POLITIQUE: Le président soudanais tient une rencontre rare avec le chefrebelle au Kenya

NAIROBI, 4 avr (IPS) – Le président Omar el Bachir du Soudan a eu une rencontre rare avec le chef rebelle John Garang dans la capitale kenyane, Nairobi, mercredi, augmentant les espoirs d'avancées aux pourparlers de paix, qui reprendront dimanche. La rencontre entre les deux adversaires de longue date a été l'idée personnelle du nouveau président kenyan, Mwai Kibaki, qui les a reçus à sa résidence officielle de Nairobi, le 'State House'. Le Kenya accueille en ce moment les pourparlers de paix soudanais en cours, sous les auspices de l'Autorité régionale intergouvernementale sur le développement (IGAD), composée des Etats limitrophes. Un responsable du State House a déclaré que le président Bachir et le chef de l'Armée de libération des peuples du sud Soudan (SPLA) avaient bon espoir de mettre fin à la longue guerre du Soudan dans les trois prochains mois. "Les responsables ont eux-mêmes pris l'engagement d'être francs sur des questions imminentes dans les négociations en vue de relancer le processus de paix.

Ils ont conjointement exprimé leur espoir de parvenir à un accord de paix final d'ici à la fin de juin de cette année", a-t-il souligné..

Kibaki a exhorté les deux dirigeants à être flexibles et à faire des concessions s'ils veulent atteindre ce but, affirmant que les négociations sont arrivées à une "étape critique".

Le chemin menant à la paix a été jonché de difficultés à cause de la profonde méfiance entre le gouvernement soudanais et la SPLA. Les deux parties se sont régulièrement accusées de violations du cessez-le-feu.

Au State House, Bachir et Garang ont promis de se conformer aux engagements qu'ils avaient pris lors des précédentes séries de pourparlers – ce qui est une bonne nouvelle pour des civils ordinaires du Soudan qui paient le plus lourd tribut à la guerre.

"Ils ont réaffirmé leur engagement à honorer les accords auxquels sont parvenues les parties, en particulier le Protocole de Machakos du 20 juillet 2002, le Protocole d'accord sur la cessation des hostilités et l'Addenda qui y est lié, et à faciliter un ravitaillement illimité de l'aide humanitaire", a indiqué le conseiller du State House.

"Ils ont discuté de possibles voies de d'améliorer les arrangements pour le contrôle et la vérification de la cessation des hostilités", a-t-il ajouté.

Dans le Protocole de Machakos – la première grande percée pour sortir de l'impasse des discussions — le gouvernement soudanais a accepté d'exempter le sud Soudan de la loi islamique et de permettre la tenue d'un référendum d'indépendance après une période intérimaire de six ans.

En octobre, cela a été suivi d'un accord de cessation d'hostilités de trois mois, qui a été maintes fois prolongé, actuellement jusqu'à la fin de juin.

En février, les deux parties ont accepté que des observateurs venant de pays limitrophes du Soudan ainsi que des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Italie et de la Norvège soient envoyés au Soudan pour produire un rapport sur les violations du cessez-le-feu. Ceci n'est pas encore arrivé quoique la question ait été, sans aucun doute, débattue au cours des discussions à huis clos. La rencontre de mercredi devrait donner une impulsion supplémentaire aux pourparlers de paix lorsqu'ils reprendront dimanche. Les arrangements sécuritaires constituent le principal sujet à l'ordre du jour.

"C'est presque la fin parce qu'il ne reste à régler que quelques problèmes", a indiqué le médiateur kenyan, Lazaro Sumbeiywo, mercredi à IPS.

Bachir et Garang ne se rencontrent pas souvent, leur premier face-à-face ayant eu lieu le 27 juillet 2002 en Ouganda, une semaine après la signature du Protocole de Machakos. La rencontre avait été largement applaudie et qualifiée 'd'historique' et d'exemple positif de comment des Etats africains peuvent être des médiateurs efficaces dans la résolution des problèmes de leurs voisins.

Le succès, qui a couronné l'initiative du président ougandais Yoweri Museveni à arranger la rencontre, était attribué au fait que lui et Garang ont une relation personnelle de longue date, pour avoir été des camarades de classe en Tanzanie.

Kibaki avait espéré rencontrer Bachir en janvier, mais la rencontre avait été annulée lorsque le président kenyan était hospitalisé à cause des inquiétudes liées aux caillots de sang dans ses jambes.

Des observateurs, dont l'envoyé spécial des Etats-Unis, le sénateur John Danforth, demandaient qu'une communication plus étroite soit établie entre Bachir et Garang, indiquant que cela établirait la confiance et accélèrerait des progrès au cours des discussions. Les dirigeants semblent à présent avoir entendu cet appel.

Au State House, Bachir et Garang sont d'accord sur la nécessité d'établir un dialogue entre eux. Ils ont également discuté des voies et moyens d'améliorer la communication à d'autres niveaux. L'atmosphère durant la visite d'Etat de Bachir au Kenya, qui a duré une journée, a été qualifiée de "très amicale".

La SPLA a pris les armes contre le gouvernement soudanais en 1983 pour lutter pour une plus grande autonomie du sud. Quelque deux millions de personnes ont jusqu'ici trouvé la mort dans ce qui est actuellement le plus long conflit en Afrique, principalement à travers la famine liée à la guerre.