DROITS-KENYA: La violence contre les femmes continue de faire des victimes

NAIROBI, 26 nov (IPS) – Brigit Namwalo n'a rien à fêter aujourd'hui. Alors que le monde commémore la Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes (25 novembre), elle est assise dans sa maison, abattue, soignant une blessure de 12 ans, infligée par son mari.

"J'ai vécu dans ce mauvais mariage pendant ces huit dernières années. Je veux réellement en sortir, mais je crains ne pas pouvoir m'occuper de mes enfants", a dit la mère de quatre enfants à IPS, à Nairobi, la capitale du Kenya.

"Il a commencé par me battre à partir du jour où je lui ai demandé pourquoi il rentrait à la maison à quatre heures du matin"', a déclaré Namwalo (pas de son vrai nom).

"Depuis ce temps, je suis devenue son souffre-douleur et plusieurs fois, il m'a blessée avec un couteau. Tout ceci, il le fait devant les enfants, qui maintenant s'enfuient chaque fois qu'ils le voient", a ajouté, émue, Namwalo.

Ses remarques viennent en plein milieu d'une campagne internationale contre la maltraitance des femmes, "16 jours d'activisme sur la violence faite aux femmes", qui a été lancée à Nairobi le 22 novembre. L'événement est actuellement célébré dans plus de 100 pays, où diverses activités seront organisées pour s'attaquer au problème de la maltraitance".

"Les cas de violence faite aux femmes sont en augmentation, probablement à cause de l'absence d'une législation dissuasive", affirme Ann Muthoni, en charge du plaidoyer à la Coalition de la violence contre les femmes (COVAW), basée à Nairobi.

"Lorsqu'un auteur de violence est inculpé, il est facilement remis en liberté, et ceci fait qu'il est facile pour lui de récidiver", a-t-elle fait remarquer, ajoutant que les problèmes économiques contribuent également pour une large part à la violence au sein du foyer.

Elle souligne qu'en 2001 et 2002, environ cinq femmes étaient sérieusement battues par leurs maris par jour à Nairobi – et qu'on pense que ce chiffre serait beaucoup plus élevé dans les zones rurales.

Selon Muthoni, le nombre de femmes battues dans la capitale kényane devrait augmenter cette année, "mais nous aurons le chiffre exact après l'achèvement de l'étude que nous conduisons". Selon la chargée des programmes du COVAW, Ann Gathumbi, le personnel de l'organisation traite habituellement sept cas de violence faite aux femmes quotidiennement.

Joyce Majiwa, présidente de la Fédération des femmes juristes du Kenya (FIDA-K), reconnaît que la violence conjugale est en augmentation. Elle l'impute à l'effritement des structures sociales et traditionnelles, qui n'ont pas été remplacées par d'autres normes.

"Des rôles qui étaient traditionnellement considérés comme étant pour les femmes sont maintenant en train d'être assurés par les hommes et vice-versa", affirme-t-elle. "Ceci provoque actuellement beaucoup de tension qui finit par se transformer en violence dans la maison".

La FIDA-K traite de plus de 5.000 cas de femmes battues annuellement – mais elle espère que l'ouverture d'un nouveau centre de crise dans la ville côtière de Mombasa cette année fera augmenter ce chiffre. L'organisation a deux autres centres au Kenya, l'un à Nairobi et l'autre à Kisumu, qui est situé dans la partie ouest du pays.

Alors que les femmes décrient la brutalité dont elles sont parfois victimes aux mains de leurs époux, une poignée d'hommes dénonce également la violence qui leur est infligée – par des femmes.

Jusqu'ici, quatre hommes ont témoigné de décennies de maltraitance physique infligée par leurs épouses. Une nouvelle association, 'Hommes pour un changement maintenant dans l'égalité de genre", a été récemment créée pour s'attaquer à ce phénomène.

Le président, Daniel Mbekar, à dit à IPS, dans un entretien récent, que son organisation conduisait des ateliers à travers le pays pour encourager les hommes à parler ouvertement de la violence conjugale. "C'est un premier pas en vue de trouver des solutions. Garder le silence ne fera qu'aggraver la situation", a-t-il souligné.

Selon Mbekar, son organisation traite de cinq cas d'hommes battus par semaine.

Des organisations de défense des droits de l'Homme accusent le gouvernement de traîner les pas lorsqu'il s'agit de voter une législation efficace contre la maltraitance. En particulier, elles soulignent le fait que le nouveau projet de loi sur la violence conjugale et la protection de la famille ne soit pas encore devenu loi.

"Le projet de loi est pendant et je ne pense pas qu'il parviendra au parlement cette année", déclare Majiwa, ajoutant que son organisation intensifiera ses campagnes pour la ratification du projet de loi en 2004.

Entre autres choses, la loi proposée – qui a été rédigée en 2001, prévoit des dispositions pour que les femmes soient protégées contre les auteurs de la violence conjugale.

Au cas où le Kenya adopterait le projet de loi, il rejoindra son homologue est-africain, l'Ouganda, dans la mise en oeuvre d'une législation qui est plus progressiste par rapport à la sécurité des femmes.

Il y a deux semaines, l'Ouganda a ratifié le Projet de loi sur les relations conjugales, qui traite de tous les aspects de la violence faite aux femmes. Ceci survient après des pressions concertées des organisations de femmes et des droits humains.