CONAKRY, 12 sep (IPS) – Idiatou Baldé, âgée de 38 ans environ, expose et vend des tissus teintés à base d'indigo dans un coin du Palais du peuple, aménagé pour abriter une mini-foire, à Conakry, la capitale de la Guinée.
Baldé, cette femme ingénieur chimiste, qui dirige une association dénommée "Walinderin" (entraidons-nous, dans une langue locale), est une divorcée dont l'itinéraire résume celui de plusieurs milliers de ses sœurs guinéennes qui ont refusé la soumission aux hommes.
Bien qu'ayant été au-devant de la lutte pour les grands changements politiques en Guinée sous la première République, les femmes sont toujours victimes de violences conjugales dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Le 27 août de chaque année, en souvenir de leur révolte contre la police économique de l'ancien dictateur Sékou Touré (1958-1984), les femmes guinéennes célèbrent cette journée qui leur est dédiée.
Après un premier baccalauréat obtenu en classe de première, Baldé s'est mariée en 1981 – en famille – avec un parent qui s'est opposé à la poursuite de ses études.
"Alors que j'étais en état de grossesse, je devais faire plus de deux kilomètres pour me rendre à l'école. Il fallait se lever très tôt le matin pour piler, aller chercher du bois et puiser de l'eau. Tout le village (Bouliwel) s'approvisionnait à la même source qui était distante d'environ un kilomètre. C'est dans ces conditions que j'ai obtenu mon second baccalauréat en 1982", explique-t-elle.
Lorsque Baldé a décidé en 1982 d'entamer des études à l'Université de Conakry, son mari lui a coupé toute aide. "J'ai alors décidé de me consacrer à mes études", dit-elle. "Il ne m'a pas dit expressément d'arrêter, mais il a tout fait pour que j'abandonne mes études. Il voulait que j'aille au village faire des travaux champêtres", affirme-t-elle.
"Après avoir obtenu mon diplôme à l'Université de Conakry, en 1989, je suis revenue le voir et il a refusé de me reprendre comme sa femme.
Finalement, je me suis résignée et j'ai décidé de prendre en charge l'unique enfant que nous avons eu. Le divorce est survenu en 1994. Depuis lors, je ne me suis plus remariée", poursuit-t-elle.
Parallèlement à ses activités de consultante pour des enquêtes sociologiques, Baldé a obtenu un travail à plein temps dans une entreprise privée avant de créer l'association "Walinderin".
"J'ai trouvé que je ne progressais pas avec le salaire qu'on me proposait..
Après avoir participé à un séminaire sur "L'esprit d'entreprise", j'ai décidé de créer l'association. Aujourd'hui, j'ai des revenus largement supérieurs et j'ai décidé de me consacrer totalement à "Waninderin".
Une autre dame, Ramatoulaye Sow, qui était la compagne du pilote de l'hélicoptère du président guinéen, était souvent battue par son mari alors qu'elle était enceinte. Elle a dit au tribunal, en 1996, que les traitements violents que lui infligeait son mari, avec parfois des coups au ventre, l'avaient obligée à avorter.
La ministre des Affaires sociales, Hadja Mariama Aribot, a reconnu récemment le phénomène des violences conjugales à la télévision nationale.
"Nous recevons chaque année des centaines de plaintes de la part de femmes victimes de violences conjugales. Ce sont des femmes qu'on met à la porte dès qu'on a épousé une seconde; ce sont des femmes qu'on prive de leurs subsides pour les mêmes raisons; ce sont des femmes qu'on prive de leur héritage, etc.", a déclaré Aribot.
Officiellement, même si l'écrasante majorité des femmes guinéennes – représentant 52 pour cent de la population du pays – l'ignore, la polygamie en Guinée était interdite par une loi depuis 1968. La Guinée compte environ 8 millions d'habitants, dont la majorité est analphabète, en particulier les femmes. "Cette loi n'est pas appliquée. Face à cette réalité, nous avons décidé de revenir en arrière en nous disant : puisque ce sont deux adultes consentants qui se marient, on peut leur demander, au moment de la signature de l'acte de mariage, de choisir entre la polygamie et la monogamie", a indiqué la ministre.
Pour Ibrahima Bah, enseignant, "les femmes, qui sont victimes de violences conjugales, méconnaissent leurs droits. Autrement, les choses ne seraient pas aussi faciles pour le mari".
Mahmoud Doumbouya, administrateur civil, affirme que "en réalité, ce sont les femmes qui acceptent d'être reléguées au second plan. Si vous prenez un échantillon de 1.000 Guinéennes, il y en aura une seule qui accepte réellement de se battre pour participer aux dépenses familiales".
Doumbouya estime que "les femmes doivent d'abord briser les barrières culturelles qui entravent leur promotion". Récemment, les principaux partis politiques guinéens ont entamé un dialogue avec le pouvoir sans aucune femme autour de la table. "Cela illustre parfaitement ce que je dis", ajoute Doumbouya.
Selon les chiffres du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), seulement 41 un pour cent des adultes en Guinée sont alphabétisés et les femmes représentent moins de 40 pour cent de ce lot.
Ces disparités se remarquent dans la vie courante et contribuent à maintenir la femme au foyer, dans un pays qui manque cruellement de ressources humaines qualifiées.

