MONROVIA, 4 juil (IPS) – Trois jours de carnage dans la capitale du Libéria, Monrovia – le second en 10 jours – ont laissé "des conséquences humanitaires tragiques avec des populations encore souffrantes et mourantes de faim, de disette et de maladies multiples", déclare le ministre de la Santé, Peter Coleman.
"La situation était très désespérée", dit Coleman, plaidant pour une intervention humanitaire urgente.
Les agents de santé parlent de pénurie grave de médicaments et d'infrastructures médicales due au pillage répandu qui a suivi la violence dans les rues entre les forces du président Charles Taylor et le principal mouvement rebelle, Libéria uni pour la réconciliation et la démocratie (LURD).
"Des centaines de survivants blessés n'ont pas accès aux soins et aux infrastructures sanitaires alors que les rares centres de santé existants sont débordés", explique un agent de santé à Monrovia.
Des malades frappés par la pauvreté, notamment des hommes et des femmes du troisième âge, sont charriés dans des brouettes pour aller chercher les premiers soins dans des officines pharmaceutiques qui ont survécu au pillage.
Les combats ont laissé à leur suite "des difficultés insupportables aux populations", dit un fonctionnaire. Il y avait le pillage répandu dans la ville touchant des postes de secours et des équipements de bureaux. Les prix des denrées et services essentiels ont quadruplé et plusieurs résidents sont incapables de payer le coût d'un repas. "Nous n'avons pas mangé un repas consistant depuis trois jours", affirme une femme âgée ayant 12 enfants et d'autres proches.
La ville est maintenant calme et les gens essaient de réorganiser une sorte de vie normale. Mais les banques et quelques magasins restent fermés pour des raisons de sécurité.
La dernière vague de combats – rendue possible par l'absence d'une force d'intervention militaire pour contrôler le cessez-le-feu qui était conclu dans les cinq premiers jours de combats de rue – s'était concentrée dans les environs du port, dans les faubourgs ouest de la capitale.
Les rebelles de LURD insistent sur la démission de Taylor, mais le leader libérien dit qu'il terminera son mandat en janvier. Les rebelles sont entrés dans les faubourgs sud-est de la ville relativement sans problème, à l'aube le 22 juin. Ils ont envahi les environs du port, mais n'ont pas réussi à prendre la ville.
Le chef rebelle Sekou Damate Konneh a attribué l'attaque aux violations du gouvernement à l'encontre des positions de LURD dans l'ouest et le nord du pays malgré le cessez-le-feu signé au Ghana le 17 juin.
Des témoins ont dit que les rebelles ont utilisé les districts commerciaux de Duala et l'enclave de pêche de New Krutown, dans les faubourgs ouest de Monrovia comme leur poste de commandement. "Ces endroits étaient fermement sous le contrôle des rebelles qui se déplaçaient même entre les deux principaux ponts stratégiques en bordure de la ville", selon Salomon Feika, un résident de Duala.
Des flots de civils y compris des réfugiés sierra léonais, estimés à 15.000, affluaient dans le centre-ville déjà bondé pendant que des missiles, des bombardements lourds et des tirs d'artillerie pleuvaient et détonaient à travers la ville.
L'intensité des combats a poussé les médiateurs ouest-africains aux négociations de paix du Libéria au Ghana à suspendre les pourparlers pour une semaine. Ils devraient reprendre en fin de semaine.
Colemean déclare que quelque 300 personnes sont mortes de blessures de balles, baïonnettes et fusées, mais des décomptes indépendants estiment les chiffres plus élevés. "Plusieurs familles et amis ont rapidement enterré leurs morts derrière les maisons et les endroits marécageux sans avoir déclaré les pertes aux autorités", a indiqué cette semaine à IPS Winston Mullah, un homme d'un certain âge, qui a perdu son fils et sa fille lors de l'explosion d'une roquette près de l'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis. La foule furieuse des déplacés dans l'enceinte Gray Stone de l'ambassade – jadis connue comme un refuge sûr en temps de guerre – défilait avec des cadavres d'enfants aux portes de l'ambassade le 23 juin en demandant une intervention militaire américaine au Libéria.
Le président américain Gorges W. Bush, attendu en visite en Afrique du 7 au 12 juillet, a répondu en demandant la démission immédiate de Taylor pour éviter un bain de sang. Bush a dit qu'il supportait les négociations de paix entre les factions libériennes. Mais il n'a pas promis une intervention militaire américaine.
Comme Taylor, des officiels en Grande-Bretagne et en France ont demandé aux Etats-Unis de conduire une force au Libéria, qui a été fondé en 1847 comme une colonie pour des esclaves américains affranchis.
Des bâtiments de guerre américains ont mouillé dans les eaux du Libéria en 1990 lorsque le pays était en flammes, mais ne sont pas intervenus. Ils sont encore là avec des marines veillant sur l'ambassade des Etats-Unis à Monrovia.
L'inculpation de Taylor par la Cour spéciale de Sierra Leone semble nourrir le conflit au Libéria. Il a demandé que l'inculpation soit abandonnée pour assurer la paix. Mais le procureur de la cour, David Craine, a dit "qu'il n'y a aucun arrangement pour un inculpé suspecté de crime de guerre".
Si une force internationale doit être envoyée au Libéria, il reste qu'il n'est pas dit clairement si cette force aura le mandat d'arrêter Taylor en retour pour son inculpation en Sierra Leone.
Pressentant peut-être l'état d'esprit à Monrovia, les rebelles ont déclaré un cessez-le-feu unilatéral le 27 juin pour éviter ce qu'ils ont appelé une "catastrophe humanitaire". Ils ont alors retiré leurs forces vers les collines de Bomi dans l'ouest du Libéria.
En se retirant, leur conseiller militaire, Joe Willie, a déclaré : "Nous avertissons Taylor de ne pas tirer sur nous. Nous sommes prêts maintenant à stopper les combats. Mais nous nous réservons le droit de riposter aux tirs".
Mais, des analystes militaires croient que les combats reprendraient si une force militaire internationale n'était pas déployée au Libéria pour séparer les factions en guerre. Ils disent que les rebelles se seraient simplement retirés pour se regrouper.

