BLANTYRE, 1 sep (IPS) – Le président du Malawi, Bakili Muluzi, a exhorté les législateurs dans cette nation d'Afrique australe à amender la constitution pour lui permettre de nommer plus de femmes parlementaires en vue d'accroître la participation des femmes en politique et dans d'autres organes de prise de décision.
S'adressant aux journalistes récemment, le président Muluzi a dit que l'égalité de genre constituait un droit humain fondamental à atteindre à travers une représentation équitable des femmes et des hommes dans les structures de prise de décision ainsi que l'accès égal aux ressources.
Muluzi a souligné que même s'il a vigoureusement encouragé les femmes à prendre une part active en politique, le parlement malawite resterait une Assemblée nationale dominée par des hommes tant que la constitution ne lui donnera pas le pouvoir de nommer une certaine proportion de la législature..
Il a ajouté qu'il était grand temps que les députés songent à donner aux femmes une opportunité de prendre également part à la politique du pays en tant que parlementaires.
Selon Muluzi, contrairement aux autres Etats membres de la SADC, les lois du pays ne contiennent aucune disposition pouvant autoriser le président à nommer certains membres du parlement, qui, dit-il, lui permettrait d'accroître le nombre de femmes dans l'Assemblée nationale. "Des pays comme la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie, et le Zimbabwe donnent pleins pouvoirs au président pour nommer 20 pour cent de femmes au parlement. Nous devrions faire en sorte que cela soit une réalité ici aussi", a déclaré Muluzi.
Il a accusé les députés de contrecarrer son initiative visant à déléguer des responsabilités aux femmes au Malawi. "Pendant longtemps, j'ai demandé qu'on m'autorise à nommer des députés, mais on me l'a toujours refusé. Je nommerais autant de femmes parlementaires que possible parce que les femmes ont été dominées par leurs hommes pendant si longtemps", a-t-il affirmé.
Le dirigeant malawite a laissé entendre que tant qu'il n'y aura pas un amendement constitutionnel autorisant le président à nommer certains représentants du parlement, les femmes devraient se préparer pour une compétition difficile contre leurs homologues hommes dans la course politique.
Les chefs d'Etat d'Afrique australe se sont engagés à avoir au moins 30 pour cent de femmes dans les structures politiques et décisionnelles aux niveaux nationaux, au sein des structures de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) d'ici à 2005. Les dirigeants, à un sommet qui s'est tenu dans la ville commerciale de Blantyre, au Malawi, en 1997, avaient également promis d'abroger et de réformer toutes les lois, d'amender les constitutions, de changer les pratiques sociales qui soumettent les femmes à la discrimination, et de promulguer des lois sensibles au genre.
Et Muluzi de déplorer : "Il est vraiment difficile d'atteindre les 30 pour cent de représentation de femmes au parlement sans amender notre constitution. Nous devons revoir la constitution. Nous devrions changer la constitution, autrement, les femmes seraient toujours sous-représentées et nous manquerions à notre engagement d'atteindre un quota de 30 pour cent de femmes au parlement d'ici à 2005".
Actuellement, il y a seulement 17 femmes députées au Malawi sur les 177 parlementaires.
Des femmes activistes du Malawi supportent le point de vue de Muluzi. La vice-présidente de l'Assemblée nationale du Malawi, Loveness Gondwe, estime que le parlement devrait sérieusement songer à promulguer une loi qui autoriserait le chef de l'Etat – après des consultations avec des femmes et des activistes de genre – à nommer certaines femmes au parlement.
"Si les femmes ne réussissent pas à entrer au parlement, la meilleure chose que nous puissions faire en réalité est d'autoriser notre président à nommer des femmes au parlement. Ceci devrait toutefois être fait après des consultations avec des partis politiques, des femmes activistes et autres parties prenantes", soutient Gondwe, elle-même députée de Mzimba, dans le nord du Malawi.
Elle souligne que bien que les femmes constituent 52 pour cent des 11 millions d'habitants du Malawi, dans un pays où la culture dicte que les hommes devraient être dirigeants, il n'est pas facile pour des femmes d'arriver à se faire élire au parlement lors des élections.
Reen Kachere, directrice exécutive de l'Association des femmes progressistes (APW), s'est réjouie de la proposition du président de Muluzi, affirmant que les parlementaires devraient se séparer du chauvinisme et soutenir Muluzi et les femmes dans le pays.
"Si le parlement peut soutenir la proposition de Muluzi, le Malawi atteindra manifestement le quota initial de 30 pour cent si nécessaire. Les femmes lutteraient dur, toutes seules, pour remporter plus de sièges durant les élections", a déclaré Kachere, dont l'organisation envisage de faire pression sur les députés durant la prochaine session du parlement en vue d'introduire un avant-projet qui permettrait au président de nommer des femmes.
Alors que Muluzi fait pression sur les députés malawites pour qu'ils adoptent une loi lui permettant de nommer des parlementaires femmes, le secrétariat de la SADC est en train de développer une politique de genre pour la région, en vue de promouvoir la parité dans une région où les femmes sont encore loin de faire valoir leurs droits.
Une fois développé, le cadre permettra aux Etats membres de dire si oui ou non leurs structures nationales de politique de genre sont en conformité avec les priorités régionales, a déclaré la responsable du programme genre de la SADC, Christine Warioba. "La politique fournira également les directives et les objectifs pour la réalisation de l'égalité de genre", a indiqué Warioba au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la SADC, réuni récemment en Tanzanie.
Le sommet a également reçu un rapport de bilan des Etats membres et a examiné la tenue ou non, par les gouvernements, des promesses faites en 1997 lorsqu'une déclaration sur le genre et le développement avait été adoptée.
Comme indiqué plus tôt, dans la déclaration de 1997, les gouvernements s'étaient engagés à s'assurer que les femmes occupent au moins 30 pour cent de toutes les structures politiques et décisionnelles dans la région d'ici à 2005.
Toutefois, alors que certains pays ont avancé rapidement dans cette direction, d'autres sont à la traîne et doivent encore honorer leurs engagements.
Le secrétaire exécutif de la SADC, Dr Prega Ramsamy, a dit au sommet que les pays, qui se débrouillaient actuellement bien concernant les femmes députées, n'avaient pas nécessairement une bonne performance en matière de promotion des femmes à d'autres niveaux de prise de décision. "La proportion des femmes à des postes importants dans les fonctions publiques, n'est pas aussi élevée par rapport aux structures politiques", a-t-il fait remarquer.
Mais en partant d'un scénario de désespoir dans les années 1990, Warioba a dit que les Etats membres de la SADC évoluaient "de façon louable" vers un accroissement "délibéré mais graduel" de la représentation des femmes dans les allées du pouvoir et de prise de décision.
Elle a expliqué que les Etats membres utilisaient un certain nombre de mesures, dont les quotas constitutionnels et les quotas des partis, les campagnes accrues, les programmes éducationnels et d'élévation de prise de conscience sur l'élection des femmes aux postes de prise de décision.
L'Afrique du Sud, qui est l'un des meilleurs exécutants, a 31,3 pour cent de représentation de femmes au parlement et 33,3 pour cent de représentation de femmes dans le gouvernement.
Le Mozambique se débrouille également bien au parlement, où la représentation des femmes est de 31,2 pour cent, mais la représentation des femmes au gouvernement est seulement de 13,04 pour cent, a-t-elle déclaré.
Selon la dernière fiche de score sur la parité de genre, le Botswana a 18 pour cent de femmes parlementaires et a peu de chances d'atteindre l'objectif régional, mais a obtenu de bons résultats pour avoir enregistré une représentation de femmes de 27 pour cent au gouvernement, après un remaniement en 2002.
Egalement très en deçà de l'objectif régional à atteindre d'ici 2005, la Zambie, où les femmes représentent 12,2 pour cent de la représentation parlementaire, mais 15 pour cent de représentation au gouvernement, et la Tanzanie, où les femmes constituent 21,3 pour cent des membres du parlement.
Les Seychelles, la principale exception à cet égard, se sont révélés être un bon élève à tous les niveaux, avec les derniers chiffres montrant un taux record de 60 pour cent de femmes dans le gouvernement local, 31 pour cent des secrétaires principaux et 42 pour cent des directeurs généraux.
"Cela indique que certains Etats membres pourront atteindre les objectifs fixés, tandis que d'autres pourraient ne pas atteindre les objectifs, mais ils sont en bonne voie dans le processus d'augmentation du nombre de femmes aux postes de prise de décision", a indiqué Ramsamy.
Mais des activistes de genre en Tanzanie sont pessimistes et croient que les femmes d'Afrique australe sont toujours confrontées à une longue et dure bataille pour faire valoir leurs droits dans une société patriarcale qui les relègue à la soumission et à une vie d'impuissance et de discrimination.
Avec la Tanzanie comme exemple, elles allèguent que la médiocre fiche de score de genre, montrant que les femmes sont toujours à la traîne dans le leadership politique, est due principalement au manque d'engagement des gouvernements et des partis politiques, qui selon elles, sont également trop dominés par des hommes.
Comme dans plusieurs autres nations subsahariennes, les hommes dominent presque toute la machinerie du pouvoir en Tanzanie, y compris dans la fonction publique, l'Assemblée nationale et les ambassades, qui ont une seule représentante. Les hommes ont occupé de hautes fonctions gouvernementales de président, vice-président et de Premier ministre depuis l'indépendance, il y a 40 ans.
Un certain nombre d'Etats en Afrique australe devraient organiser des élections en 2004 et 2005. "De telles élections fourniront une opportunité pour les pays, qui n'ont pas encore atteint l'objectif de le faire", a déclaré Dr Ramsamy.

