POLITIQUE-MALAWI: Un groupe de musulmans menace de perturber les élections

BLANTYRE, 8 juil (IPS) – Un groupe de musulmans a informé le président Bakili Muluzi et l'ambassade américaine qu'ils envisageaient de perturber les élections générales de mai prochain si les cinq membres présumés d'al-Quaeda, arrêtés à Blantyre depuis environ deux semaines, n'étaient pas ramenés au Malawi.

Depuis leur arrestation par les agents de sécurité du Malawi, aucune information n'a été fournie sur les cinq hommes.

Des agents de police puissamment armés ont mis fin, le week-end, à une manifestation impromptue de voyous pendant que des musulmans en colère, scandant des slogans anti-gouvernementaux et anti-américains, marchaient dans les rues de la capitale.

Habillés en robes blanches avec des casquettes, les musulmans ont déclaré dans une pétition que si leurs exigences n'étaient satisfaites, ils organiseraient la désobéissance civile pour manquer de respect au gouvernement.

L'Association musulmane de Malawi s'est depuis distanciée de la pétition et a averti tous les musulmans pour qu'ils s'apprêtent à faire face aux conséquences de la désobéissance aux lois du pays.

Le président Muluzi n'était pas là pour recevoir en main propre la pétition, mais, parlant au cours des prières le samedi précédent le dimanche de la célébration du 39ème anniversaire de l'indépendance, il a répété ses avertissements aux musulmans voyous.

Il a dit que le gouvernement prendrait "des mesures très énergiques" contre ceux qui dictent leur propre loi au nom de la religion. Muluzi, qui est lui-même un musulman, a indiqué qu'il croyait que toute foi devrait prêcher la paix et non la désobéissance civile. Entre-temps, l'avocat Shabir Latif, qui conduit une équipe de cinq hommes pour obtenir la libération des cinq, a dit que leurs familles étaient de plus en plus réoccupées par l'état de santé et la sécurité des hommes.

Selon lui, l'un d'eux était en convalescence suite à un accès de paludisme lorsqu'il avait été arrêté, alors qu'un autre est diabétique.

Selon des sources des services secrets, les cinq se trouvaient sur la "liste d'observation" de l'Agence centrale des renseignements (CIA) depuis les attaques à la bombe des ambassades américaines de 1998 au Kenya et en Tanzanie. Ils sont accusés de blanchir de l'argent à travers leurs œuvres de charité pour financer des opérations du réseau terroriste d'al-Quaeda d'Osama Ben Laden en Afrique et ailleurs dans le monde. Pour incitation à ce qu'il a qualifié d'intolérance religieuse entre chrétiens et musulmans, le président du Malawi a ordonné dimanche à la police d'arrêter un ecclésiastique ténébreux dans le district de Dowa, dans le centre du pays, à 60 kilomètres de la capitale Lilongwe.

Muluzi, dans un discours marquant les 39 ans d'indépendance vis-à-vis de l'ordre colonial britannique, a déclaré devant une foule de plus de 60.000 personnes, au stade principal de Blantyre, qu'il avait reçu des rapports de services secrets selon lesquels un pasteur du nom de Liyaya Phiri d'une secte, dénommée "Map Across the World Research Department of Jesus", distribuait des livres incitant à la haine entre chrétiens et musulmans.

"J'ordonne à la police de l'arrêter", a dit un Muluzi fâché. "Nous ne pouvons permettre à personne de semer la confusion dans ce pays au nom de la liberté. Nous nous assurerons que les populations sont protégées des maux tels que celui-là et vous devez les rejeter".

Le président a indiqué qu'il ne permettrait à personne de créer la confusion au nom de la démocratie.

Muluzi, qui célébrait son dernier jour d'indépendance comme président avant de se retirer de ses fonctions en 2004 après 10 ans, a déclaré : "Je ne cesserai pas de prêcher l'amour parmi les Malawites".

Et comme une partie des célébrations de l'indépendance du Malawi, Muluzi a gracié 592 prisonniers. Le porte-parole du Service pénitentiaire, Clement Kainja, a dit dans une interview, depuis le quartier général de la prison, dans l'est de la ville de Zomba, que la plupart des prisonniers condamnés pour des délits mineurs sortiraient libres des 23 prisons congestionnées du pays. Des 592 prisonniers ayant obtenu la grâce présidentielle, 566 ont été graciés pour "bonne conduite" alors que 18 seraient libérés pour raison de santé précaire, a-t-il dit. "Et la liste ne comporte pas ceux qui ont commis des crimes majeurs", a-t-il dit. "La plupart d'entre eux sont soit de (petits) voleurs, soit ceux impliqués dans des cas de l'action civile"..

Kainja a ajouté que le reste des prisonniers graciés étaient des femmes avec des enfants sous allaitement.

Les prisons de Malawi, jadis surnommées "l'enfer sur la terre" par le juge de la Haute Cour Michael Mtegha, contiennent plus de 8.000 détenus malgré leur capacité de 4.500 prisonniers seulement. Selon l'Inspection des prisons, une commission de dirigeants d'églises, d'activistes de droits civils et d'avocats, dirigée par Mtegha, a pour mission d'améliorer les conditions des prisons. Le nombre de prisons de Malawi a augmenté récemment suite à une décision de justice d'emprisonner même les délinquants mineurs.

L'année dernière, 1.670 délinquants de cette catégorie ont été en prison alors qu'ils auraient plutôt dû être condamnés à faire des services communautaires. Malawi compte présentement 1.800 délinquants faisant des services communautaires depuis le démarrage d'un programme en 2000 pour réduire la congestion des prisons.