JOHANNESBURG, 3 juin (IPS) – Lorsque des activistes anti-SIDA ont eu des prises de bec avec le gouvernement sud-africain ces dernières années, cela avait souvent été sur la fourniture des médicaments anti-rétroviraux aux femmes enceintes – ou aux adultes vivant avec le SIDA. Les tentatives de fourniture des médicaments aux enfants séropositifs semblent avoir reçu moins d'attention.
Cela pourrait changer puisque le programme national de fourniture d'anti-rétroviraux (ARV) qui est devenu opérationnel au début de cette année – prend de l'ampleur. Pour Sthandiwe Gumede, 14 ans, un tel changement ne peut pas venir trop tôt.
"Je toussais beaucoup. J'avais parfois des difficultés à respirer et à dormir, en particulier la nuit", affirme la jeune fille, qui a perdu sa mère pour cause de SIDA en 2002 et est elle-même séropositive. "Mais maintenant, ma santé s'améliore", indique-t-elle, en toussant toujours.
Heather Snyman, un thérapeute au foyer pour enfants Nkosi Haven à Johannesburg où vit Sthandiwe, ajoute : "Elle vient de sortir d'hôpital.
Pendant des années, elle a été malade de temps à autre. Elle souffre d'une infection pulmonaire".
Le foyer a reçu le nom de Nkosi Johnson, un jeune sud-africain âgé de 14 ans qui est devenu un personnage célèbre dans la lutte contre le SIDA aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur, et a succombé à une maladie liée au SIDA en 2002. Nkosi's Haven abrite 43 enfants parmi lesquels 24 sont des orphelins du SIDA et huit sont séropositifs.
D'après le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), quelque 250.000 enfants sud-africains âgés de moins de 14 ans sont infectés par le VIH. Les enfants font partie des cinq millions de personnes, ou environ dix pour cent de la population sud-africaine, qui ont contracté le VIH, ceci selon des statistiques officielles.
Sthandiwe espère être mise sous ARV dès que possible. Ces médicaments prolongent la vie des personnes vivant avec le SIDA.
"Je vais toujours à l'hôpital. Cette fois-ci, j'ai été admise pendant trois jours. Je ne sais pas ce qui se passe", a-t-elle dit à IPS, terminant sa phrase avec une interjection courante en zulu, "Aaish!" Il semble bien que le nombre élevé de personnes cherchant à obtenir gratuitement les ARV que le gouvernement a commencé par fournir dernièrement, a empêché Sthandiwe d'être mise sous traitement. Les tergiversations bureaucratiques ont également retardé le processus.
"Parfois, nous allons à l'hôpital et le médecin dit : "Emmenez-la à la section des adultes'. Lorsque nous l'emmenons à la section des adultes, ils disent : "Elle est encore une enfant, emmenez-la à la section des enfants", affirme Snyman.
Le gouvernement cherche actuellement à traiter gratuitement par an un peu plus de 50.000 personnes sous le programme ARV. Dans les cliniques privées, il faut à peu près 93 dollars pour traiter un enfant par mois – environ la moitié de ce qu'il fallait payer il y a deux ans, selon différents militants anti-SIDA contactés par IPS.
Toutefois, ce montant est toujours hors de portée pour plusieurs personnes en Afrique du Sud, où 40 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Conformément à la loi sud-africaine, un enfant ayant moins de 14 ans requiert le consentement d'un parent ou tuteur pour être mis sous traitement. Mais en fait, les médecins et les autorités sanitaires locales débattent toujours de ce que doit être l'âge approprié pour qu'un enfant commence par prendre les ARV.
"Théoriquement, vous pouvez commencer par mettre un bébé sous ARV dès sa naissance", a indiqué, dans un entretien téléphonique avec IPS, Katy Vadda, de Children's Rights (Droits des enfants), une organisation non gouvernementale (ONG), basée dans la ville portuaire sud-africaine de Durban.
Médecins sans frontière, une ONG internationale, conseille aux autorités sanitaires de commencer par traiter un bébé dès qu'on découvre qu'il est infecté par le VIH. Ceci pour permettre au système immunitaire de l'enfant de se renforcer.
Deborah Ewing de Children First (Les enfants d'abord), une autre ONG basée à Durban, dit qu'elle a vu les médicaments donner des résultats positifs sur un enfant qui était âgé d'un an seulement, et était affaibli par la diarrhée.
"Dès qu'elle a été mise sous traitement ARV, la diarrhée a disparu, son état de santé s'est amélioré et elle n'a pas de problèmes de santé majeurs actuellement", constate Ewing.
Les activistes anti-SIDA estiment que le gouvernement se concentre notamment sur les adultes pour ce qui concerne la fourniture des ARV. "Il semble que les enfants ne reçoivent pas la même attention que les adultes", affirme Vadda. "Les enfants doivent mériter la même attention que les adultes".
Les efforts faits par IPS pour obtenir du gouvernement des commentaires sur cette question ont été infructueux.
Toutefois, la ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang a indiqué aux journalistes au Cap, le 27 mai, que les provinces de Gauteng, du KwaZulu-Natal et du Cap occidental avaient de nombreux patients recevant des ARV assez importants. Gauteng fournissait des médicaments à environ 940 personnes, le Cap occidental à environ 2.500 et le KwaZulu-Natal à 153 personnes, a-t-elle déclaré.
"Les (six) autres provinces ne fournissent pas encore des médicaments anti-rétroviraux aux malades sur une échelle significative. Elles sont toutes en train d'enrôler activement les malades. Cela signifie faire des tests, conseiller et éduquer les malades en vue des ARV, un processus qui prend plusieurs semaines", a ajouté Tshabalala-Msimang. "Obtenir de l'information sur les enfants a été très difficile en Afrique du Sud", concède Vadda. En outre, Ewing a affirmé à IPS que les firmes pharmaceutiques avaient tendance à se concentrer sur la fabrication des comprimés et capsules ARV pour les adultes. Mais, "les enfants ont besoin de sirop", a-t-elle indiqué. "Nous devons faire pression sur les firmes pharmaceutiques pour qu'elles produisent plus de sirop pour les enfants".
En attendant un tel développement, les foyers pour enfants comme Nkosi's Haven suivent des régimes stricts pour renforcer les systèmes immunitaires de leurs pensionnaires. "Nous leur donnons beaucoup de légumes et de fruits. Ils sont nécessaires pour la santé des enfants", affirme Snyman.
"Nous les encourageons également à prendre de l'ail et du gingembre".
Dans le contexte sud-africain, certains prendraient ces déclarations comme des propos incendiaires. La ministre de la Santé Tshabalala-Msimang avait déclenché un débat houleux lorsqu'elle avait demandé à ceux qui vivent avec le VIH/SIDA d'utiliser de l'ail et de l'huile d'olive pour renforcer leur système immunitaire. Plusieurs l'avaient accusée de refuser d'admettre la gravité de la pandémie.
Mais, ajoute Snyman : "Nous encouragions l'utilisation de l'ail avant même que la ministre de la Santé n'en parle publiquement… Je crois au pouvoir de l'ail. Nous ne l'imposons à personne".

