CULTURE-NIGERIA: L'habillement 'indécent' interdit sur le campus

LAGOS, 10 sep (IPS) – La responsabilité du harcèlement sexuel des étudiantes au Nigeria est souvent rejetée sur des enseignants excités, mais les autorités universitaires sont en train de lutter contre cela. Elles accusent le mode d'habillement 'provocant' des étudiantes d'être responsable du harcèlement.

Les étudiantes se sont souvent plaintes que pour réussir leurs examens, elles doivent coucher avec leurs enseignants.

Une visite sur certains campus montre simplement comment certaines des étudiantes étaient habillées de façon légère et provocante. Une majorité d'étudiantes, en vue de suivre la dernière mode en vogue, portent des pantalons collants ainsi que des jupes courtes et des hauts qui montrent une partie de leurs nombrils et de la partie supérieure de leur corps. "Certaines de nos étudiantes s'habillent de façon indécente au nom de la mode – elles s'habillent comme si elles étaient dans une discothèque. Et qu'espérez-vous qu'un enseignant de sexe masculin fasse? Certaines des filles, qui ne sont pas prêtes à étudier, se lient d'amitié avec leurs professeurs afin d'avoir de bonnes notes dans leurs matières sans aucun effort. C'est seulement un homme qui craint Dieu qui ne regardera pas par deux fois la manière dont certaines de nos étudiantes s'habillent sur le campus", affirme Tayo Fajobi, un étudiant.

La nécessité de restituer la moralité dans les universités du Nigeria a conduit à l'imposition d'un mode vestimentaire ou l'interdiction d'habillement indécent parmi les étudiantes par certaines des institutions de l'enseignement supérieur.

A partir de cette année académique, l'Université d'Abuja, qui est située dans la capitale, Abuja, a décidé qu'aucune étudiante ne devrait porter des pantalons collants, des minijupes, des habits transparents et courts, excepté pour les jeux. "Tout habit porté doit couvrir les parties intimes du corps, ne doit pas exposer les seins, le ventre, le nombril et mettre à nu la poitrine", indique-t-elle.

A la fin de l'année dernière, l'Université de l'Etat d'Ebonyi, dans l'est du Nigeria, a interdit aux étudiantes de porter des pantalons, des minijupes et des habits transparents dans les amphis de cours et les réunions départementales.

Selon Odicha Ude, chef de département de communications de masse, l'université à la responsabilité de donner l'exemple à la société.

"Le concept de liberté a été utilisé de manière abusive à l'université.

Par conséquent, l'université a décidé de s'attaquer à la question de la honte des générations en introduisant une politique sur le mode vestimentaire pour ses étudiants", souligne-t-il. Selon lui, les étudiants devraient se montrer dans un habillement commun aux cours et aux autres réunions universitaires.

En juin, la campagne a été menée à l'Université de Lagos, où le vice-recteur Ibidapo Obe, a annoncé l'interdiction des "vêtements indécents".

Peut-être que l'action la plus drastique est venue de l'Etat majoritairement musulman de Zamfara, dans le nord du Nigeria, où le gouvernement aurait en janvier 2002 confectionné près de 34.342 turbans et hijabs devant être portés aussi bien par les étudiants chrétiens que musulmans. C'était un effort pour enrayer l'habillement indécent ainsi que pour imposer le code islamique de la charia à la société.

Des législateurs se sont également plaints du code vestimentaire en déclin au sein du parlement, ce qui a conduit à une menace du collectif des employés du parlement de prendre des sanctions contre le personnel de sexe féminin qui porte des tenues indécentes et provocantes pour se rendre au travail.

Le collectif des employés a conseillé au personnel de sexe féminin de porter des vêtements occidentaux habillés ou des tenues traditionnelles.

"Le mode vestimentaire actuel est contraire à toutes les normes de dignité auxquelles on attache une grande valeur", a-t-il averti.

Le parlement de l'Etat d'Akwa Ibom, dans le sud-sud du Nigeria, a également introduit un code vestimentaire approprié pour le personnel et les visiteurs femmes à l'assemblée. "Il n'est pas convenable de prescrire un code vestimentaire pour des étudiantes, mais il est nécessaire que les femmes et les filles s'habillent correctement pour certaines occasions. Je ne m'attends pas à ce qu'une fille porte un bikini comme si elle allait à la plage", affirme Mejiun Fashina, coordonnatrice de Guerre contre le harcèlement et l'exploitation sexuels, une organisation non-gouvernementale (ONG).

"L'accent devrait être mis sur l'habillement approprié", souligne-t-elle.

Tunde Akanni, un enseignant à l'Université de l'Etat de Lagos, croit qu'il n'est pas bon pour une femme ou une fille d'exposer les parties vitales de son corps au nom de la mode.

"Une femme a le droit de porter ce qu'elle aime et en particulier ce qui la met à l'aise, la décence demande qu'elle n'expose pas son corps au nom de la mode", ajoute-t-il.

Certains croient que le contact avec la culture occidentale, à travers les médias, a été responsable de la manière dont les Nigérians s'habillent.

Akanni demande aux médias d'encourager les stylistes locaux et africains plutôt que les portraits de mannequins dans des vêtements étrangers, très réduits, qui sont présentement montrés sur les stations locales de télévision.

Ifeoma Jonah, une habitante de Lagos, accuse certains parents de faire peu pour mettre un frein à l'habillement indécent chez leurs enfants. Elle note que les parents sont trop occupés à courir après la richesse pour avoir le temps de bien s'occuper de leurs enfants ou de contrôler leur garde-robe. "Si les parents contrôlent la garde-robe de leurs enfants, s'ils vont les voir occasionnellement à l'école pour savoir ce qu'ils font sur les campus et les corrigent, la lutte contre l'habillement indécent aurait été gagnée", estime-t-elle.

Il sera difficile de combattre l'habillement 'indécent' au Nigeria où 40 pour cent de la population du pays a moins de 18 ans. Ces enfants sont influencés par la dernière mode montrée à la télévision.

Chaque année, quelque 100.000 étudiants sont admis dans les 47 universités nigérianes, dont la plupart sont des adolescents.

Ce n'est pas la première fois que le code vestimentaire est en train d'être imposé à un pays. Le défunt dictateur ougandais Idi Amin et feu l'autocrate malawite Kamuzu Banda ont imposé un code vestimentaire strict aux femmes.

Le Swaziland a également imposé un code similaire.