CORRUPTION-ZAMBIE: ''Des suspects commencent à paraître comme des victimes''

LUSAKA, 12 juin (IPS) – Ce mois marque le deuxième anniversaire d'un groupe de travail sur la corruption créé par le président zambien Levy Mwanawasa pour enquêter sur les irrégularités présumées de son prédécesseur, Frederick Chiluba.

Toutefois, les chances que l'ancien président soit reconnu coupable d'une quelconque charge semble de plus en plus faibles.

L'ancien chef des services de renseignements de Chiluba, Xavier Chungu, l'ancien ambassadeur Attan Shasongo et d'autres hauts fonctionnaires ont également été accusés de malversations, comme le vol dans les caisses de l'Etat.

A ce jour, le groupe de travail a pu obtenir la condamnation d'un des anciens conseillers à la presse de Chiluba, Richard Sakala, un journaliste impopulaire qui a été condamné à cinq ans d'emprisonnement pour vol et abus de pouvoir.

Mais, comme l'affaire Sakala n'est pas liée aux accusations contre Chiluba, sa condamnation a simplement conforté la croyance selon laquelle le groupe de travail est inerte – et qu'il ne pourra pas obliger de hautes autorités à rendre des comptes. Les anciens ministres Katele Kalumba et Michael Sata ont déjà été tirés d'affaires parce que le tribunal a jugé qu'il n'y avait pas assez de preuve pour les poursuivre.

Le groupe de travail comprend des représentants de la Commission anti-corruption, la Commission de répression de la drogue, du service de renseignement de l'Etat et de la police. Mais, ce dispositif n'impressionne pas Dean Mungomba, leader de la 'Zambia Alliance for Progress' (Alliance zambienne pour le progrès), un parti de l'opposition.

Il a indiqué à IPS que le pays manquait de compétence pour lutter contre la corruption, et que les pillards présumés devenaient peu à peu des héros et des héroïnes à cause du tâtonnement du groupe de travail : "Des suspects commencent à paraître comme des victimes parce qu'ils sont arrêtés, inculpés et ensuite rien – ils sont relâchés".

Le groupe de travail a été également embarrassé par ce qui semble avoir gâché des efforts visant à conclure un accord avec Chungu et Shasongo – en vue d'appuyer les arguments contre Chiluba – qui a dirigé la Zambie pendant 10 ans, jusqu'en 2001.

L'ancien chef du service de renseignements Chungu, s'est enfui du pays pour se réfugier en République démocratique du Congo (RDC) alors qu'il était en liberté provisoire il y a un mois, affirmant qu'il craignait que ses chances d'obtenir un procès équitable en Zambie étaient en train d'être compromises par le fait que le groupe de travail voulait qu'il témoigne contre Chiluba.

Auparavant, l'ancien ambassadeur aux Etats-Unis Attan Shasongo s'était rendu en Grande-Bretagne, officiellement pour rassembler des preuves contre Chiluba (Shasongo aurait blanchi de l'argent pour l'ancien président). Une fois qu'il est arrivé au Royaume-Uni, il a toutefois fait savoir qu'il ne retournerait jamais en Zambie, ni ne témoignerait jamais contre son ancien patron. Shasongo a un permis de séjour pour la Grande-Bretagne. Le vice-ministre des Affaires intérieures Kennedy Sakeni a déclaré que même s'il était possible d'extrader Shasongo ou de le faire juger en Grande-Bretagne, il est peu probable que Chungu soit renvoyé au pays – parce que la Zambie n'a pas un traité d'extradition avec la RDC.

Ces événements ont poussé 'Citizens Forum' (Forum des citoyens) une organisation civique nouvellement constituée, à dire que la lutte contre la corruption est devenue trop axée sur Chiluba.

La porte-parole Emily Joy Sikazwe a indiqué à IPS que le groupe de travail semblait se focaliser sur Chiluba à l'exclusion de toute autre chose – tandis qu'il devrait être en train de forger des arguments contre tous ceux qui sont impliqués dans la corruption gouvernementale.

"Ne voyons pas Chiluba seul. Qu'en est-il de tous ses ministres qui ont acquis des biens qui ne sont sans proportion avec leurs salaires? Qu'en est-il des directeurs généraux des sociétés d'Etat? Le rapport de l'auditeur général a souligné des cas incontestés de pillage et de vol.

Pourquoi ne faisons-nous rien contre eux?", a-t-elle demandé.

Sikazwe croit également que le groupe de travail pourrait être amené à être plus comptable de ses actes si le parlement votait une loi qui stipule clairement ses responsabilités.

"A l'heure actuelle, il rend directement des comptes à Mwanawasa, qui semble-t-il, a une vendetta personnelle contre Chiluba. L'église, la société civile, les avocats et d'autres organisations devraient faire partie du groupe de travail pour contrôler ses opérations. Actuellement, elle ne fait qu'accumuler des factures inutiles avec ses investigations rabâcheuses", affirme-t-elle.

Le groupe de travail a également pris un coup lorsque la ferme de son président, Mark Chona, a été reprise par une banque à laquelle sa société devait de l'argent. Des accusations de conduite contraire à l'éthique et de vulnérabilité à la corruption ont été avancées, ternissant davantage l'image du groupe.

Mais le porte-parole du groupe Mpanzi Sinyangwe implore la patience du public, indiquant qu'il y a 150 Zambiens et ressortissants étrangers – ainsi que 420 sociétés locales et étrangères – qui font actuellement l'objet d'enquête.

Il estime également que le groupe a fait des progrès substantiels dans ses efforts pour récupérer les produits de la corruption, pour avoir saisi plus de 60 millions de dollars en biens, véhicules, avions et en espèces.

"Sans l'intervention du gouvernement, tous ces biens et fonds seraient dans des mains de privés au détriment des 11 millions de Zambiens qui vivent toujours dans la pauvreté", a indiqué Sinyangwe à IPS.

Il a ajouté que la plupart des gens n'ont pas apprécié les complexités des enquêtes de grande envergure, et les contraintes auxquelles le groupe de travail était confronté en termes de financement et de ressources.

Pour sa part, Mwanawasa maintient catégoriquement que le groupe devrait rester opérationnel, affirmant que la Zambie devrait récupérer plus de 300 millions de dollars une fois que l'équipe aurait fini son travail.

Mais l'analyste financier Maulu Hamunjele est moins optimiste. Il croit que la confidentialité du client représente actuellement d'importantes barrières pour le groupe de travail au moment où il essaie de remonter la piste des fonds volés et déposés dans des comptes étrangers – et ce défaut de capacité constitue encore une entrave pour venir à bout de ces barrières.

"Le groupe de travail manque non seulement de capacité pour ouvrir des enquêtes gouvernement à gouvernement, (mais) il n'existe a aucune volonté politique parce que tout tourne autour de Chiluba", a-t-il constaté.