a demandé aux journalistes de ne pas "mettre en doute l'intégrité de (Zuma) sur la base d'allégations non prouvées dans une cour de justice".
Selon Norman Mlambo de ‘Africa Institute' d'Afrique du Sud basé à Pretoria, "le fait que tout le cabinet ait décidé de soutenir le vice-président Zuma n'est pas une simple déclaration. Cela indique le soutien du gouvernement pour Zuma".
Le Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU), fort de 1,5 million de membres, a également accusé les ‘'Scorpions" d'être derrière des divulgations inopportunes d'informations aux médias à propos de Zuma. Les "Scorpions" sont les enquêteurs qui ont aidé à préparer le procès contre Shaik, et ont enquêté sur les actions de Zuma.
Le COSATU allègue que des motivations politiques peuvent être à la base de ces communications de renseignements. "Il semble que les fuites aient à voir avec une nouvelle spéculation à propos de celui qui succédera au président Thabo Mbeki à la conférence nationale de l'ANC (Congrès national africain au pouvoir), en 2007", a indiqué l'organisation dans une déclaration le 7 octobre.
Cependant, Sheila Camerer de l'Alliance démocratique (DA), un parti de l'opposition, a noté que "l'impression selon laquelle ce procès a tout à voir avec la politique et avec celui qui succédera au président Mbeki, devrait être dissipée".
Dans une déclaration rendue publique le 4 octobre, la porte-parole de la DA pour les questions judiciaires a ajouté que le refus continuel des responsables de poursuivre Zuma en même temps que Shaik devenait "de plus en plus curieux".
Tandis que le procureur général a dit qu'il y avait, pour ce qui concerne Zuma, un commencement de preuve de faute, il a refusé d'approfondir la question au tribunal, affirmant que les arguments contre lui n'étaient pas assez solides.
Etant donné que le procès de Shaik est en train de recevoir une couverture complète en Afrique du Sud, il peut également être suivi avec intérêt ailleurs sur le continent – où des suspects de corruption très influents sont rarement forcés à rendre des comptes.
L'issue du procès à Durban est également importante pour le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un plan pour attirer 'investissement étranger sur le continent, en échange d'une bonne gouvernance.
Mbeki est l'un des moteurs du NEPAD, qui cherche à mobiliser 64 milliards de dollars par an pour aider l'Afrique à mettre à niveau ses écoles, ses routes, ses chemins de fer et toute autre chose du genre.
S'il devait avoir comme successeur en 2009 un vice-président dont la réputation est ternie, certains pourraient dire que les chances du NEPAD seraient amoindries. Mlambo n'est toutefois pas de cet avis.
"Si Shaik coule, moi, personnellement, je ne pense pas que cela affecte le vice-président", affirme-t-il. "Ce sont deux personnes différentes".

