/REPETITION CORRIGEE/POLITIQUE-RD CONGO: La crise de Bukavu a fait 117morts en une semaine

GOMA, RD Congo, 11 juin (IPS) – La crise de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), s'achève peu à peu, mais sur un bilan très lourd : 117 morts dont 15 Banyamulenge, en une semaine, selon des sources officielles dans la ville.

Bukavu panse ses plaies pendant que des questions demeurent sans réponses.

Un sentiment mitigé de retour à la légalité et de méfiance règne dans la ville, avec le départ des troupes insurgées qui l'avaient investie depuis le 2 juin. Le colonel Jules Mutebusi, chef des soldats insurgés, a traversé la frontière pour se réfugier au Rwanda voisin tandis que le général Laurent Nkunda et ses troupes regagnent progressivement la ville de Goma, située plus au nord, dont ils étaient partis pour une opération punitive contre le général Mbuza Mabe, le commandant de la 10ème région militaire, accusé de massacrer les populations banyamulenge. Le général Mabe a repris ses quartiers à Bukavu sous les ovations de la population ravie de retrouver la paix et la quiétude après deux semaines d'affrontements armés dans et autour de leur ville. Jules Mambo, le contact de IPS à Bukavu, est inconsolable : "Nous avons vécu bien des crises du même genre ici à Bukavu, mais celle-ci aura été la plus meurtrière et la plus dévastatrice de toutes", a-t-il confié à IPS au téléphone. "Non seulement il y a eu beaucoup de morts, beaucoup de blessés et de disparus en un laps de temps, mais encore, beaucoup de magasins ont été éventrés et le charroi automobile emporté". Le général Mabe a fait une rentrée triomphale dans la ville de Bukavu, mercredi (9 juin), à la tête des troupes loyalistes. Il n'y a pas eu d'engagements de troupes, les insurgés ayant déjà quitté la ville. C'est le résultat d'une grande action diplomatique onusienne et le retour en grâce de la Mission d'observation des Nations Unies (MONUC) après des accès de colère qu'elle a subis de la part de la population congolaise, en particulier des milieux estudiantins.

Dès son entrée dans la ville, le général Mabe a tenu à rassurer toute la population de Bukavu qu'il n'est pas le monstre et le génocidaire que les insurgés montraient en épouvantail : "Chacun de vous peut rester tranquille à son domicile comme dans ses activités", a-t-il dit dans un message radiodiffusé. "Je ne suis pas génocidaire ni protecteur d'une partie de la population contre une autre". La raison officielle annoncée, à l'origine des événements de Bukavu, est que le général Mabe aurait déclenché des opérations d'extermination des populations banyamulenge habitant la ville, accusation qui avait été démentie par la communauté banyamulenge elle-même. Cependant, la fin de la crise ne semble pas signifier le retour à la paix à Bukavu comme dans le reste de la province du Sud-Kivu. Interviewée par Radio-Okapi, la radio de la MONUC, Martine Kaj, une vendeuse au marché de Nyawera, le plus grand de Bukavu, craint que le départ des troupes de Mutebusi au Rwanda ne soit qu'une ruse : "Nous connaissons les Banyamulenge et nous savons qu'ils partent pour mieux revenir". Mutebusi et ses hommes ont traversé une frontière rwandaise supposée fermée. Ce qui ne manque pas de poser quelques questions, notamment sur la neutralité du Rwanda dans la crise. A Bukavu, presque tout le monde est convaincu de l'implication du Rwanda dans les événements qui ont endeuillé la ville. Ruhana Mirindi, activiste de Héritiers de justice, une organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme œuvrant à Bukavu, est même convaincu que l'objectif premier du coup de force sur la ville était de "déstabiliser ou d'arrêter le fragile processus de paix en cours en RDC et de proclamer une sécession des deux Kivu, celui du nord et celui du sud, avec l'intention de les annexer au Rwanda".

La seconde question qui se pose est de savoir le sort qui va être réservé aux deux officiers mutins. Si au Rwanda, le colonel Mutebusi n'a rien à craindre des autorités rwandaises, le général Nkunda qui, en principe, se trouve encore en RDC, devrait répondre de ses actes devant la justice, selon les observateurs à Bukavu. Mais les mêmes observateurs se demandent comment, dans la mesure où "il semble bénéficier de fortes complaisances" de la part des autorités civiles et militaires de Goma, la capitale du Nord-Kivu, Nkunda pourra être déféré devant la justice. Aujourd'hui, Goma, le fief du RCD, est toujours coupé du gouvernement central de Kinshasa, la capitale congolaise.

Toutefois, Vital Kamerhe, ministre congolais de l'Information, estime que la question ne se discute pas : "Les responsables des mutins de Bukavu devront répondre de leurs actes". A une question des journalistes de Goma sur ce sujet, Eugène Serufuli, gouverneur de la province du Nord-Kivu, a préféré garder le silence, déclarant que "le problème étant strictement militaire, il n'avait rien à dire". Quant aux hommes de troupes du général Nkunda, ils ont regagné Goma et leurs fonctions initiales, en toute impunité. Un communiqué de l'état-major général des Forces armées congolaises leur demande tout simplement de regagner leurs fonctions respectives.

Le jeudi (10 juin), le ministre congolais de l'Intérieur, Théophile Mbemba, s'est rendu à Bukavu pour installer le nouveau gouverneur désigné pour la province du Sud-Kivu, Augustin Bulaimu. A Kinshasa, les événements de Bukavu et la question des Banyamulenge font l'objet de beaucoup de débats. Azarias Ruberwa, l'un des quatre vice-présidents de la transition et président du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), le parti dont sont issus les officiers mutins Nkunda et Mutebusi, est particulièrement pris à partie par d'autres formations politiques. Il est reproché à Ruberwa de s'être beaucoup plus conduit en président des Banyamulenge qu'en vice-président de la RDC. Le gouvernement lui-même est accusé d'être responsable de ce qui est arrivé à Bukavu à cause de sa lenteur dans la mise en œuvre du programme de la réunification et la réintégration de l'armée congolaise.