PRETORIA, 14 nov (IPS) – Les rebelles du sud Soudan ont lancé une offensive diplomatique en Afrique, en prélude aux pourparlers de paix du 30 novembre au Kenya, comme une partie des efforts pour mettre fin à la guerre civile soudanaise, longue de 20 ans. Plus de deux millions de personnes, la plupart des civils, sont morts au Soudan depuis que les combats entre les rebelles et le gouvernement islamique dans le nord ont repris en mai 1983.
Les rebelles, qui sont majoritairement des chrétiens ou des adeptes des religions traditionnelles africaines, demandent une autonomie ou une indépendance vis-à-vis du nord musulman et arabe depuis 1955, un an avant que le Soudan n'obtienne son indépendance à l'égard de la Grande-Bretagne.
La guerre est également motivée par la compétition sur le pétrole et les ressources minérales.
Cette semaine, le mouvement rebelle, l'Armée de libération populaire du Soudan (SPLA), a dépêché cinq délégations depuis la capitale kényane, Nairobi, pour demander le soutien des dirigeants africains en prévision des prochains pourparlers de paix.
"Nous briefons les gouvernements africains sur le processus de paix au Soudan", a indiqué, à IPS, Barnabas Marial Benjamin, qui fait partie de la délégation pour l'Afrique australe, composée de quatre hommes, le mercredi 12 novembre.
La délégation a eu des discussions avec des officiels gouvernementaux à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud. L'itinéraire des quatre responsables du SPLA inclut le Mozambique, le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe. D'autres délégations de la SPLA se sont rendues en Afrique de l'est, du nord, de l'ouest et du centre. Salva Kiir, qui est numéro 2 dans la hiérarchie de la SPLA après le leader John Garang, a conduit la délégation qui s'est rendue en Afrique du Nord..
Au début de cette semaine, il a eu des entretiens dans la capitale égyptienne, le Caire, avec Amr Moussa – secrétaire général de la Ligue arabe. Les rebelles ont invité Moussa à participer aux pourparlers de paix du 30 novembre au Kenya. Le Soudan est membre de la Ligue arabe, composée de 22 nations, qui a exprimé son inquiétude par rapport à l'autorisation accordée au sud d'organiser un référendum après une période transitoire de six ans pour décider s'il faut ou non rester dans le Soudan, ou faire sécession.
Elle est également mécontente de l'avancée à laquelle on est parvenu en septembre, après une année de pourparlers, lorsque Khartoum avait accepté que la SPLA pourrait garder son armée dans le sud durant la période transitoire. Par ailleurs, certains des rebelles seront intégrés dans une force nationale de 24.000 soldats tirés également de la SPLA et des troupes gouvernementales. Cette force sera stationnée dans le sud pendant la transition.
Les Soudanais du sud exilés ont accueilli favorablement ces arrangements sécuritaires. "Nous voulons une armée sudiste pour protéger l'accord durant la période transitoire. Nous ne pouvons pas confier l'avenir du sud aux médiateurs qui, après tout, ne seront pas là lorsque Khartoum décidera de revenir sur l'accord et que les choses vont commencer par se détériorer", affirme Peter Joseph, un réfugié du sud Soudan en Afrique du Sud. L'histoire des relations entre le nord et le sud, qui représente 35 pour cent de la population du Soudan, est jonchée d'accords violés. L'accord d'Addis Abeba de 1972 qui a échoué – et a mis fin à la guerre civile qui a éclaté en 1955 – est l'un de la litanie d'accords non respectés. Conformément à cet accord, une force de 6.000 soldats rebelles était supposée être stationnée dans le sud pendant cinq ans, et intégrée ensuite dans l'armée soudanaise. Mais le dirigeant militaire du Soudan, à l'époque, Gaafar Nimeiri, a ordonné que les soldats soient transférés au nord, provoquant une mutinerie trois ans plus tard, en 1975. A partir de ce moment, les relations entre les parties en conflit se sont détériorées jusqu'à l'abrogation finale de l'accord en 1983. Les délégations de la SPLA admettent qu'il y a une méfiance entre les négociateurs nordistes et sudistes. "Nous sommes venus à bout de l'arrangement sécuritaire, qui était le plus difficile à négocier. Le partage des richesses et le partage du pouvoir, qui seront discutés durant le prochain round de pourparlers, sont également difficiles. Mais la question la plus difficile qui reste est celle des trois zones disputées", a déclaré Nhial Deng Nhial, chef de la délégation de la SPLA en Afrique australe.
C'était une référence aux Monts Nuba, au Nil bleu du sud et aux régions Abyei. La SPLA a une présence dans les trois territoires disputés, qui sont géographiquement dans le nord, mais dont les populations partagent une affinité ethnique avec les sudistes. La semaine dernière, le président Omar Hassan al Béshir a dit aux milices pro-gouvernementales à El Obeid, une ville de l'ouest du pays, qu'il n'allait jamais modifier les frontières héritées de l'administration coloniale britannique en 1956.
Mais, Nhial a indiqué que la Grande-Bretagne a annexé certaines zones sans tenir compte des réalités religieuses et ethniques sur le terrain. "Abyei a été transférée au nord par une ordonnance administrative. Nous aimerions alors que la même ordonnance administrative soit prise également pour retourner Abyei au sud". Comme le disent les politiciens, la pression internationale pour conclure un accord de paix est de plus en plus croissante. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, s'est rendu au Kenya à la fin d'octobre pour exhorter les parties rivales à "conclure un accord total au plus tard fin-décembre". Washington a indiqué qu'il passerait en revue ses relations avec Khartoum et commencerait par envoyer un soutien direct à la SPLA, au cas où les pourparlers échoueraient. Les négociations sont également observées par la Norvège, l'Italie et la Grande-Bretagne.
Des dirigeants d'église au Soudan soulignent qu'ils veulent que le médiateur régional, l'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), évite une répétition des événements entre 1972 et 1983. L'IGAD était accusée d'abandonner le sud pendant cette période, après la signature d'un accord de paix. "Nous ne voulons pas d'un accord de paix à court terme. Nous avons soif d'une paix durable et nous implorons les médiateurs de ne pas abandonner le processus en cas d'accord final", a récemment indiqué, à IPS, Emmanuel Lowila, responsable du programme du Conseil des églises du nouveau Soudan, à Nairobi.
L'IGAD, dont est membre le Soudan, comprend aussi le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, Djibouti, l'Ethiopie et l'Erythrée.

