COTONOU, 7 juil (IPS) – Une banque régionale de solidarité, dont la vocation sera de financer des projets initiés par des personnes démunies, démarrera ses activités en janvier 2004 dans les huit pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), selon la Banque centrale des huit Etats membres.
Les pays membres de l'UEMOA et de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO) sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal. Constituée sous forme de groupe, cette banque est dénommée Banque régionale de solidarité (BRS) et comprend un holding économique et financier doté d'un capital de 24 milliards de francs CFA (environ 44 millions de dollars US). Il sera porté à 124 milliards de FCFA (environ 227,5 millions de dollars US) en 2009, selon les prévisions. La BRS aura une filiale dans chaque Etat membre de l'union, avec un capital de deux milliards de FCFA (environ 3,6 millions de dollars US).
Les promoteurs du projet sont la BCEAO, la Commission de l'UEMOA et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). La BCEAO détient 45 pour cent du capital de la nouvelle banque, la commission de l'UEMOA 10 pour cent, la BOAD 10 pour cent et 35 pour cent sont réservés pour "l'actionnariat populaire". Le projet finalisé de la BRS a été présenté au public le 12 mai à Dakar, la capitale sénégalaise, siège de la BCEAO. La nouvelle banque se spécialisera dans le financement des projets d'activités de production de biens et services élaborés par des artisans, apprentis, ouvriers, diplômés sans emploi et des centres de formation professionnelle.
La BRS financera uniquement des projets portés par des jeunes et la priorité sera accordée à ceux émanant des femmes. Selon les prévisions des promoteurs, la BRS devra financer 100 projets par mois dans chaque Etat. Au total 170 métiers ont été recensés.
Le montant des crédits, qui seront alloués par la nouvelle banque, va varier entre cinq et 10 millions. Ces crédits seront assortis d'un taux de remboursement allant de 10 à 12 pour cent. Les promoteurs de cette banque affirment que, contrairement aux banques classiques, ni apport personnel ni garantie ne seront exigés des détenteurs de projets. Ce qui apparaît, aux yeux des observateurs, comme une expérience originale.
Selon Vilévo Biova Dévo, conseiller du directeur des études économiques et de la monnaie à la BCEAO, "le projet de création de la BRS vise essentiellement à promouvoir les initiatives créatrices de personnes qui ne peuvent avoir accès aux systèmes financiers classiques pour plusieurs raisons". "Nous avons constaté, d'après nos observations, qu'on peut bien être nanti de compétences et d'expertises et être pauvre". Pour Dévo, 80 pour cent de la cible visée par la BRS n'a pas accès au financement des banques classiques. De même, une frange non négligeable de cette cible ne bénéficie pas des prestations des institutions de micro-finance dont les ressources, pour l'essentiel à court terme, n'autorisent pas le financement des activités d'investissement.
"Vu le degré de pauvreté de nos Etats, il est apparu nécessaire que les institutions financières, à l'échelle de l'UEMOA, puissent mettre leurs expertises et expériences en commun pour la faire reculer", souligne Cheik Omar Haîdara, représentant résident de la BOAD au Bénin. "Il faut désormais promouvoir l'emploi indépendant au sein de l'union afin de permettre à ceux qui n'ont pas d'emploi de recouvrer progressivement leur dignité", ajoute-t-il. Selon Latifatou Adissa, responsable financier de l'organisation non-gouvernementale (ONG) Junior Achievement Benin, la BRS "vient à point nommé pour combler un vide". "Cependant", poursuit-elle, "la banque doit faire une place de choix aux entrepreneurs inexpérimentés, notamment ceux qui n'ont encore démarré aucune activité. En outre, ses conditions doivent tenir compte de la situation de ces entrepreneurs".
Idelphonse Aniambossou, 42 ans, ingénieur des travaux d'élevage sorti d'un complexe polytechnique universitaire depuis 1989, est lui, quelque peu sceptique. "Vous savez", dit-il, "nous attendons de voir véritablement cette banque à l'ouvre. Si elle se montre ouverte et accessible, je solliciterai son concours pour développer mes activités d'élevage".
Aniambossou dirige également un collège d'enseignement secondaire qu'il a créé, il y a cinq ans, avec des amis à Cotonou, la capitale économique béninoise.
"Je serai heureux de faire partie des premiers bénéficiaires des prestations de cette banque", se réjouit Francis Hossou, 34 ans, couturier à Cotonou. "Avec cette banque", explique-t-il, "notre coopérative de six membres pourra probablement trouver les moyens nécessaires pour financer son projet de création d'une grande taillerie capable de produire à grande échelle des vêtements pour l'Afrique de l'ouest et du centre".
Selon des statistiques, seulement 20.000 entreprises ont été recensées récemment dans l'espace UEMOA qui compte 75 millions d'habitants. Ce qui, à en croire les spécialistes, est insuffisant pour susciter une croissance d'au moins 7 pour cent nécessaire pour la réduction de la pauvreté. Le taux de croissance moyen au sein de l'union était estimé à environ 5 pour cent en 2002.
Lors d'une rencontre d'une mission des promoteurs de la BRS, conduite par Dévo avec la population et des professionnels de divers secteurs à Cotonou en juin, nombre de participants ont salué l'avènement de cette banque. Ils ont cependant suggéré que des dispositions soient prises pour éviter une trop grande implication des Etats dans sa gestion. "Certes, la BRS accomplit une mission d'intérêt général. Mais, elle est surtout une entreprise privée. Ce qui signifie qu'elle sera gérée avec beaucoup de rigueur", rassure Dévo. "L'expérience a prouvé que les Etats ne peuvent pas faire des affaires. Le projet en a tenu compte", ajoute-t-il.
L'UEMOA a été créée en janvier 1994 à Dakar pour favoriser le développement des échanges entre les Etats membres.

