FREETOWN, 11 sep (IPS) – Les forces ouest-africaines de maintien de paix de la GuinéeBissau ont indiqué mercredi qu'elles contrôlaient maintenant toute la ville libérienne de Kakata, après des jours de combats sporadiques entre les forces gouvernementales et le principal groupe rebelle, les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD).
"Nous avions dû faire sortir les rebelles de Kataka afin d'assurer la sécurité des civils qui ont été pris dans le feu croisé pendant des jours", a déclaré mercredi un porte-parole des forces de maintien de paix.
Les troupes de la Guinée Bissau, fortes de 600 hommes, ont littéralement fait sortir de force les rebelles de Kakata, à 50 kilomètres au nord-est de la capitale libérienne Monrovia, tout en avertissant leurs rivaux des autres factions, les troupes gouvernementales et la milice de soutien, de quitter également la ville.
"Les rebelles ont été embarqués dans des camionnettes et conduits hors de la ville, dans l'un de leurs bastions mardi", a indiqué un travailleur humanitaire dans la ville. "Cela vient comme un soulagement pour la population civile traumatisée ici".
Kakata, une ville stratégique, a d'importantes institutions techniques.
Pendant plusieurs jours de suite, les rebelles du LURD étaient engagés dans des combats continuels contre les troupes gouvernementales pour le contrôle de la ville.
"C'est la première démonstration de force des forces de maintien de paix", affirme le politologue Harry Varney, un réfugié libérien en Sierra Leone voisine. "Elles doivent pénétrer de force dans les villes et cités, ainsi que dans la campagne afin d'injecter la peur aux rebelles brutaux".
Les rebelles du LURD et une autre faction plus petite, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), ont accepté récemment d'observer un cessez-le-feu, suite au départ de l'ancien président Charles Taylor, mais l'accord de paix est encore fragile, avec des affrontements sporadiques entre les belligérants.
La communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) a promis de déployer quelque 3.500 hommes pour séparer les factions au Liberia, mais jusque-là, seuls le Nigeria, le Ghana et la Guinée-Bissau ont déjà contribué en troupes à la mission de maintien de paix. Le Sénégal, le Mali et le Bénin ont promis de contribuer en hommes, mais le processus semble terriblement lent. Le Mali et le Bénin viennent d'envoyer leurs troupes au Liberia.
En octobre, une mission de l'ONU devrait relayer les forces de maintien de paix dans leurs fonctions au Liberia, en transformant les troupes ouest-africaines sur le terrain en casques bleus. Les Nations Unies étudient l'envoi de 15.000 hommes au Liberia, ce qui en ferait la plus grande opération de maintien de paix dans le monde.
Les espoirs que les Etats-Unis contribuent en troupes ne se sont pas encore matérialisés. Les Américains ont seulement envoyé une force symbolique pour appuyer les forces africaines de maintien de paix en logistique. Ceci a déçu plusieurs Libériens qui voient les Etats-Unis comme un allié traditionnel et historique.
Jusqu'ici, l'aide alimentaire n'arrive que lentement dans les régions provinciales à cause de l'insécurité qui menace. Il y a un calme relatif dans la capitale Monrovia où le gros des forces nigérianes de maintien de paix est déployé.
La guerre a éclaté au Liberia il y a quatre ans, au moment où le régime du président Taylor d'alors devenait de plus en plus dictatorial et impopulaire.
Les rebelles, qui ont pris les armes pour renverser Taylor, ont maintenant du mal à expliquer pourquoi ils sont toujours engagés dans des hostilités, même avec le départ en exil de Taylor au Nigeria.
Un gouvernement intérimaire, qui conduirait le pays vers des élections, prendra le pouvoir en octobre et se lancera dans le désarmement des combattants, la réconciliation des populations et l'organisation des élections. Mais la situation semble toujours confuse, puisque des combattants armés contrôlent les rues, dans l'incertitude pour leur avenir et errant sans salaires réguliers.
"Au Liberia aujourd'hui, le fusil fait la loi", fait remarquer Maina Howard, une femme d'affaires libérienne de la ville Gbarnga, au centre du pays, basée maintenant à Monrovia. "Ce que j'espère est que la paix s'installe cette fois-ci parce que nous avons subi des années de guerre et de destruction".
Le Liberia, avec une population d'environ 3,5 millions d'habitants, a connu sa première guerre civile de décembre 1989 à 1997, qui a vu l'élection de l'ex-président Taylor, un ancien seigneur de la guerre, à la tête du pays.
Au moins 150.000 personnes auraient été tuées, avec près d'un million d'autres forcées à se réfugier dans les pays voisins.

