BRUXELLES, 22 oct (IPS) – Des groupes de la société civile africaine et européenne demandent aux citoyens européens de faire pression sur leurs gouvernements afin qu'ils mettent fin aux accords commerciaux régionaux entre l'Union européenne et les pays en développement.
Un groupe d'organisations non gouvernementales (ONG) influentes, y compris Traidcraft – organisation de foires commerciales – a lancé une campagne 'Halte aux APE' le 15 octobre au Forum social européen (FSE) à Londres pour faire pression sur les Etats membres de l'Union européenne (UE) afin qu'ils rejettent les Accords de partenariats économiques (APE).
La campagne est soutenue par quelque 120 organisations venant des quatre coins d'Europe et d'Afrique, au nombre desquelles Action Aid, Christian Aid, CAFOD, Action for Southern Africa et Oxfam International. Les APE sont des accords commerciaux réciproques qui entrent dans l'accord de Cotonou signé en juin 2000 au Bénin, un pays d'Afrique de l'ouest, entre l'UE et 77 pays des régions d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
L'accord de Cotonou devait marquer une nouvelle ère dans la coopération entre les pays du Nord et ceux du Sud.
Les négociations devraient s'achever d'ici à décembre 2007, et les APE seront mis en œuvre entre 2008 et 2020.
L'UE dit que les APE intégreront les Etats ACP dans l'économie mondiale, favoriseront un développement durable et contribueront à l'éradication de la pauvreté.
Mais Traidcraft et d'autres ONG estiment qu'une telle libéralisation menacera 750 millions d'habitants les plus pauvres de la planète parce que la libéralisation du marché obligera des entreprises locales à entrer en concurrence avec des biens et services européens subventionnés.
La campagne 'Halte aux APE' affirme spécifiquement que les pays ACP souffriront injustement sous les APE puisque les pays pauvres ne recevront pas un "traitement spécial" et ne seront pas dispensés d'ouvrir leurs économies autant que les pays riches.
Elle ajoute que les accords imposeront, par des moyens détournés, de nouveaux points controversés comme les soi-disant "questions de Singapour' sur l'investissement, la transparence dans les achats des gouvernements, la politique de concurrence et la facilitation du commerce. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a rejeté ces questions dans le Round de Doha sur le développement.
En plus de cela, Traidcraft dit que les pays ACP recevront également moins d'argent des taxes commerciales sur les produits européens et auront moins à dépenser sur la santé et l'éducation.
L'ONG attire l'attention sur les estimations selon lesquelles, aux termes des APE, 25 pour cent seulement des industries ghanéennes survivront et qu'il faudrait 15 années pour restructurer l'industrie jamaïcaine du sucre.
"L'accent mis sur la libéralisation des négociations des APE prouve qu'ils concernent l'expansion de l'accès de l'Europe aux marchés des ACP, plutôt que le développement des pays ACP. A moins que la direction des négociations ne change de façon spectaculaire, les APE conduiront à un chômage plus profond, à la perte de gagne-pains, à l'insécurité alimentaire et à l'inégalité sociale dans les pays ACP", a dit dans une déclaration Liz Dodd, conseillère en politique commerciale de Traidcraft.
Des groupes de la société civile espèrent maintenant que la campagne Halte aux APE retiendra l'attention du public afin qu'il fasse pression sur leurs gouvernements pour interrompre les accords commerciaux.
"Nous essayons d'augmenter la prise de conscience et de mener une action politique à travers la campagne afin de vulgariser autant que possible les questions", a indiqué Dodd à IPS le mardi, 19 octobre.
Dodd qui est à Bruxelles avec des membres d'ONG africaines pour débattre de leurs préoccupations avec des décideurs politiques à la Commission européenne et au Parlement européen, dit que la campagne vise à engager des mouvements sociaux dans tous les 25 Etats membres de l'UE.
"Nous voulons atteindre d'autres ONG, syndicats, groupes d'étudiants et groupes de femmes pour qu'ils mettent la pression sur leurs gouvernements en vue d'agir sur les APE", a-t-elle déclaré.
"Pendant trop longtemps, les gens se sont concentrés sur la campagne contre l'Organisation mondiale du commerce, les APE se sont alors glissés par des moyens détournés", a-t-elle expliqué. "Mais ils peuvent se révéler plus préjudiciables que certaines des politiques de l'OMC".
La région pacifique — la dernière des six régions à s'impliquer dans les accords — a commencé ses négociations régionales avec le bloc le mois dernier, mais Dodd insiste pour dire que ce n'est pas trop tard pour prendre des mesures.
"Je pense que le problème que nous avons eu par le passé est que nous faisions pression sur la Commission européenne pour qu'elle apporte des changements aux APE. Maintenant, nous savons ce qu'ils sont et nous voulons cibler des Etats membres afin qu'ils puissent agir également. Il y a toujours la possibilité de chercher des alternatives aux APE", a-t-elle déclaré.
La campagne est en train de faire une série de requêtes équivoques à l'UE et demande au bloc de mettre fin à la "direction actuelle" des négociations, de supprimer la demande d'ouverture commerciale réciproque et les nouvelles questions de son mandat de négociation, d'accorder "l'espace politique nécessaire" pour les pays ACP afin qu'ils mènent leurs propres stratégies de développement".
Elle veut également que l'UE "travaille instamment" pour changer les règles de l'OMC et "enquêter sur les alternatives qui permettent aux pays ACP d'être plus aisés et non plus pauvres, comme cela a été promis dans l'Accord de Cotonou".
Selon Nancy Kachingwe de 'Africa Trade Network' (Réseau pour le commerce africain), un membre clé de la Campagne Halte aux APE, les accords régionaux sont "complètement en contradiction" avec l'objectif d'éradication de la pauvreté, de développement économique et de droits sociaux fondamentaux.
"Les gouvernements doivent retourner à la case départ et travailler sur un régime commercial qui réponde directement aux besoins des pays en développement, plutôt qu'aux impératifs de l'OMC ou au programme commercial de l'UE", a-t-elle indiqué.

