POLITIQUE-GUINEE: La désillusion empoisonne la période précédantl'élection présidentielle

CONAKRY, 13 nov (IPS) – La Cour suprême de la Guinée a disqualifié presque tous les partis devant se présenter à la prochaine élection présidentielle, prévue pour le 21 décembre. Ceci intervient après l'incapacité des groupes à respecter la date limite pour le paiement de 10.000 dollars requis pour prendre part à l'élection.. Les préparations de l'élection avaient déjà reçu un coup dur au début de ce mois, lorsqu'une coalition de partis d'opposition a annoncé qu'elle boycotterait le vote.

Le Front pour le changement démocratique est composé de six partis.

"La manière dont le gouvernement se comporte par rapport à la prochaine élection présidentielle en décembre est inacceptable", a indiqué à IPS, un politicien de l'opposition Mamadou Ba – leader de l'Union pour le progrès et le renouveau. "Nous (l'opposition) boycotterons l'élection parce que le parti du président l'a fixée (à cette date) afin de gagner à une écrasante majorité", a-t-il ajouté. Le président souffrant de la Guinée, Lansana Conté, cherche à être réélu pour un troisième mandat. Il est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire en 1984, après la mort du dictateur d'alors, Ahmed Sékou Touré.

Le Parti de l'unité et du progrès du général Conté devait affronter plus de 20 partis politiques et associations. Maintenant, seul un candidat peu connu, du nom de Mamadou Barry se joindra à Conté pour la course à la présidence.

Jean-Marie Doré, leader de l'Union pour le progrès de la Guinée – et porte-parole de la coalition – a dit que la réticence du gouvernement à organiser une compétition équitable s'était manifestée par son refus de partager les temps d'antenne. "Le gouvernement dénie à l'opposition l'accès aux médias d'Etat, leurs militants battent et harcèlent nos partisans, et le climat n'est simplement pas propice à des élections libres et équitables", a-t-il indiqué. Le mois dernier, le ministre de l'Information, Mamadi Condé, a rejeté la demande de la coalition de lire une déclaration sur les antennes de la radio gouvernementale. Des responsables auraient dit que la déclaration contenait une allégation selon laquelle l'élection avait été truquée pour donner à Conté une majorité de 85 pour cent.

Les préoccupations de Doré ont été reprises par l'Union européenne (UE), qui refuse l'assistance d'une valeur de 345 millions de dollars à ce pays ouest-africain. Cette aide devait être utilisée pour financer l'élection, entre autres choses. L'UE a conditionné son soutien à la formation d'une Commission électorale nationale indépendante, et à l'octroi, à tous les candidats, d'un accès égal aux médias d'Etat. Comme le gouvernement a rejeté catégoriquement ces exigences, il a perdu l'aide internationale pour les élections. "C'est une parodie de démocratie", estime Ousmane Bahk, un étudiant à l'Université de Conakry. "Le gouvernement du général Conté est antidémocratique et pourrait finir par transformer la Guinée en un Etat paria".

Lorsque Conté a gagné la dernière élection présidentielle il y a cinq ans, il a rapidement fait arrêter Alpha Condé – son plus puissant adversaire à l'époque. Condé est resté en prison pendant plus d'un an, sur des accusations selon lesquelles il complotait pour renverser le gouvernement.

Cette élection a été discréditée, après avoir été qualifiée de frauduleuse par les observateurs. Conté a depuis lors dirigé la Guinée d'une main de fer. L'opposition à son régime est souvent réprimée, et plusieurs opposants du gouvernement sont soit en prison soit en exil. La santé chancelante du président a aggravé la crise politique dans le pays.

Le chef de l'Etat souffre de diabète et d'autres problèmes de santé, et est principalement confiné dans sa ville natale – avec des voyages occasionnels à Conakry pour prendre part à des réunions d'Etat. Cette absence relative de la vie publique a confondu plusieurs dans le pays, provoquant un malaise au sein de la population.

Siradiou Diallo, un leader de l'opposition déclare : "Il y une vacance politique dans le pays avec le président qui est éloigné du siège du gouvernement. Ceci est un mauvais présage et pourrait conduire à un conflit". Déjà, il y aurait une agitation au sein des unités des Forces armées de Guinée, avec des rumeurs d'un coup d'Etat planifié par des officiers supérieurs.

Même le président est ébranlé par la tension accrue dans le pays. Dans son discours à l'armée il y a une quinzaine jours, Conté a lancé un avertissement aux "officiers ambitieux qui complotent de s'emparer du pouvoir par la force".

"Si vous voulez être chef d'Etat, quittez alors l'armée et présentez-vous aux élections. Ce faisant, vous aurez la légitimité provenant des populations", a-t-il ajouté. Des événements en Guinée pourraient avoir des répercussions plus loin. Les voisins du pays – le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d'Ivoire – sont soit accablés par la guerre, soit jouissent d'une paix fragile. Et toute tentative pour déstabiliser la Guinée pourrait avoir un impact négatif sur toute la région volatile.